Alone and Me – My Fucking Project

Vous vous souvenez d’EMKLEM ? A la grosse radio, on avait beaucoup apprécié ce projet monté à la force du poignet par une chanteuse à la forte personnalité, douée d’un gros talent pour écrire des compos énergiques et touchantes et qui se révélait être une vraie tigresse sur scène. En bref, une forte tête talentueuse, passionnée et sans complexes. Après un excellent EP 6 titres, un album est annoncé, album qui ne verra jamais le jour. Depuis plus rien, que dalle, pas de nouvelles… Jusqu’à ce que récemment, un mail arrive pour nous faire découvrir Alone and Me, nouveau projet d’Emilie Clem donc. Un projet surprenant pour de nombreuses raisons. 

Déjà, exit l’énergie déployée par sa précédente formation, Alone and Me se veut être bien plus intime puisqu’en concert, Emilie est la plupart du temps seule pour interpréter des compositions aux consonances forcément plus intimes. Seulement armée d’une guitare acoustique, d’une boîte à rythmes et de ce qu’il faut pour s’enregistrer des samples sur scène, le projet a été largement pensé pour le live. Et là, pas de soucis, le one-woman show est assez impressionnant, car outre le fait de la voir enregistrer des samples et choeurs en direct (pas de bandes pré-enregistrées ici), si le volume sonore a été revu à la baisse, ce n’est pas le cas de l’intensité des performances. Emilie est toujours à fond du début à la fin, le visionnage d’une de ses vidéos live devrait suffire à vous donner une idée plus précise. La chanteuse n’a pas laissé sa personnalité dans son autre pantalon et vit toujours intensément ses compositions dès qu’elle se retrouve sur une scène, ce qui explique sans doute qu’elle ait gagné le tremplin « Hard Rock rising » en avril 2013, devant un jury composé de pros (dont Nono de Trust) qui ont reconnu la qualité du projet.

Cela étant dit, on est avant tout ici pour parler du penchant studio de Alone and Me, car il y en a un. Les choses ne sont toutefois pas si simples, puisque l’album autoproduit actuellement disponible est, de l’aveu d’Emilie, un premier jet indispensable pour pouvoir partager ses compositions, mais dont elle n’est pas pleinement satisfaite, notamment au niveau des arrangements. Le ré-enregistrement de plusieurs titres est d’ailleurs en cours. Si à l’écoute de ce premier effort, on peut tout à fait comprendre la chanteuse, le fait que les arrangements ne soient pas encore au point n’enlève rien à la force émotionnelle qui émane de ces 10 titres.

Une boîte à rythmes, une guitare acoustique (qui à l’occasion envoie quand même un peu de disto), et surtout, une voix. Tour à tour douce et fragile, goguenarde et cynique, appeurée et plaintive, forte voire colérique, le chant d’Emilie n’a rien perdu de sa superbe. Forcément largement mise en valeur du fait d’une instrumentation revue à la baisse, cette voix versatile parvient à transmettre un flot d’émotions différentes. Témoignage supplémentaire d’un engagement sans failles dans sa musique, la chanteuse a toujours intensément vécu ses chansons. Sa voix étant son meilleur atout, l’émotion est d’autant plus palpable. Il faut saluer le courage d’une artiste qui, abandonnant le confort des gros riffs plombés (son influence principale demeure Skunk Anansie, comme en témoigne sa reprise étonnante de « Selling Jesus »), se met véritablement à nu pour se concentrer sur l’essentiel.

« Strange Day » ouvre le bal, à moins qu’il ne s’agisse des hostilités tant le titre sent la colère enfouie. Une bonne façon de se mettre dans l’ambiance, avec une guitare saturée et d’excellents choeurs sur le final, prevue que le minimalisme ne rime pas ici avec une simple fille qui joue de la gratte acoustique. D’ailleurs, il y a fort à parier que les amateurs d’EMKLEM reconnaîtront des intonations bien particulières, comme la voix quasiment parlée sur « Is that what you want », qui après avoir posé tranquillement son ambiance, envoie des choeurs du meilleur effet, et la chanson de prendre alors tout son sens. Titres bourrins (« Would you forgive me »), énergiques (« The queen »), ballade plaintive (« Innocence ») ou mieux, titre schyzophrène naviguant à vue (cet excellent « Secret Lights » et l’ajout de cordes bien senti), ce court album est déjà riche et prometteur. 

On ne va pas se mentir non plus, il est vrai que les arrangements sont encore un peu simples, un petit défaut dont la chanteuse est pleinement consciente et qu’elle s’applique à corriger en ce moment même. Car l’autre avantage d’être seule (ou presque), outre de pouvoir se concentrer sur l’émotion, est bien sûr de pouvoir modifier facilement une infinité de détails qui font toute la différence. Et s’il y a bien une chose dont on peut être sûr avec Alone and Me, c’est que le projet est en constante évolution pour coller toujours davantage à la vision de sa charismatique maître à penser. Sur scène, ça défonce déjà, comme vous pouvez vous en rendre compte dès à présent, notamment au Sentier des Halles à Paris où la chanteuse est en résidence (programme ici). Sur album, c’est déjà très bon, et selon toute logique, ça défoncera bientôt. 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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