Jason Webley et Narrow Terrence – Péniche El Alamein – 6/10/15

En cette soirée bien fraîche en bord de Seine, au pied de la bibliothèque François Mitterrand, sur la péniche El Alamein, je vais assister au passage en France du troubadour de Seattle, Jason Webley. Cette petite péniche qui tangue à la déco bien old school au thème de la marine, pile dans le ton du bonhomme de l'État de Washington. Bon signe, l'embarcation est déjà pleine avant le concert, Jason est attendu par sa base de fans français car il n'est pas passé par chez nous depuis 2011…

Cette soirée sera sous le signe de la Folk/Rock avec les Narrow Terrence en première partie. J'assiste à la fin des balances, Jason y apparaît avec une vague allure de trappeur, pantalon large, chemise à petits carreaux et chapeau à la Mickey (Gene Hackman) dans le French Connection de William Friedkin. La soirée a été montée par le sympathique Charles Rimbault et ses amis, pas une boite de prod' à proprement parlé mais une équipe qui gère la date par passion.

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Les Narrow Terrence font leur entrée sur scène, au fond de la péniche. Un trio voix – tom basse/petit synthé – guitare, qui débute par une mélodie discrète mais soutenant une voix lourde, qui râcle. Après l'avoir entendu parler, on se demande si le chanteur ne force pas trop sur sa grosse voix. Ce premier morceau crée bien l'ambiance, tout en langueur et en équilibre.

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La suite est très marquée et me fait dire que l'influence de Tom Waits est bien patente ! « The witness of the sea » nous amène dans un western, ici en electro acoustique, où l'on est loin du « Tupelo » de Nick Cave, point de foudre mais le tonnerre dans la voix d'Antoine Puaux. Mais c'est qu'il est finalement assez magnétique ce chanteur aux faux airs de DiCaprio.

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Et par la suite, Antoine se fait plus doux, vocalise plus, se déride. Si le jeu de scène est léger, le trio est bien présent à ce qu'il fait et peut se satisfaire malgré un mardi froid et pluvieux que la salle soit bondée ! Quant à moi, j'ai le mal de mer et leurs chansons de matelots bourrés, du coup, me bringuebalent bien. Et la péniche est amarrée, je précise ! Pas le pied marin à La Grosse Radio.

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Le trio revient juste de tournée et a déjà joué trois fois avec Jason Webley, ce groupe sait bien lui chauffer la salle ! Là, le chanteur nous demande d'imaginer un violon sur leur « Still Waiting », malgré mes efforts mentaux, je n'entends pas le violon, mais bien la chevauchée du tom basse cadencée aux cymbales et la voix qui gratte.

Sur la suivante, c'est le guitariste, Nicolas, frère d'Antoine, qui prend le lead vocal, beaucoup plus en finesse, sur la folk légère de sa gratte tandis que les chœurs sont tenus par le trio pour un morceau angélique.

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Vient ensuite une reprise dont on nous invite à trouver le titre, mais Antoine précise que ce n'est pas « We will rock you » malgré ce que pourrait laisser croire l'intro selon lui. Passée les premières notes, avec les paroles : « Yesterday I was dirty, wanted to be pretty », on reconnaît « The Nobodies » de Marilyn Manson, en version folk, une surprenante réussite. Et leur jeu est dense. Leur attitude, intense.

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Le trio nous quitte alors que l'assemblée, assise sur le parquet, s'est enfin prise au jeu et tape des mains sur une dernière compo originale type « cowboy gipsy ». A Webley maintenant. Et le garçon devra faire fort après ce set haut en couleur et en intensité de ces découvertes de Rock en Seine 2008.

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Jason aime discuter avec son public, c'est un conteur, un narrateur. Mais il nous dit d'emblée, en coupant son premier morceau à la guitare (après avoir démarré le concert avec son fétiche accordéon), qu'il est assez malade, et qu'il a failli vomir dans le train… « It's gonna be a strange night » nous annonce-t-il.

Jason Webley va, pendant ce set, nous chanter une histoire, celle d'un Jason sur un bateau... Quant à moi, j'écris ces lignes sur un coin de table avec la tête qui tourne, moment de bravoure d'un grand reporter d'investigation ! Jason envoie un max, mais à ma grande déception, il n'a toujours pas repris son accordéon. Il gueule sec, mais juste ! Entre les chansons, il tente pas mal de blagues, le public rit.

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Jason profite de l'intermède pour reprendre son gros instrument mal coté à vent et à touches. Alors oui, Jason est un troubadour, je ne sais pas s'il colle à l'époque mais le public adhère, furieux mais toujours assis par terre…

La suite se fait plus cabaret, sans le jeu de jambe. Il nous dit avoir perdu beaucoup d'énergie hier, ça se voit, mais il gère. Mais le public qui au 3/4 (à main-levées) l'avait vu jouer à sa dernière venue à Paris, est complètement ravi.

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Ya da di da da da… est entonné par toute l'audience avant que Jason reprenne la main avec sa guitare. Les chansons se suivent aussi vite que mon cerveau s'évade, on voyage. Le public demande certains titres, Jason s'exécute. Sur son tabouret, il annonce que, peut-être, il sera bondissant, comme à son habitude, vers la fin du concert, mais fourbu, reste assis pendant « The Man » qui n'est pas votre amant, juste un homme…

Ce public est très particulier et, maintenant, Jason se prend pour Prince à base d'un mélange de Ya Da et de « Purple rain » ; ce public décolle mais est toujours assis au sol et autour des tables de la salle, comblé par ce qu'il entend de Jason Webley.

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Ça y est, Webley s'est levé et sautille, le public claque des mains mais ne se lèvera jamais. Rien de plus mou qu'un public parisien, bordel. Je ne me lève pas, mais j'ai mes raisons, si vous avez suivi…

Jason fait un break en nous narrant une longue histoire d'un certain Everett à San Francisco, pourquoi pas… Un mec lui parle dès qu'il peut depuis le public. Va comprendre. Et son histoire qui n'en finit pas…

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Au bout d'un quart d'heure, Jason Webley entame « Pyramide », mais le speech m'a quasiment fait passer l'envie. C'est pourtant le meilleur titre de la soirée qu'il nous pond là ! Un efficace guitare/voix, une folk classique sans tintouin.

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En conclusion, quand c'est simple, j'aime. Quand c'est bizarre, le public kiffe à mort. C'était une expérience toute particulière sur la péniche El Alamein. Je quitte ce bateau, heureux de retrouver la terre ferme et d'avoir découvert par hasard les Narrow Terrence et aussi l'homme à l'accordéon Webley.

Crédit photos : Yann Landry



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