The Afghan Whigs – Do to The Beast

Si les Afghan Whigs n’ont jamais décroché la timbale commercialement parlant, c’est peu de dire qu’ils ont grandement marqué les années 1990 de leur empreinte. Leurs titres et albums se retrouvent d’ailleurs régulièrement dans les top dont les américains raffolent (les 100 albums à écouter avant de mourir, les 100 albums de rock des années 90, et tutti quanti…). Gentleman, Black Love, 1965, pour ne citer que ceux-là, les Whigs ont toujours marié à merveille le rock alternatif et la chaleur de la soul music. Mais ses membres s’étant éloignés dans des états différents peu avant l’avènement d’Internet et des possibilités de bosser à distance, le groupe a préféré jeter l’éponge. Greg Dulli, chanteur leader de la formation, c’est pas resté inactif puisqu’il a poursuivi sa route dans le même genre et a sorti 4 magnifiques albums avec les Twilight Singers (sans oublier l’album en duo avec Mark Lanegan sorti sous le nom The Gutter Twins). Et puis il y a deux ans, on apprenait que le groupe allait se reformer le temps de quelques concerts qui donnèrent lieu à un album live. Visiblement, il n’en fallait pasbeaucoup plus pour relancer la machine, bien que Greg Dulli et John Curley (basse) soient les seuls membres originaux présents. 
 

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Plus de 15 ans se sont écoulés, inutile donc d’espérer le même groupe. Du coup, pour les amateurs, la transition est assez violente de prime abord, même si la voix reconnaissable entre 1000 de Greg Dulli est là pour faire le lien. Parlons-en de sa voix. L’homme a un grain bien particulier, doux, chaleureux et mélancolique à la fois. Pas de doute, ce grain est toujours là. En revanche, sans qu’il démérite, on le sent parfois un peu limite. Certes, le rock alternatif des années 1990 a toujours aimé frotter avec les dissonances, privilégiant parfois l’énergie à la justesse. Mais tout de même, on sent, notamment quand il cherche à pousser (« These Sticks », ouille), que Greg ne rajeunit pas.

En revanche, et bien que certains risquent d’étonner, le groupe est toujours capable de pondre des titres imparables à flanquer le frisson à un eunuque en un tournemain (« It Kills » porte particulièrement bien son nom !). Le début de l’album est impeccable et nous emmène tranquillement vers le premier single « Algiers » et son ambiance western. Surprenant au premier abord, il rassure au moins sur le fait que le groupe n’a pas l’intention de se contenter de se reposer sur ses lauriers. Et si se prendre 15 ans d’évolution dans la tronche a de quoi décontenancer, le résultat devient addictif après quelques écoutes, à tel point que la mélodie de ce single risque bien de ne plus vous lâcher.
 

Quelques surprises donc, qui ne font pas oublier que le groupe ne fait pas mouche à tous les coups. Après un très bon départ, l’album peine à maintenir son niveau d’intensité. Surtout, il manque ce côté abrasif, cette tension sexuelle quasi palpable (n’ayons pas peur des mots) qu’apportait la guitare de Rick McCollum. Malgré un gros travail sur les arrangements, le tout est un peu trop mou, un peu trop propre, et manque de cette intensité ravageuse qui donnait aux Whigs leur côté irrésistible. Du coup l’album devient monotone, sans compter que si les chansons sont plutôt bien fichues, il est difficile de ressentir qu’elles appartiennent à un ensemble. En gros, Do the Beast est décousu, manque d’unité, rayez la mention inutile. Mais Forcément, ça commence à faire beaucoup. 

Autant on peut comprendre que Greg Dulli ait eu envie de relancer la machine après le bon accueil de la tournée de reformation, d’autant qu’il avait un peu fait le tour avec les Twilight Singers, autant le résultat est tout de même décevant. Encore une fois, Do the Beast n’est pas un mauvais album, mais il n’est même pas nécessaire de jeter de nouveau une oreille aux classiques (quoique si vous ne l’avez pas encore fait, c’est quand vous voulez !) pour se rendre compte que le groupe a un peu raté le coche. Si ça nous donne l’occasion de les voir en concert, c’est le plus important. Reste à espérer que ces Afghan Whigs nouvelle version vont se remettre dans le bain et nous reviendront avec plus d’inspiration. Un groupe pareil n’a pas le droit de se contenter d’une fin en demi-teinte.
 

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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