Extra Life – Made Flesh

C’est qui ceux-là ? A-t-on le droit de faire ça ? C’est qui ce Charlie Looker ? Bon, allons-y doucement, nous sommes ici en territoire outrancièrement nommé « math-rock », « experimental rock », « avant-garde », et tous ces termes qui signifient que je ne sais pas dans quelle case mettre cet objet sonore non identifiable. Il faut toujours s’en méfier de ces gens bizarres qui font une musique étrange, quitte à prendre une claque comme ça faisait longtemps.

Ce disque est sorti chez LoAF Recording/La Baleine, fin mars 2010. Il a fait son petit bonhomme de chemin jusqu’à ce qu’un illustre psychopathe me le glisse dans l’oreille. Etant plutôt habitué aux étrangetés sonores, dès le premier morceau j’ai senti que je n’aurais aucun effort à fournir pour écouter attentivement.

Il y a effectivement une étrangeté dans ce disque, ne serait-ce que la façon de chanter de Charlie Looker  : il se ballade autour des conventions mélodiques comme un chanteur de jazz moderne, penche parfois vers une religiosité lyrique (One of your whores) qui évoque les musiques médiévales, puis épuise les tics pop (Black hoodie) pour en garder la pulpe. Bref, ça innove de ce côté là avec un talent indéniable.

Quelques apparitions à cordes sont là pour rappeler le passé de Charlie Looker au sein de Zs, groupe de Brooklyn qui s’est fait une réputation solide dans le monde des rockeurs compliqués. Mais ce qui frappe le plus, c’est l’habileté à construire des morceaux qui, malgré leur évidente complexité, n’en demeurent pas moins des morceaux où rock et pop copulent ardemment.
On trouve autant de basse qui claque durement (The Ladder) que d’arpèges qui caressent, de break malsain que de riff salvateur. Bref, cet album est riche et raconte une belle histoire, parfois triste ou coléreuse, souvent profonde et lumineuse.

Comme tous les grands disques, plusieurs écoutes sont nécessaires pour saisir l’énergie sous-jacente, pour en apprécier toutes les strates, et l’on peut être certains que c’est là un album qui nous accompagnera pour un bon moment. Et le travail sur les structures n’est pas là pour en mettre plein la vue, mais bel et bien pour construire des univers profonds, labyrinthiques, hypnotiques et décalés.

Les fans des Swans, de This Heat ou Gastr del Sol trinqueront avec ceux de David Sylvian, Robert Fripp et Fred Frith.
Et c’est ça qui est beau, et c’est ça qui me plaît : quand le mélange est autant réussi, j’ose annoncer le chef d’oeuvre.

Ma note : 9,5/10

www.myspace.com/extralifetheband
extralifetheband.blogspot.com/



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