Skunk Anansie (+ Bones) au Trianon (10.02.2016)

Après un concert des plus mémorables en 2014, dans une Cigale en configuration intimiste pour un concert acoustique très chaleureux, les Britanniques de Skunk Anansie étaient de retour dans notre belle capitale, au Trianon, cette fois. Exit les instruments sans disto, ce soir on entre directement dans le sujet pour un set explosif, et un retour aux racines du groupe : le rock et l’énergie à l’état brut.

 

Bones
 

A 19h45, le Trianon et son cadre classieux est rempli aux deux tiers, et le combo Bones entre en scène sous des applaudissements timides. Avec une structure atypique à deux guitares et une batterie – pas de basse – les Irlandais s’attachent malgré tout à sonner lourd, avec des riffs gras que ne renieraient pas par moments les Rival Sons ou bien encore les Last Train. La chanteuse et guitariste rythmique débute le set dos à la foule, sur un fond de batterie saccadée et mécanique bien léché. Sa voix se veut nonchalante, et la diction rappelle parfois Lou Reed sur le « Heroin » du Velvet Underground. En revanche, on peut déplorer un côté nasillard, auquel on finit par s’habituer, mais qui peut rapidement énerver.

Sur le côté gauche de la scène, la jolie guitariste blonde aux cheveux courts s’avère être une véritable Keith Richards version féminine : elle respire le rock’n’roll et sait aligner les plans et riffs au feeling imparable. Elle use de gammes blues et de rythmes syncopés qui font immanquablement taper du pied, le tout assorti d’effets variés et réussis : sur "Creature" par exemple, elle utilise ingénieusement le sillet de sa guitare pour générer des sons stridents.

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Parfois, la batterie adopte des sons plus synthétiques, et le groupe lorgne vers la pop électro survitaminée. Après le titre "Life Is For The", qui tourne vite en rond, la faute à un riff éculé, le combo délivre un tryptique final sans réel point faible. Avec une dynamique qui évoquerait presque Rage Against The Machine sur "Fat" et "Pretty Waste", le son est massif est l’absence de basse se fait oublier, rendant même le son encore plus aéré et propre. "Girls Can’t Play Guitar" est quant à lui plus ancré dans le origines du hard rock, et évoque le célèbre "Bad To The Bone" de George Thorogood.

Contre toute attente, Bones aura agréablement surprise le Trianon, y compris sa frange la plus orientée vers le metal : une prestation vraie, honnête et pleine de bonne humeur comme on aimerait en voir plus. D’ailleurs on s’apprête à en voir une seconde !

Setlist :
1. Happy
2. Electric
3. Creature
4. Hero
5. Life Is For The Living
6. Fat
7. Girls Can't Play Guitar
8. Pretty Waste

 


Skunk Anansie
 

Fini la rigolade, le public attend maintenant de pied ferme ceux qui ont été pour eux de vrais héros de jeunesse. Car oui, le public est en majorité constitué de personnes qui ont vécu l’aventure Skunk Anansie du haut de leur adolescence, dans les années 90. C’est-à-dire beaucoup de quadragénaires nostalgiques – et donc à juste titre complètement acquis à la cause du groupe – qui sont bien heureux que le groupe ait pu renaître de ses cendres. Avec un nouvel album plus sage au compteur, Anarchytecture, Skin et sa bande vont pouvoir varier les ambiances et équilibrer la setlist grâce à un savant mélange de hits en puissance relevé de quelques nouveautés.

Il y a des épileptiques dans la salle ? Pas grave, flashs à gogo et stroboscopes en délire accueillent les musiciens, puis Skin, qui arrive en terrain conquis vêtue d’une combinaison ample à capuche, reprenant l’Union Jack et plusieurs motifs étoilés à paillettes. "Tear The Place Up" lance les hostilités, et ne pourrait pas mieux porter son nom : depuis les balcons du Trianon, on voit le plancher de la salle osciller littéralement de plusieurs centimètres, et faire vibrer la salle en rythme.

Avec son humour habituel, la frontwoman invite les premiers rangs à retirer leurs effets personnels du bord de scène, expliquant qu’elle pourrait trébucher dessus, tomber sur le pied de micro d’Ace, faire tomber celui-ci… le tout dans une réaction en chaîne qui pourrait selon elle réduire le Trianon en poussière. La fumée commence à se dissiper pour "I Believed In You", pour le plus grand bonheur des photographes, et Skin révèle son célèbre crâne rasé avant d’effectuer un premier slam qui l’amènera jusqu’au milieu de la foule. Mais elle ne s’arrêtera pas là, ce serait mal connaître ce bout de femme débordant d’énergie.

En effet, et c’est là l’une des grandes forces des concerts de Skunk Anansie, Skin se jette à corps perdu - au sens propre comme figure - dans ses prestations, à la manière des grands regrettés du rock’n’roll, et certains pourraient prendre exemple sur elle, tant elle communie avec son public et donne de sa personne. Ainsi, elle escaladera sans complexe le balcon pour atterrir sur les genoux de spectateurs médusés, et se faufilera entre les sièges jusqu’à l’arrière de la salle pour effectuer un plongeon dans la fosse depuis le premier niveau. Eddy Lequartier acquiescerait : "ça, c’est du rock ! ". Et ce n’est pa fini ! Sur "Without You", la chanteuse marche littéralement sur la foule, qui la tient debout à bout de bras : une image forte qui sera renouvellée lors de la venue surprise de Frah, de Shaka Ponk. Il vient en effet chanter avec le groupe sur "I Can Dream", pour un beau moment de communion, célébrant le 22ème anniversaire des Skunk Anansie, au jour près !

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On parle beaucoup de Skin, qui est le centre de toutes les attentions, mais le reste du groupe n’est pas en reste : la section rythmique est impériale, et allie la régularité de Mark Richardson à la batterie à la classe inégalable de Cass à la basse. D’ailleurs, si le son de ce dernier est assez sourd et proéminent en début de set, il sera vite arrangé, et on pourra profiter de ses solos et introductions, notamment sur "Twisted (Everyday Hurts)". Sur celui-ci, Skin est possédée durant les refrains et délivre une prestation remarquable, qui avait été initiée plus tôt sur les rerfains de "That Sinking Feeling", où elle atteignait des aigüs innaccessibles avec un rendu épatant.

On regrette légèrement le statisme d'Ace à la guitare, qui malgré un jeu propre et carré, mériterait d’être plus mis en avant. Il balance gros riffs et mélodies avec la même attitude nonchalante, et semble ne pas toujours prendre son pied à balancer ces montagnes de décibels. Mais son sourire est là pour nous rassurer.

Parmi les classiques qui rassemblent, deux titres du récent Anarchytecture sont de la partie ce soir. Il s’agit de "Death To The Lovers" et "Love Someone Else". Malheureusement, les deux passent moins bien l’épreuve du live, en particulier le premier : les harmonies fonctionnent assez mal, et le solo semble bien poussif. Tout est heureusement rattrapé par l’énergie déployée par le quatuor.

Rapidement, le set principal s’achève, et semble avoir filé à la vitesse de l’éclair : quand les dernières notes de "Charlie Big Potatoe" s’achèvent, après quatre minutes de beaux contrastes et de refrains imparables, le Trianon est plongé dans le noir et les musiciens quittent la scène.

C’est un rappel de trois titres qui arrive en réponse à l’ovation du public. L’album Stoosh est encore à l’honneur, avec "Infidelity (Only You) " et "Hedonism (Just Because You Feel Good) ". Avant ce second,  Skin évoque pour la deuxième fois de la soirée la tragédie parisienne du Bataclan, qui devait à l’origine accueillir cette belle soirée. Mais ce n’est pas une minute de silence que veut la chanteuse, c’est un festival de décibels, qu’elle obtient facilement de la part d’un public enflammé. Un bien bel hommage, à la fois plein de sens, et de dignité. Le concert s’achève sur le traditionnel "Little Baby Swastikkka", qui s’interrompt en milieu de morceau, le temps pour la chanteuse de descendre dans le public, et de lui chuchoter de s’asseoir dans le plus grand silence. Quand le final repart, c’est l’explosion, et tout le Trianon saute en rythme autour de Skin, qui finit le titre au plus proche de ses fans.

A chaque fois que Skunk Anansie pointe son nez c’est la même histoire, et ce quelle que soit la configuration du concert : l’échange avec le public est total, l’énergie et l’authenticité des musiciens domine la soirée, et tout le monde quitte la salle de concert avec un sourire jusqu’au oreilles. Respect messieurs (et madame !), revenez-nous vite !

Setlist :
1. Tear the Place Up
2. I Believed in You
3. That Sinking Feeling
4. Because of You
5. God Loves Only You
6. Death to the Lovers
7. In the Back Room
8. Twisted (Everyday Hurts)
9. Bullets
10. Without You
11. Weak
12. Love Someone Else
13. Beauty Is Your Curse
14. I Can Dream
15. Spit You Out
16. The Skank Heads (Get Off Me)
17. Charlie Big Potato

Rappel :
18. Infidelity (Only You)
19. Hedonism (Just Because You Feel Good)
20. Little Baby Swastikkka

 Merci à Replica Promotion pour leur aide

Crédits photos : Yann Landry 2016 - site web - Toutes les photos du concert à retrouver ICI



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