Eiffel à  Terres Neuves (avec Bertrand Cantat)

Les Rdv de Terres neuvesLa tension est palpable lorsque nous nous installons au bout de la file pour rentrer sur le site du festival. Pas une tension lourde, plutôt une euphorie générale, et l’ambiance est bonne enfant parmi les quelques dizaines de personnes faisant déjà la queue pour entrer.
Un haut-parleur grésille, le festival est complet. Etonnant pour ce genre d’évènement. Ah moins que…

Les Rendez-vous de Terres Neuves, festival citoyen, de contre-culture, de toutes ces choses qui font que jamais Virgin Radio ne fera gagner des places pour y aller.
Rendez-vous discret, mis en branle par les membres de Noir Désir. Lieu où, depuis quelques années, certains s’attendent à un retour à tout aussi discret du groupe précédemment cité.
Et cette fois, on y est presque, de rumeur volontairement lancé par Eiffel à l’éventrement du secret par Barclay, la venue de Bertrand Cantat parait acquise. Première étape d’un retour sur le devant de la scène qui fera probablement jaser.

Un dernier regard aux caméras de télévision postées devant l’entrée du festival. Nous, nous rentrons, eux resteront dehors et se disputeront les réactions de festivaliers afin d’alimenter les quelques secondes que durera leur reportage, sur cette soirée que de toutes façons, ils ne comprendront pas. Bonne idée que de les laisser à la porte.

Minuit.
Nous y voilà, après avoir assisté aux précédent groupes en y prenant plaisir et en bougeant (ce fut étonnement, je me serais tout de même attendu à un accueil froid et à quelques chieurs), le public s’impatiente lentement de voir Eiffel débarquer sur scène.
C’est fait, le climax officiel de la soirée est arrivé et entame une version très scolaire de « Minouche ». Difficile pour Romain Humeau et ses acolytes de transporter le public, l’atmosphère est tendue, le public sous pression… Bon les gars, je sais bien que vous n’êtes pas forcément là pour eux, mais bon, vous voyez Eiffel quoi, profitez.

Prière entendue, deuxième morceau, deuxième mesure, c’est l’explosion, compactage des premiers rangs, début de pogos… Etrange soirée que celle où l’on aura pogoté sur « Le Cœur Australie »…
Cette fois, le grain de folie s’installe dans la machine, et la musique du groupe peut prendre la dimension qui lui est due, Romain Humeau encore sur terre mais déjà à fond, s’époumone, remodèle… Le reste du groupe a bien du mal à exister aux côtés de cet homme s’imposant à nous et prenant toute la place, qu’importe, s’ils restent dans l’ombre, ils ne font pas non plus de la simple figuration.

Les titres s’enchainent, les premiers rangs restent entassés, et Eiffel monte petit à petit en intensité, après un « Saoul » ayant électrifié le chapiteau, version revue et corrigée afin de coller aux nécessitées de l’instant, pause au milieu du titre, intermède et quelques phrases sans équivoques (« Vous êtes pitres comme ça, limite sur la défensive. Vous inquiétez pas, tant qu’il ne pleuvra pas, il n’y aura pas de…fuites« ). « Ma Part d’Ombre » suit, façon TGV pleine poire, puis Romain se met parler.

Il parle donc, toujours en faisant des détours, il parle de laguna, d’ami, de laguna+++. Enfin bref, on ne comprend pas tout, ou plutôt si, en réalité il n’avait pas commencé à parler qu’on savait où il voulait en venir.

Hurlements.

Chose étonnante, alors que le public était déjà plus que serré, j’eu immédiatement un mètre disponible devant moi. Le premier rang a du se faire monter dessus par le second, c’est indéniable.

Le voilà donc, et alors que l’on distingue à peine l’intro d' »A Tout Moment la Rue », Bertrand Cantat nous gratifie d’un « me revoilà » a peine plus détendu qu’un enfant devant chanter devant toute sa classe en cours de musique. Il va, vient, se retourne, respire un grand coup, ne sais pas trop quoi faire de lui, Humeau entame le premier couplet, Cantat enchaine, nouveaux hurlements.
Et puis… Et puis merde, allez donc expliquer ce qui s’est passé ce soir-là, en quelques secondes on est passé du petit garçon timide regardant le sol, au showman commençant à se libérer, à retrouver ses marques. L’air incroyablement jeune (bon, peut être une prouesse d’une maquilleuse…), une banane d’enfer, des sourires de remerciement envoyés à Romain Humeau, venant d’un type personnifiant le mot « charisme ».
Mais le titre continu, les deux chanteurs s’échangent la parole, chantent à l’unisson, tels deux frères ils font frissonner la foule, avant un final endiablé.
La dernière note passée, la Surprise s’enfuit rapidement de la scène, peut-être pour ne pas voler la vedette à Eiffel, peut-être pour pleurer des larmes de joie, on s’en fout de toutes façons.
Quant au groupe à l’affiche, il entame une longue intro pour un « Sous Ton aile » que le public, (s’étant largement calmé et enfin desserré) n’entendra pas.


À tout moment la rue – EIFFEL & Bertrand CANTAT – LIVE
envoyé par CHICKENSCHICOTS. – Regardez plus de clips, en HD !

« Un copain, va venir sur scène« . Légers hurlements… Rêvez pas, il va pas revenir seulement un titre après…
En effet, cet invité est en réalité le chanteur de Guaka, venu demander aux gens de venir à la soirée de soutien organisé pour un village au Chili, victime du tremblement de terre d’il y a quelques mois. Soirée aujourd’hui complète depuis… L’officialisation de la venue de Bertrand Cantat. Deuxième phase du retour, trois Noir Désir dans la soirée, Eiffel, on pourrait se prendre à rêver de certaines choses…

Mais je m’égare, je me perds au grés de phrases que je ne contrôle plus, un peu comme Humeau complètement autiste, absorbé par l’interprétation d’un « Bigger Than the Biggest » frôlant les dix minutes. Paroles insensées, déluge de distorsions, matraquage de fûts, absence d’une quelconque structure, improvisation… Probablement le point culminant du set d’Eiffel.

Après tant d’intensité, le public est désormais caressé par les cordes et les mots (et l’Humeau ?) de « Dispersés ». Gestion parfaite des enchainement qui conduit à un sans-fautes jusqu’à la fin du concert. Le public, glacé par le titre sera réchauffé progressivement par « Nous Sommes du Hasard » ainsi que « Sombre ». Montagnes russes émotionnelles finissant sur l’inévitable « Hype », chanson indescriptible suivant le groupe depuis Abricotine.

Le groupe quitte la scène sur un public comblé.
Comblé, mais gourmand, donc il en réclame encore et encore. On aperçoit un roadie déposer un second micro.

Hurlements.

Cette fois il semble bien moins stressé, s’adresse directement au public. « Ah ça fait plaisir… Putain… ». Pardonnez-le, c’est l’émotion. Il cherche ses mots, un riff commence, bon « Le Temps des Cerises », ne faisons pas la fine bouche.
Maintenant, il officie au chant lead, Romain ne faisant que quelques backings vocals (oui, faut bien faire des anglicismes pour attirer les jeunes).
Encore sage sur ce titre Bertrand Cantat prend petit à petit possession complète de la scène, se lâche tout doucement, commence à revivre, et… Quoi ? C’est déjà finit ? Non pas vraiment, les guitares enchainent doucement sur autre chose, et le temps mit a retrouver le titre me fit remarquer que mon cerveau était déjà parti loin, très loin, laissant à l’inconscient le soin de savourer ce moment et de le ranger là où il faut.

Bond d’une centaine d’année en avant donc, « Search and Destroy » des Stooges, un classique, avec une bête de scène au chant, quoi de mieux pour retrouver ces sensations ?
Aidé par l’esprit de l’iguane, Cantat court dans tous les sens, saute, se jette par terre, hurle durant les 8 bonnes minutes que durera la reprise. Les mots me manquent, soyez gentils, prenez tout ce que j’ai pu dire sur les titres qu’il a chanté ce soir-là, multipliez par e², vous verrez à peu près ce que je veux dire.
Contrairement à ce qu’il nous raconte, le chanteur n’a nullement été oublié. C’est lui qui mettra fin au morceau et pendant qu’il salue la foule avec Eiffel, noyé dans un tonnerre de cris et d’applaudissements, je me dis que je viens d’assister à un évènement historique.

Grand Livre du Rock, sous-chapitre Français, nouvelle page, la 3274 pour être exact. Rien ne dit qu’elle sera exceptionnelle, mais il est certain que les premiers pas du retour de la créature bicéphale Bertrand Cantat/Noir Désir auront un effet. Voir le bonheur et le soulagement de cet homme lorsque le public l’a acclamé quand il a entamé « A Tout Moment la Rue » était quelque chose d’unique, être face à son fameux magnétisme empêchant le regard de regarder quelqu’un d’autre, le voir petit à petit se libérer, être heureux d’être là, en forme, et les quelques frissons qu’il aura finalement réussi à produire dans l’assistance, sont autant de choses que ni moi, ni les personnes présentes seront prête d’oublier.

Le public réclamera encore un bon moment un dernier rappel, les nons de la tête de la part des messieurs à oreillette nous faisant comprendre qu’il est temps de partir, on s’échappe du chapiteau, zigzaguant entre les nombreuses personnes encore abasourdies, le regard fixé sur la scène, espérant on ne sait quoi. La sortie du festival est encombrée de caméras bloquant les gens, pour eux, il n’y aura pas eu de concert d’Eiffel, ni de groupes jouant avant. Seulement le retour d’un phénomène qu’ils ne comprennent pas.

Setlist :
Minouche
Le Coeur Australie
Il Pleut des Cordes
Saoul
Ma Part D’ombre
A Tout Moment la Rue (avec Bertrand Cantat)
Sous Ton Aile
Je m’obstine
Bigger Than The Biggest
Dispersés
Nous sommes du Hasard
Sombre
Hype
—–
Le Temps des Cerises (feat. Bertrand Cantat… A moins que ce ne soir Bertrand Cantat feat. Eiffel)
Search and Destroy (de même)

Eiffel sur La Grosse Radio
Noir Désir sur La Grosse Radio



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