Iggy Pop – Post Pop Depression

« Jesus This Is Iggy » clamait Bowie au milieu de seventies alors qu’il venait de reprendre en main la carrière de l’Iguane. Qu’est devenu Iggy Pop ? Qu’en reste-t-il ? Que sommes nous en droit d‘attendre d’Iggy Pop en 2016 ? Alors que les Stooges semblent enterrés avec les frères Asheton, Iggy And the Stooges sont en pause depuis l’album (très réussi) de morceaux de Stooges de James Williamson sans Iggy. Il reste donc l’autre Iggy, le non Stooge. Celui d’Arizona Dreams, le crooner qui s’affiche avec Johnny Deep ou Vanessa Paradis, reprend du Piaf

Qu’en est-il donc de la version 2016 de l’Iguane ? Iggy veut travaille avec Josh Homme. Selon le dossier de presse, après quelques échanges de SMS, Pop et Homme décident d’écrire des textes ensembles. Iggy souhaite ressortir quelques travaux de l’époque Bowie. Avec Josh Homme, revenu sur le devant de la scène bien malgré lui avec la médiatisation forcée des Eagles Of Death Metal, Dean Fertita, complice de Josh Homme au sein des Queens Of The Stone Age et gratteux chez les Dead Weather et Matt Helders des Arctic Monkeys derrière les fûts, direction le studio. Depuis le début 2015 et dans le plus grand secret, le combo travaille sur la nouvelle livraison de Monsieur Pop intitulée Post Pop Depression.

Prévu pour le 18 mars, on a pu l'écouter grâce au site NPR. On l’a décortiqué pour vous… "Gardenia", premier extrait de l’album nous livre d’emblée un Iguane assagi. La première sortie à la télé chez Stephen Colbert le représente en costard noir et chemise blanche. On a déjà malheureusement perdu un grand nombre de fans pour qui Iggy avec quelque chose sur le torse n’est qu’une imposture. Ce titre renvoie plutôt aux travaux de Pop avec Bowie voire à l’œuvre du regretté Dave en solo.
 


 

"Break Into Your Heart", deuxième extrait, se pose comme une fresque épique. Le tempo n’est pas des plus élevés. L’Iguane n’a pas son pareil pour instaurer une ambiance particulière. Il fait ça à la manière d’un Jim Morrison possédé. C’est du rock bien envoyé. Les guitares tissent un mur sur lequel Iggy vient inscrire ses paroles avec sa voix grave. C’est en tout cas bien plus posé et profond que les Stooges.



"Vulture" est aussi dans l’esprit d'Arizona Dreams. Iggy Pop y évolue dans un registre feutré avant de se lâcher enfin un petit peu, soutenu par des guitares très différentes de ce qu’on a pu connaitre dans ses précédents travaux. Le titre finit dans un joyeux bordel et on retrouve notre Iggy Pop comme on l’aime. Je suis sûr qu’il a tombé la chemise et qu’il finit le morceau perché sur un ampli ! Yeah !

Iggy sait se montrer déroutant. Notamment avec son intro à tendance orientale au xylophone pour "American Valhalla". Quand on vous dit que l’Iguane est toujours là où ne l’attend pas. La manière dont il aborde ce morceau m’a fait penser au "No Quarter" de Led Zeppelin. Un morceau qui joue beaucoup sur l’ambiance qui s’instaure petit à petit. Ici, une ligne de basse hypnotique donne de faux air de messe noire au titre et Iggy s’en sort très bien dans ce rôle de prédicateur.

"In The Lobby" est dans la même veine. Des guitares saturées servent de substrat à la voix posée du sieur Pop. Les guitares se durcissent un peu, on se laisse aller à quelques dissonances et solos un peu déroutant, certainement imputable à Josh Homme. Il y a beaucoup plus de constructions alambiquées par rapport à ce qu’on trouve d’habitude chez Iggy.

Bien qu’un peu long du haut de ses six minutes le morceau "Sunday" est assez facile d’accès. Il se place dans un domaine encore très proche du "In The Deathcar" d’Arizona Dreams. Iggy ici pose sa voix façon crooner à tendance parfois jazzy. C’est maitrisé et ça fonctionne. Cette belle voix grave est parfois secondée par des chœurs féminins qui donnent une profondeur au titre mais ce n’est pas encore ici qu’on verra Iggy se lancer dans de grandes envolées ponctuées de braillements et de cris "stoogiens"… Un beau dimanche quand même…



 

Comme un havre de paix dans cette Post Pop Depression, "Chocolate Drops" est une petite ballade sur fond de guitares twanguy. Ca donne au morceau un petit coté desert surf intéressant. Iggy met sa joie voix grave de crooner au service de ce morceau tout tranquille.

Après "Miss Argentina" sur Avenue B, Iggy retourne du coté de l’Amérique du Sud. "Paraguay" nous replonge dans les grandes œuvres de crooner d’Iggy. Le morceau est porté par un clavier omniprésent qui double des guitares mixées en arrière plan dans toute la première partie du morceau puis qui reprennent le dessus pour devenir plus présentes dans la deuxième partie ou Iggy continue son monologue puis finit enfin par s‘énerver un peu pour clôturer le morceau.
 

Iggy Pop, Post Pop Depression, Grand Rex, Paris, 2016


Mais dans tout ça, on a du mal à retrouver notre Iguane punk, le vrai Iggy. Dans certains morceaux, on sent bien qu’il sommeille comme sur "German Days" qui est bâti sur des guitares un peu décalées. Quelques arpèges par ci par là, une basse gorgée de disto fuzz. On n’est pas habitué à ce genre de digressions avec Iggy ou d‘habitude, on joue potard à 11 puis on réfléchit… Là, plusieurs influences se mélangent, beaucoup donnent un côté très sombre à l’ensemble. Ce genre de morceau nécessite plusieurs écoutes pour en apprécier le message.

Résultat des courses, on tient là de bien belles choses, de très bonnes idées, des interprètes de talent et un album fort plaisant à écouter. Que demande le peuple ? Le peuple, il veut du rêve ! Et le rêve, c’est de voir Iggy comme il y a quarante ans. Dans l’imaginaire collectif du rock ‘n’ roll, Iggy est devenu un concept. Iggy doit monter sur les amplis, Iggy ne doit pas porter de costard, Iggy doit brailler partout, Iggy est immortel. On ne veut pas d’un Iggy assagi, on veut l’icône à qui on est prêt a tout pardonner, même de poser pour les campagne de Noël des Galeries Lafayette ou vendre des téléphones SFR. Mais on veut voir un monstre sacré en live et entendre sa folie sur les disques. On voudrait qu’il soit intègre comme un Lemmy Kilmister qui n’a jamais dérogé à ses missions en presque 50 ans de rock ‘n’ roll. Est-on prêt à accepter la diversité même de très grande qualité chez Iggy Pop si cela doit signifier la fin de l’Iguane Stooge ? Chacun choisira selon ses propres aspirations le crédit à donner à ce bon album.

 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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