Pascal Comelade + Les Liminanas – Traité de guitarres triolectiques (à  l’usage des portugaises ensablées)

Perpignan, rock city ? En 2015, la cité catalane héberge deux entités remarquables ayant voué leur cause à la musique. Pascal Comelade, touche à tout musical, reconnu par les plus grands, propose encore et toujours ses expérimentations musicales rocambolesques ou plutôt « rocanrolesques » comme il le dit. Cette fois-çi, c’est avec le duo inclassable des Liminanas qu’il a concocté un nouvel opus. Attention préparez-vous, voici le titre : Traité de guitarres trioléctiques (à l’usage des portugaises ensablées). Nomination obligatoire et sans conteste pour la victoire de la musique du titre le plus barré de l’année. On sent là-dedans toute l’influence « dalinienne » très présente dans la région. Psychédélisme et surréalisme sont assurément des sources d’inspirations de nos compères. On notera bien la présence du 2ème « r » de guitarre. C’est certainement pour souligner la « saturrrration » à base de fuzz !!!

« Stella Star » est une magnifique entrée en matière qui nous invite à partager le quotidien décalé des artistes catalans qui se sont réunis pour nous offrir ce Traité de Guitarres Trioléctiques. On se sent embarqué dans un trip très connoté et marqué par La Messe Pour Le Temps Présent commandée par Béjart à Colombier et Pierre Henry. T’en veux du « Psyche Rock » ?

Très majoritairement instrumental, ce Traité de Guitarres Trioléctiques n’en reste pas moins un album très varié et plein de surprises. Notons tout de suite qu’on a ici affaire à l’un des maîtres de la fuzz encore en activité.  Avec « Carnival Of Souls », Lionel nous le rappelle brillamment. Pas étonnant quand on sait qu’il a passé plus de 25 ans à polir son ouvrage, à pousser dans leurs derniers retranchements quelques Big Muff, US ou soviétiques, avec les différents combos garage punk dans lesquels il officiait et avec lesquels il a écrit de belles pages de l’histoire musicale catalane.

Avec « One Of Us, One Of Us, One Of Us », les trois perpignanais s’en donnent à cœur joie affutant leur instrument favori le tout dans un bain de fuzz.
 


On trouvera d’ailleurs tout au long de l’album quelques références aux grandes heures de la fuzz. Avec des reprises comme « Green Fuzz », le groupe revisite à la sauce catalane, un classique garage sixties de Randy Alvey qui a connu la gloire sur les compils Peebles notamment.  Plus soft mais beaucoup moins bordélique que l’original.

C’est aussi le cas de  « Ramblin’ Rose », encore un classique revu et corrigé (une belle correction quand même) par le trio. Ici c’est un vieux blues popularisé par le MC5 qui passe à la moulinette. On retrouve bien évidemment de très grosses guitares côtoyant des expérimentations sonores où Pascal Comelade s’en donne à cœur joie. . Fred « Sonic » Smith et Wayne Kramer auraient été fiers.

Les perpignanais revisitent aussi Soft Machine. Ils nous offrent ainsi leur relecture de « Why Are We Sleeping » où Comelade se lâche au piano sur une rythmique bien fuzzé des Liminanas.

« T.B Jerk » s’inscrit dans les morceaux festifs à souhait. Les grattes cisaillent et les portugaises vont saigner. Comelade se mue en un Jerry Lee Lewis croisé avec Jake Cavaliere des Lords Of Altamont. Wild rock ‘n’ roll!
 

Pascal Comelade + Les Liminanas - Traité de guitarres triolectiques (à  l'usage des portugaises ensablées)


Quand on parle de musique sixties, on arrive rapidement à aborder la surf music. « El Vici Birra – Crucis » lorgne sévère du coté du surf instrumental si cher à l’ami Dick Dale ou encore au Phantom Surfers mais en rajoutant un orgue totalement possédé façon Ray Manzarek chez les Doors. Break On Through !!!

Qui dit surf dit Dick Dale… « Dick Dale n’était pas de Bompas ». OK. C’est un fait. Mais son influence s’est sans aucun doute étendue jusqu’à cette contrée reculée de la plaine du Roussillon. Et même si dans ce titre, des plus curieux reconnaissons le, la Fender ne twangue pas comme aux plus beaux jours de Dick Dale envoyant « Miserlou » devant un public conquis, la sauce surf du bonhomme et digérée en enrichie avec des cordes orientales et le sieur Comelade, lui, surfe sur son clavier.

A coté de ses débauches d’énergie, on retrouve des morceaux plus soft. Un havre de paix dans un monde de fuzz et de guitares distordues. « The Nothing Twist » se pense comme une récréation sympathique pour reposer les portugaises à l’usage desquelles cet opus est destiné.

La pop n’est pas négligée non plus.  « A Wall Of Perrukes » se pose comme une de ces pépites pop intemporelles qui vous rentrent dans le crane dès la première écoute et que vous allez fredonner toute la journée. Le solo de kazoo vaut sont pesant de cacahouètes et ravira tous les apéros dignes de ce nom accompagné comme il se doit de l’anisette éponyme…

On retrouve un peu de paroles avec « Wunderbar », petite intro de 40 secondes qui nous permet d’entendre la voix de Lionel pour un des rares passages vocaux de l’édifice avec « You’re Never Alone with a Schizo ». Très dans l’esprit pop sixties. La guitare est remplacée par un instrument de type bouzouki.  A noter un solo trippant qui vous emmène loin, très loin…

On retrouve sur la version CD, « I’m Dead », un des premiers singles des Liminanas. Une version réenregistrée avec Pascal Comelade qui y ajoute sa touche personnelle enrichie par des cuivres…
 


 

Le grand sabbath a du marquer les Liminanas…  Après « My Black Sabbath », premier single de leur dernier album Costa Blanca, c’est maintenant « (They Call Me) Black Sabatta » que nous livrent les rockers Catalans.  Intro tranquille au piano puis la fuzz s’invite et durcit le ton. Les orchestrations sont fouillées. On se trouve pris dans une musique que n’auraient pas reniée Enio Moriconne. Pas étonnant quand on sait que les Liminanas en sont grand fans.

Pour conclure, notons que ce Traité de Guitarres Triolectiques (à l’Usage des Portugaises Ensablées) sort dans deux versions chez Because Music, les versions LP  et CD présentant quelques petites différences dans la tracklist. Cet album se pose comme un ovni dans le paysage musical français. Mélange d’influences de deux entités fortes, la sauce prend et on se laisse embarquer aisément dans l’univers parallèle crée par la fusion des fortes personnalités en présence. Une belle réussite.

 

NOTE REELLE : 8,5 / 10

 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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