Von Pariahs – Genuine Feelings

Une galette « pleine de passion et de rage », un son « brut, direct et spontané », « sincère et authentique » : voilà le genre de qualificatifs que l'on utlisait pour décrire Hidden Tensions, premier album de Von Pariahs, sorti le 30 septembre 2013. Le groupe remportait alors tous les suffrages, loué par la critique tant pour la qualité de son disque que pour celle des ses prestations live. Le 19 février, Genuine Feelings sera présenté, second effort du groupe mi-français, mi-anglais, et re mi-français derrière. Voyons donc si les grands espoirs que le monde plaçait en ces jeunes gallo-saxons ont été suivis d'effet.

Le second album est souvent considéré comme une « étape » à part entière, un obstacle au franchissement périlleux (en tout cas dans l'esprit des journalistes parisiens, c'est comme ça). Ici, le cap qui semble avoir été choisi est celui de la mise en danger : le groupe affiche publiquement son intention de surprendre, voire de déstabiliser son auditoire, "quitte à le perdre", affirment-ils même. Effectivement, bien que la mutation soit loin d'être spectaculaire, le registre s'est légèrement décalé, abandonnant un peu la sphère du post-punk pour s'approcher d'un rock indé hypothétiquement plus efficace, ou en tout cas, plus passe-partout. L'ouverture est assez dynamique : "Genuine Feelings", qui donne son nom à l'album est un titre plaisant, la mélodie est à peu près intéressante, le rythme plutôt soutenu. Le tempo s'accélère un peu avec les deux morceaux suivants, le « projet » de l'album est assez vite cerné : le mix fait la part belle aux guitares, aériennes, met l'accent sur une grosse basse les soutenant à l'unisson, le son est massif... Et l'on bascule alors dans l'infiniment conventionnel.

"Bike Crash", morceau-exutoire, fait donc figure de point culminant de l'album, ce qui est un peu décevant lorsqu'on sait qu'il ne s'agit que de la troisième piste. La suite est un décrochage progressif, lent et long, de notre bonne attention ; elle semble n'être faite que d'astuces usées, d'effets éculés. Les guitares de "Another Case (of Flamed Bonds)", par exemple, sont symptomatiques de cette triste dégringolade : opportunément surchargées de réverb, comme l'imposent les canons de l'époque, mais avec une maladresse malheureuse, si bien que l'on se refuse à se pencher plus avant sur ce brouaha pour essayer de comprendre ce qu'elles nous chantent. L'énergie déployée malgré tout par les musiciens (bien présente, admettons-le), ne met que plus en valeur la paresse du chant, retombant sans cesse dans les mêmes mécansimes ennuyeux. C'est bien dommage, car la construction mélodique rappellerait volontiers, de temps en temps, les meilleures heures de la carrière de Mark Lanegan ; mais ici, tout est tellement lisse qu'il nous est permis d'entrevoir à quel point serait dystopique un monde où Lanegan ne boit que de la Badoit.

Le frontman des Pariahs paraît donc quelque peu démobilisé. Le titre "Don't Go" (enfin, "Don't Goo-houho" plus exactement) m'évoque les oursons en guimauve enrobés de chocolat qu l'on trempe dans le café le dimanche. Le refrain en deviendrait presque embarassant si un solo de guitare inattendu, plutôt joli, ne venait nous surprendre – on s'y raccroche comme à une bouée de sauvetage. Autrefois, on aimait à citer Joy Division pour décrire le son de Von Pariahs. Force est de constater qu'aujourd'hui, le groupe ressemble plutôt à une sorte de croisement maladroit entre Placebo du pauvre et un médiocre Velvet Underground aux hormones. On est, auprès de ce leader désincarné, à des lieues du chant formidablement habité de Ian Curtis.

Von Pariahs, Genuine Feelings, nouvel album

On passe pourtant, à pluieurs reprises, tout près d'idées excellentes ; "Take Control" est un morceau honnête, pris séparément il est même très bon ; mais au coeur de l'album, étant un poil sur-produit, il lasse... Le refrain est un sapin à la ramure asphyxiée par de trop abondantes couches de neige ; on n'en voit plus les branches. "Oceanwide" souffre des mêmes maux : son couplet est agréable, on s'y abandonne de bon gré, mais le refrain "acheutag" power-ballad vient tout gâcher en rappellant les pires méfaits pseudo-grungy des effrayants Pearl Jam, à coup de guitares-saturées-cheveux-au-vent-clip-avec-des-flammes.

En revanche, étonnament, il y n'y a que peu de choses à redire sur "Tough Violence". La voix reste certes un peu lisse, mais les quelques défauts relevés plus hauts se font moins criants ici. Le crescendo fonctionne parfaitement, la sauce prend, l'arrêt-reprise décoiffe, c'est long mais c'est bon, on « tente des trucs » en somme, et ça marche. Contre toute attente, la qualité de cette composition va conclure cet album fade avec brio.

Voilà donc la morale de l'histoire : en fin de compte, la prise de risque paye. Encore faut-il qu'elle aille dans le bon sens. Sans doute est-ce pour cela que l'étape du second album est si délicate. Ici, Von Pariahs limite les dégats, en présentant un album simplement moyen, qui pèche en étant par trop ancré dans l'ennuyeuse tradition du rock alternatif, ce vieux fromage râpé jusqu'à la croûte, sans y apporter grand chose de plus. Quelques trouvailles sont effleurées, mais globalement, on tourne un peu trop en rond pour s'amuser vraiment mais vouloir « déstabiliser son public » est tout de même un objectif honorable.

A voir en concert : 
- 04.03.2016 au Stereolux (Nantes)
- 24.03.2016 au Point Ephemere (Paris)
- 10.03.2016 à L'Aeronef (Lille)
- 11.03.2016 au 1988 Live club (Rennes)
- 12.03.2016 au Novomax (Quimper)
- 17.03.2016 à La Rodia (Besançon)
- 18.03.2016 à La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
- 19.03.2016 au Le Café Charbon (Nevers)
- 31.03.2016 à L'Echonova (St Avé)
- 1.04.2016 au Le temps machine (Joue Les Tours)
- 2.04.2016 au Fuzz'Yon (La Roche Sur Yon)
- 7.04.2016 au Le Brise Glace (Annecy)
- 22.04.2016 au Le 106 (Rouen)
- 30.04.2016 au Festival Rockenstock (Sarry)

Crédits photo : Axel Burger

NOTE DE L'AUTEUR : 5 / 10



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