Doe Paoro – Ink On The Walls

 

Cela fait maintenant deux ans que « Slow To Love », le premier album de Doe Paoro est sorti. Que s’est-il donc passé durant cette période ? Eh bien, mademoiselle Doe a eu de la suite dans les idées et a enregistré un nouvel alb… Tiens, non, deux EP en fait.

 

 

Pourquoi deux EP, et non pas un LP en bonne et due forme ? Question de label. En effet, le premier effort de la dame était une autoproduction purement artisanale, difficile donc de faire son trou dans la multitude de projets musicaux proliférant sur le net. Et pourtant, Doe a su vraisemblablement convaincre le label White Iris d’enregistrer avec elle un premier ep intitulé « New Lows ». Ep rachitique de deux titres seulement, qui marquait une envie certaine via la chanson « New Lows », justement, de s’aventurer vers un son plus RnB que jamais. Et pourquoi pas ? Le morceau était très bon dans son genre, on sentait une envie d’évoluer et de ne pas faire un « Slow To Love » bis, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Si ce n’est deux choses ; un, la  « face B » de l’ep, « See Mee Now », n’était pas terrible, et White Iris arrêta la collaboration après cette unique sortie. Touché-coulé.

 

Tenace, notre héroïne ne s’arrêta pas en si bon chemin. D’où la sortie le mois dernier d’un deuxième ep, cette fois chaperonné par Middle West. Et le résultat est tout à fait à l’image de ce parcours tortueux. Doe Paoro n’a pas forcément un style facilement approchable, mélange improbable de soul, de RnB, de folk et même d’indie electro, bref, de quoi perdre son latin. Mais à l’inverse d’une bidouilleuse comme Grimes, Doe Paoro réussit son pari en balançant des mélodies imparables et en mélangeant les styles avec une cohérence infernale. Et si « Slow To Love » était un cri du cœur, « Ink On The Walls » est clairement un appel au public.


De plus en plus débarrassée de son image d’hippie rappeuse, on assiste à une standardisation de l’artiste via des modèles pop qui sans être complètement honteux, n’ont rien de foncièrement original et sont bien trop tributaires des modes de notre temps. Adele, Lorde, Lana Del Rey, autant de chanteuses que l’on glorifie un peu trop rapidement, comme on a pu le faire avant avec Kate Bush, Tori Amos, ou Alanis Morissette (je sens que des fans vont me tuer pour la comparaison, dans un sens comme dans l’autre, oui, oui, je le sens votre regard noir…Heureusement que personne ne lira cette chronique). Sanctifiées trop rapidement, oui, mais ça marche, et même très bien ! Donc, pourquoi ne pas s’orienter vers ça ?

 


 

Ainsi, Doe Paoro vient avec cet « Ink On The Walls » creuser son trou dans la pop actuelle (qui pourtant ne manque pas de figure de proue), en gardant sa voix si particulière, ses mélodies entêtantes, noyées dans une envie de conformisme ; qui peut se comprendre, mais ne devrait pas se faire. Pourquoi chercher à se normaliser quand on a le potentiel de proposer quelque chose de bon et de différent ? Parce qu’il faut bien vivre. Vivre deux ans de trois ventes d’albums et de quelques concerts n’est probablement pas envisageable, il faut aller de l’avant.

Exit donc les chaudes sonorités d’un enregistreur quelques fois à l’arrache, les fausses notes, les essais touchants, et place à de l’efficace poli et un peu froid. Oui, « Walking Backwards » ou « Nostalgia », c’est bien, mais n’importe quelle piste de « Slow To Love » est cent fois plus humaine et émouvante. Au fond, c’est à l’image que l’on peut se faire du fameux débat analogique vs numérique… Et je viens de me rendre compte en me relisant que je suis probablement de la tendance vieux con.

Décidemment, Dur dur d’être musicien !
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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