Marilyn Manson – The Pale Emperor

"Après une longue traversée du désert, Manson est parvenu à se réinventer de façon intelligente et réussie, à faire sa mue pour proposer une musique certes assagie, mais toujours sombre et qui lui correspond sans doute bien mieux "

Après plus de 10 ans emplis d'albums anecdotiques, il est plus que temps pour double M de redorer un tout petit peu son blason. Pas facile pour un artiste qui a toujours davantage vécu grâce à sa capacité à manipuler les médias et dont la musique n'a finalement jamais été le point fort. Sans idée directrice forte, et sans un collaborateur inspiré capable de la mettre en musique, MM est à poil, et c'est pas beau à voir. Passé de mode, le chanteur peut-il retrouver sa gloire passée ? Rien n'est moins sûr, mais il faut bien commencer par le début, à savoir proposer des albums qui tiennent la route. Et ce 9e album, dénommé The Pale Emperor (sortie le 19 janvier chez Cooking Vinyl), s'avère être une petite surprise, et ce que Manson a proposé de plus consistant depuis un bail.

Born Villain montrait déjà des signes d'amélioration après la triplette calamiteuse Golden Age... / Eat Me Drink Me / The high End of Low, tout en étant trop inconsistant pour emporter l'adhésion. Le virage rétro se poursuit puisqu'après le rock à l'ancienne, MM et ses sbires, parmi lesquels on trouve désormais le compositeur de musique de films Tyler Bates (ses travaux les plus connus sont sans doute les OST de 300, Watchmen et plus récemment les Gardiens de la Galaxie), se tournent cette fois-ci vers le blues, tout en conservant un côté boogie rock avec des rythmes lancinants, lourds et groovy. La musique est une fois de plus assez dépouillée, mais l'intégration de Tyler Bates a visiblement fait un bien fou au duo Manson / Ramirez, qui abandonne ses gimmicks (qui étaient devenus lassants)pour se concentrer sur les arrangements (les parties de gratte notamment font plaisir à entendre).
 

deep six, mephistopheles, tyler bates


"Killing Strangers" envoie les notes d'intention sans round d'observation. Rythme lent sorti tout droit d'un western déglingué, refrain mélodique et efficace, et surtout une ambiance poussiéreuse qui doit sans doute beaucoup à la nouvelle recrue. En effet, la principale qualité de ce nouvel album réside bien dans son ambiance, ce qui a toujours été la grande force de MM, avant que celui-ci ne s'égare. Parvenir à intégrer un compositeur de musique de films (qui s'intéresse aussi au rock, forcément) était dès lors la meilleure chose qui pouvait arriver au groupe. Même le single "Deep Six", bien que plus classique, prend le temps de poser son ambiance et de trouver un rythme bien à lui avant d'envoyer la sauce et évite le piège du refrain par trop évident. Mais bien sûr, les plus grandes réussites de l'album sont ailleurs.

Difficile de ne pas citer "The Mephistopheles of Los Angeles" et son rythme boogie imparable, sans compter sa mélodie qui tout en possédant un petit côté Mechanical Animals, reste solidement ancré dans l'ambiance bien particulière qui imprègne cet album. C'est également le cas des mid-tempos, et cela fait longtemps que l'on n'avait pas entendu Manson aussi juste : "Warship my Wreck" est une montée en puissance particulièrement réussie, grâce à un vrai travail sur la mélodie et les arrangements. En un mot comme en cent, Manson a trouvé le collaborateur qu'il lui fallait pour se concentrer sur sa musique. A l'instar d'un Alice Cooper, Brian Warner n'est pas un compositeur mais un chef d'orchestre qui a besoin des talents de musicien d'autres personnes. Encore faut-il trouver les bonnes personnes et avoir une idée de la direction à emprunter, ce qui semble être le cas cette fois-ci.


tyler bates, mephistopheles, deep six, third day


A la longue, on ne peut nier qu'un peu de lassitude se fait sentir, la faute à certains titres moins accrocheurs que d'autres ("Birds of hell awaiting", et "Odds of even", qui traîne un peu en longueur malgré un bon final), sans être véritablement mauvais pour autant, sans compter que la chouette "Cupid carries a gun" est là pour réveiller tout le monde. Le bilan est donc étonnamment positif. Si on peut regretter le manque de titres agressifs, on appréciera sans retenue le fait que le groupe ait délaissé son cahier des charges habituel de vampires émo de carnaval qui n'impressionne plus grand monde. Enfin, après une longue traversée du désert, Manson est parvenu à se réinventer de façon intelligente et réussie, à faire sa mue pour proposer une musique certes assagie, mais toujours sombre et qui lui correspond sans doute bien mieux. Pas encore une bombe, mais une vraie réussite. Reste plus qu'à espérer que ce bon album pousse le monsieur à faire un effort sur scène, puisque les derniers bons concerts de Manson doivent bien dater d'il y a plus de 10 ans également.

7,5/10

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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