Steven Wilson – Hand. Cannot. Erase.

Quatrième album de Steven Wilson (sortie le 2 mars chez Kscope), qui revient après The Raven that refused to Sing, qui avait fait l’unanimité… Ou presque. Votre serviteur fait en effet partie des rares grincheux (pour changer !) qui tout en ayant beaucoup apprécié l’album, ne l’avait pas non plus porté aux nues. Car aussi réussi soit-il, et comme l’avoue volontiers Wilson dans notre interview, il s’agissait avant tout d’une « lettre d’amour » au prog à l’ancienne. Or, aussi bon soit-il, le genre appartient au passé. Dès lors, à quoi bon tenter, sinon de recréer, en tous cas de se rapprocher autant que possible de ce qui a déjà été fait ? N’est-il pas plus intéressant de chercher à s’en inspirer pour créer quelque chose qui, bien que dans la continuité, n’en soit pas moins nouveau ? Message reçu 5/5 par Wilson,qui avec ce nouvel album, reprend sa progression et affirme sa propre personnalité. Avec toutefois un petit retour à son propre passé, puisque ce Hand. Cannot. Erase. est également, de ses quatre albums solos, celui qui se rapproche le plus de Porcupine Tree, le groupe avec lequel il s’est fait connaître. 


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Cette quatrième offrande tient en effet du parfait équilibre entre ses travaux précédents et ce qu’il a entrepris sous son propre nom, tout en ajoutant de nouveaux éléments. A l’écoute, on comprend d’ailleurs parfaitement que Wilson n’ait pas plus envie que ça de remettre en route l’arbre à porc-épics. Sa patte est plus que jamais reconnaissable entre 1000, et sa musique parvient désormais à rendre hommage à ses influences et à se tourner vers l’avenir, tout en prenant ce qu’il y avait de meilleur dans ses travaux précédents. Album-somme et ouverture vers de nouveaux territoires, Hand. Cannot. Erase. est tout cela à la fois.

Que les amateurs de prog se rassurent, les titres sont longs, fourmillent de détails sans que l’ennui ne vienne pointer le bout de son nez, les ambiances typiques des précédentes oeuvres du bonhomme sont toujours là tout en sonnant plus modernes. Ce notamment grâce à des influences bien plus variées, ce qui explique aussi que les passages jazzy « Crimsoniens », s’ils n’ont pas disparu, aient été mis en retrait. Les passages à la flûte par exemple, qui pouvaient s’avérer un peu « too much » sur The Raven… (de mon avis), sont moins nombreux. En revanche, Wilson a laissé s’exprimer d’autres influences, parmi lesquelles Kate Bush. Non pas que l’Anglais ait viré sa cuti, simplement, alors qu’il restait bloqué, de façon parfois un peu exagérée, dans la grisaille psychologique, il n’hésite ici aucunement à livrer une palette de couleurs très vaste, que la pochette reflète admirablement. En un mot comme en cent, Wilson se montre plus ouvert au monde (musicalement, s’entend, les paroles ne prêtent toujours pas à la joie de vivre, voir l’interview du monsieur pour plus d’infos sur le concept).
 

Car si le premier titre, « 3 years older », longue pièce progressive avec solos de claviers furibards, ne trompe personne sur la marchandise (et calme tout le monde au passage), le morceau titre quant à lui est d’une joie presqu’innocente. De nombreux passages plus légers (à ne pas confondre avec guillerets) laissent l’auditeur respirer et aident à varier les plaisirs.Comme cette petite boucle pas si loin de l’électro sur « Perfect life »,qui reste pourtant du pur Wilson. Parmi les nouveaux éléments, signalons notamment l’apport d’une chanteuse qui apporte encore davantage de variété, tandis que l’on n’a jamais senti le groupe que Wilson a mis sur pied aussi soudé. Ces gars-là se connaissent désormais parfaitement, et le général, s’il garde bien en main les commandes de son navire, n’en a pas moins lâché la bride à ses collaborateurs, qui s’en donnent à coeur joie, d’où une musique encore plus inventive et surtout plus explosive que par le passé. Et quand il s’agit de proposer des passages acoustiques gorgés d’émotion, c’est également en toute décontraction (« Transience », magnifique, et un petit côté PT qui fait tellement plaisir).

En conclusion, il n’y a pas grand chose à redire à ce Hand. Cannot. Erase. Jamais la musique de Wilson n’aura sonné aussi forte, à la fois variée et parfaitement cohérente tout au long de cette grosse heure de musique. Il n’y a plus qu’à tirer un grand coup de chapeau à cet artiste qui s’impose toujours davantage comme un personnage majeur du rock en ce début de XXIe siècle. Le succès qu’il récolte, malgré l’absence totale de soutien des grands médias, n’en est que plus mérité. Steven Wilson n’est pas parfait, mais il est de ces rares musiciens qui marquent de leur empreinte. Quant à savoir jusqu’où il peut aller…

 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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