Orne – The Tree of Life

"Behold, I confound thee as thou art he that obeys not! Behold the mysteries of the seal of Solomon which I bring forth unto thy power and presence! Behold the creator, the centre of the of the circle of the living breath; he that is exalted in the power of God and shall not see unto the terror: he that powerfully invoketh and stirreth thee up unto visible appearance: he, the lord of thy governments whose Name is called Octinomos."


(YE ADDRESSE UNTO YE SPIRIT ON HYS COMING - The Lesser Key of Solomon)

Ainsi commence cette obscure offrande axée rock progressif servie par Orne, formation finlandaise qui délivre ici son second effort studio : The Tree of Life, 5 ans après l'excellent The Conjuration by the Fire. Obscure et tourmentée, menée de main de maître par un certain Kimi Kärki alias Peter Vicar ; sorte de dieu local pour les doom metalleux puisque co-fondateur du défunt groupe Reverend Bizarre. Ô surprise, c'est son binome chanteur (et autre "divinité locale") que l'on retrouve au chant, même si le dénommé Sami Hynninen alias Albert Witchfinder refuse d'être considéré comme un membre à part entière.

Cette narration survole donc le premier morceau d'un disque absolument planant et singulier qui lance un voyage sans fin vers d'étranges constellations étoilées. Nul besoin d'ingérer quelque drogue que ce soit ou autre alcool brumeux, la simple (tout est relatif) musique insufflée par Orne saura vous transporter au-delà des horizons. Tant est si bien que l'on se demande si cet album n'a pas le même effet sur vous qu'un des récits de Lovecraft, là où l'iréel de rêves cyclopéens s'imagine aisément. "Angel Eyes", aux choeurs et envolées guitaristiques surnaturels, n'est que le point de départ d'un songe approchant les 50 minutes.

Quand subtilité et douceur suaves se mélangent en quelques notes d'orgues Hammond et de riffs discrets, il n'y a qu'à se laisser emporter. Ici, Orne remonte aux origines du psychédélique, au tout début d'un progressif naissant, tutoyant les maîtres du genre tels que King Crimson et Pink Floyd ou caressant intuitivement une légende comme The Doors. Entre 60s et 70s, l'opium délicatement libéré s'empare de nos pensées, sorte de fumée imaginaire qui semble par exemple jaillir de "The Temple of the Worm" où la voix du sorcier Sami vient tout simplement nous enchanter sans le moindre mal. Et ce jusqu'aux paroles, racontant la légende du Roi Salomon qui bâtit son temple à l'aide d'un ver magique prénommé Shamir... C'est tellement beau qu'on serait prêt à y croire.

Tout s'écoule sur une rivière d'émotions sombres et presque opressantes par moments, car ce CD n'a rien de joyeux ni d'accrocheur : qu'on se le dise. Une torpeur peut envahir l'auditeur qui n'aura ensuite envie que d'une seule chose : relancer la galette dans son lecteur, pour mieux comprendre, mieux s'enfoncer, ou enfin se délivrer et recommencer à nouveau. Oui, pas besoin de drogue ni d'alcool, le postulat de départ tient plus que jamais la route, car aucun moment de faiblesse ne viendra perturber l'écoute et ce jusqu'à la dernière note.

Si "The Temple of the Worm" constitue le chef d'oeuvre délicat de ce disque tout au long de ses 12 minutes, les autres pistes ne sont que le reflet de cette sensation continue d'effroi et de beauté. "Beloved Dead" rappellera parfois une approche à la Red Hot Chili Peppers (avec déjà de belles prémices sur "Don't Look Now"), juste pour rappeler à certains que ceux-ci aussi ont su s'inspirer de leurs aînés. Orne se permet même ici de nous renvoyer aux sonorités du groupe d'origine des deux compères. Reverend Bizarre se voyant ainsi réssuscité quelques instants pour un break d'anthologie. A partir de là, l'ensemble constituant une cohérence diabolique, il semble quasi inutile de décrire le reste en détails, que ce soit le doux retour du sorcier (titre évocateur tant Sami se la joue ici charmeur avec une mélodie quasi-magique et des flûtes nous télétransportant en 1969 - rappelez-vous, le fabuleux In the Court of the Crimson King et son épique conclusion) ou sur un "I Was Made Upon Waters" dérangeant à plus d'un sens (reprenant et détournant quelques symboles chrétiens). Regrettons peut-être une fin un poil trop minimaliste ou directe, car si "Sephira" remplit parfaitement son rôle de conclusion "brutale" (presque metallisante par moments) nous donnant envie d'en reprendre aussitôt, elle ne peut qu'immanquablement être comparée au "Lighthouse" terminant le premier opus de façon marquante à souhait.

Bien que la comparaison s'avère ici inévitable, il ne faut point s'amuser à mettre ce The Tree of Life sur le même piédestal que The Conjuration by the Fire. Ce dernier est bien différent, plus accrocheur et presque plus coloré, plus optimiste aussi en un sens... allez savoir. A conseiller avant l'écoute de ce nouvel opus sorti en juillet dernier cependant, se rendre compte de l'évolution de Orne constituera ainsi une expérience encore plus enrichissante. De là à dire que The Tree of Life ne peut que pleinement s'apprécier après avoir savourer la première offrande... hmm, pourquoi pas, ceci ne sera en aucun cas une affirmation et chacun verra midi à sa porte.

Pour les fans chipoteurs et avides d'en savoir plus, rapprochons parfois ce The Tree of Life du Heritage d'Opeth récemment sorti, sur certaines sonorités ainsi que sur un toucher tout aussi délicat - et ce même si le son global ainsi que la production les deux sorties s'opposent parfois. Sauf que Orne semble capter quelque chose là où Opeth a plus de mal dans un "minimalisme" progressif. Question de point de vue ou de ressenti, peut-être...

Orne 2011

Il est ainsi temps de conclure ce papier (qui n'a qu'un seul but : faire découvrir ce groupe trop peu connu à un maximum de personnes, proggeux ou non d'ailleurs), mais comment faire... comme il a été commencé peut-être, avec une nouvelle narration - cette fois-ci finale et associée au morceau "Sephira" - extraite (comme son introduction) des derniers vers du fameux du Lesser Key of Solomon ou Lemegeton Clavicula Salomonis, sorte de traité de magie rituelle anonyme datant du XVIIème siècle et écrit en anglais. Un grimoire pour un album conceptuel donc ? Plus ou moins, mais connaissant le penchant occulte des deux ex-Reverend Bizarre, cela ne serait point étonnant...

"O thou spirit Astaroth, because thou art the servant of fealty and obedience, and because thou art he that obeyeth my power and thy creation; therefore I say Descend unto thy dwelling, obey the law which I have made, without terror to the sons of men, creatures, all things upon the surface of the earth.
Descend therefore I say, and be thou as stewards of Time; come forth in a moment, even as servants that hearken to the voice of the Lord; in the moment in which I invoke thee and stir thee up and move thee in the mysteries of the secret wisdom of the Creator!
Descend unto thy dwelling place in pleasure: let there be the mercies of God upon thee: be friendly in continuing; whose long continuance shall be comforters unto all creatures. Amen."


(YE LICENSE TO YE SPIRIT YT HE MAYE DEPART - The Lesser Key of Solomon)

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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