Le Bal Des Enragés – Entretien avec Niko Jones (Tagada Jones)

"Nous, on a des idées bien arrêtées qu’on défend dur comme fer. Il est pas question de baisser sa culotte et effectivement il y a plein de médias qui ne parlent pas de nous et on n’a pas besoin d’eux, la preuve c’est que 20 ans après on est toujours là et qu’on remplit toujours des salles."

Ça y est c’est reparti après les traditionnels 2 ans d’absence, la folle tournée du Bal Des Enragés a reprise le 31 mars dernier après trois dates en février qui avaient affiché complet ! Devenu aujourd’hui un rendez-vous culte des amateurs du Punk et de la culture underground entre autres, la tournée du Bal marque la septième année d’existence de ce projet hors-norme. L’occasion pour La Grosse Radio de revenir sur les différentes facettes de ce show jubilatoire et décadent boosté au rock et à la bonne humeur. C’est avec Niko Jones, frontman des Tagada Jones et créateur du projet à la base, que La Grosse Radio s’est entretenue pour revenir sur l’histoire, les souvenirs, la musique, bref la vie quoi de cette joyeuse bande d’éternels Enragés. 

Crédits : Mathieu Ezan


LGR : Salut Niko, et tout d’abord merci beaucoup de te prêter au jeu de l’interview avec nous aujourd’hui. Le Bal Des Enragés a récemment repris la route pour une nouvelle tournée massive dans toute la France. Beaucoup de sueur, de bonne humeur et même un nouvel enregistrement Live sont prévus pour cette nouvelle aventure du Bal. Peux-tu nous donner des précisions sur ce qui attend le public de cette nouvelle tournée ?
  
Niko : Salut La Grosse Radio et merci à vous pour cette interview. Alors oui effectivement le Bal est de retour en tournée depuis une semaine maintenant. Il y a effectivement tout un tas de nouvelles choses sur cette tournée, des invités, des surprises en tout genre etc. Bien sûr ça c’est de la surprise comme on dit donc on ne va pas les annoncer (rires). Mais voilà, de manière générale on va essayer de faire en sorte que les shows soient un petit peu différents justement, que ce ne soit pas tout le temps la même chose. Les premières fois il y avait eu très peu de changement dans les morceaux qu’on jouait. Aujourd’hui on modifie les set-list régulièrement. La tournée s’axe en trois grandes parties : cette grosse tournée avant l’été, ensuite il y a les festivals d’été et puis encore une tournée en septembre-octobre sur laquelle on rechangera encore de titres.

LGR : D’accord. Donc il y a effectivement un certain nombre de choses au programme !

Niko : Tout à fait.

LGR : Donc vous faites régulièrement une grosse tournée tous les 2-3 ans, c’est ça ?

Niko : Tous les 3 ans. En gros on a commencé en 2009, presque par accident ! (rires) Avec Tagada Jones on avait fait un concert de soutien pour le festival Au Pont Du Rock. Ils avaient eu une annulation pour cause d’intempéries ce qui avait mis toute la structure en péril. On a donc fait un concert de soutien avec Tagada Jones qui a permis de réembaucher le salarié permanent, de remettre tout sur pieds. Et pour nous remercier, puisque finalement l’association a remonté la pente – pas que grâce à ce concert, mais bon ça a aidé – ils nous ont donné une carte blanche de deux heures sur l’édition suivante qui était donc les 20 ans du festival. On a donc décidé de faire une heure de set standard de Tagada Jones et une heure de reprises sur laquelle j’avais proposé d’inviter quelques copains, et tout le monde a répondu présent. Indirectement, sans le savoir, c’est comme ça qu’est né le Bal Des Enragés. On a décidé de donner un nom à ce set d’une heure. On a appelé ça un bal, parce que ce n’était que des reprises et comme c’était qu’avec des enragés on n’a pas cherché très loin et on a appelé ça Le Bal Des Enragés ! Ça a tellement plu à tout le monde – nous y compris bien sûr, tous les membres participants mais aussi le public, les organisateurs, les techniciens etc. Tout le monde a trouvé ça génial, la spontanéité du projet a plu au gens – qu’on a donc décidé de faire une tournée. La première a eu lieu en 2010 et elle a bien marché. Il y en a eu une nouvelle en 2013 qui a encore mieux marché et puis là on remet le couvert en 2016 et c’est vraiment cool !

LGR : Alors justement, comme tu dis ce qui a fait que le public a beaucoup accroché au Bal c’était le côté spontané, non-formaté, dans l’esprit du punk traditionnel. Est-ce que vous avez prévu de garder cette même spontanéité dans cette tournée qui débute ?

Niko : Oui tout à fait ! C’est toujours l’esprit de base. Par exemple le Live qu’on vient d’enregistrer et qu’on va sortir, c’est un vrai live. Si tu veux aujourd’hui je trouve que ça commence à être dommage que tous les gens repassent en studio derrière leurs lives. C’est vrai que sur les 3 quarts des lives aujourd’hui, voir même 90% des lives qui sortent, les artistes sont repassés en studio après pour refaire des guitares, refaire des voix etc. Je trouve que c’est vraiment dommage. Là c’est un exemple typique, le live du Bal c’est le vrai live ! Il n’y a pas de retouches, on prend ce qu’il y a dedans. Des fois ça dérape un tout petit peu mais c’est ça le live, c’est comme ça que ça se passe (rires). On continue à être comme ça. Évidemment on essaye de bien jouer les morceaux, je ne suis pas en train de dire que quand on vient voir un concert du Bal c’est de l’énergie au taquet et que du coup on joue un peu n’importe quoi, non. On essaye de jouer du mieux possible les morceaux et de les mettre en valeur évidemment, mais ce qui est sûr c’est que ce qui prime c’est ce côté humain qu’il y a entre tous les musiciens, entre toute la troupe, les techniciens, l’équipe complète etc. On est 25 sur la route et il y a une énergie qui ressort de tout ça qui est une énergie très positive et naturelle et ça le public le ressent. Il se passe des choses incroyables en osmose avec le public, en termes d’échanges avec lui qui dépassent même les frontières de la musique quasiment. Le show est super énergique, il y a des performances, il y a plein de choses et je crois que c’est effectivement cette spontanéité qui plaît au public. On n’est pas sur la retenue, on ne se pose pas de question et on est généreux sur l’énergie qu’on donne sur scène ça c’est sûr.     

   Crédits: ImmortalizR


LGR : Et justement puisqu’on parle du public : Vos trois dernières dates ont affiché complet et c’est la preuve que vous aviez manqué à votre public. Est-ce que vous les Enragés étiez aussi impatients que vos fans de retrouver la scène et le public, et de repartir en tournée ?

Niko : Oui carrément ! Je crois que ce qu’on a avec le Bal est vraiment un projet bien à part. C’est comme une énorme colonie de vacances. Comme je l’ai dit on est 25 sur la route, tous ensembles 24h sur 24 quand on est en tournée. On a besoin qu’il y ait une entente parfaite entre tous, et je pense que si on passait des années entières à tourner ça pourrait devenir un peu lassant. Là ce qui est magique, et qui rend d’autant plus magique le projet du Bal Des Enragés, c’est qu’il est éphémère. On fait 6 mois de tournée tous les trois ans. Du coup on attend tous ça, on est tous super content de retourner dans le Bal. Comme on est tous d’ailleurs super contents de retourner dans nos groupes respectifs une fois le Bal terminé. Quand on a fini le Bal on repart tous sur nos projets, que ce soit Tagada Jones, Lofofora, Black Bomb A, LoudBlast, AqMe etc. Il n’y a que Parabellum qui du coup n’existe plus vraiment malheureusement de par le décès de Schultz, mais sinon voilà on retourne tous à nos obligations. Et ce côté éphémère fait qu’on a une patate dingue quand on remonte le projet du Bal. Comme d’ailleurs on a une patate dingue pour reprendre nos groupes. Ça fait une bonne coupure. On a besoin – comme dans la vie de tous les jours quelqu’un a besoin de vacances j’imagine, même si on a la chance de faire un métier extraordinaire (À aucun moment je vais comparer ça à un travail difficile, c’est un vrai plaisir de partir sur la route)  –  Mais ça n’empêche qu’à des moments on a aussi besoin de faire des coupures, et le Bal c’est une coupure parfaite.

LGR : Alors je voulais te demander comment tu – et les autres membres du Bal – définirais l’état du Punk en France aujourd’hui ? Est-ce vous êtes optimiste pour l’avenir du genre et de cette culture en général ? 

Niko : Moi je pense que la mode est quelque chose de très cyclique. Il faut se méfier de quelque chose qui n’est pas à la mode à un moment donné, un style de musique par exemple, car ça peut très bien revenir sur le devant de l’affiche. Moi je sais, parce qu’on est vraiment en plein dedans, que le Punk en France ça marche encore très fort, et pour preuve il y a les affluences qu’on peut avoir. Par exemple avec les Tagada Jones on a fait presque 170 dates sur 1 an et demie pour la tournée d’album, avec des affluences toujours en progrès. Mais on n’est pas les seuls, les Sales Majestés cartonnent aussi, je sais que les Ramoneurs de Menhir marchent très fort également etc. Le Punk en France ça existe toujours, c’est toujours très costaud, par contre comme c’est pas à la mode c’est pas médiatisé. Donc certaines personnes ont l’impression que ça ne marche pas mais c’est faux ! Il y a beaucoup de gens qui trouvent de l’intérêt dans cette musique là, et en plus beaucoup de jeunes. Dans les interviews on nous dit souvent que c’est incroyable qu’on ait autant de jeunes à nos concerts et c’est bien la preuve qu’aujourd’hui les jeunes – ou tout du moins une tranche de la population – se rend compte que dans ce monde de crise, avec tous les problèmes qu’il y a, toutes valeurs qui sont défendues dans le Punk sont des valeurs intéressantes et ils s’accrochent un petit peu à ces valeurs là. Ils se retrouvent dans les discours et dans toute l’expérience, dans la vie d’un groupe underground et alternatif comme il y en a beaucoup dans le Punk. Pour moi la seule chose qui est dommage c’est qu’il y ait très peu de groupes nouveaux. Ça marche bien, il y a souvent du monde dans les concerts Punk mais il n’y a pas beaucoup de nouveaux groupes qui ressortent du lot et qui tournent, alors qu’ils pourraient tourner partout en France. Ceci étant dit ça ne s’applique pas qu’au Punk, ce n’est pas le seul style dans lequel il n’y a pas beaucoup de nouveaux groupes.

LGR : L’idée du Bal comme tu l’as dit, c’est notamment de prôner les initiatives alternatives, surtout dans une société où ces projets ne sont pas réellement favorisés ou mis en avant. À ton avis quel pourrait être le déclic pour que les gens (re)commencent à plus mettre le nez dehors et à s’intéresser à toutes ces petites choses qui se font un peu partout dans les milieux underground et  alternatifs ?

Niko : C’est pas facile à dire. Clairement le projet du Bal c’est avant tout de mettre en avant les morceaux de la culture Rock en général, pas forcément alternatif. Il y en a bien sûr mais on joue aussi des morceaux Rock des années 60-70, ou même du Metal et du Hardcore. Le but c’est plutôt de promouvoir les musiques underground de manière générale et très large, pas que Alternatif ou Punk. Personnellement le « do it yourself » c’est vraiment un projet qui nous tient vraiment à cœur avec Tagada Jones. C’est pas pour rien qu’on a créé notre propre structure de tournée, notre propre structure de production de disques etc. Comme le Bal Des Enragés est un projet qui est structuré autour de Tagada Jones il est intégré dans ces structures-là aussi et donc on défend toutes ces valeurs un maximum c’est clair. Mais je suis pas vraiment persuadé que le public qui vient voir le Bal en général ressorte en disant « Whoua c’est super, j’ai envie de monter un projet alternatif ! ». Je sais pas, malheureusement je suis pas sûr que ce soit ce qui transpire le plus du projet. Ce qui transpire le plus du Bal c’est de faire la fête, péter un peu les plombs tous ensemble et de ressortir avec la banane alors que t’étais rentré avec le poids de la vie qui pèse sur les épaules etc. Pendant 3 heures tu penses à autre chose, tu t’éclates et ça c’est super important ! Ça n’empêche qu’on a ces valeurs intrinsèquement en nous mais on ne fait pas de la propagande non-plus pour le « do it yourself » ou pour l’underground d’une manière générale. C’est dommage que les gens ne fassent pas plus, mais la réalité c’est que de toute façon les gens qui font de la musique dans le « do it yourself » il n’y en a quasi pas. Moi je trouve ça d’ailleurs dommage mais il y a beaucoup trop de groupes qui ont signé sur des grosses maisons de disques, sur des majors et qui a aucun moment ne ce sont posés la question de se dire « mais si on le faisait nous-mêmes ? ». C’est plus dur et plus long mais c’est aussi plus stable et costaud quand on le fait tout seul.

LGR : Oui effectivement. Et puis du coup forcément ça correspond exactement à la vision qu’un groupe ou qu’un artiste peut avoir de son projet puisque c’est lui qui tient les rênes.  

Niko : Dans notre cas oui, mais je pense qu’il y a pleins de gens aussi qui rêvent de devenir star et célèbre et qui vont voir les grosses maisons de disques pour pouvoir mettre des centaines de milliers d’euros sur leur projet, mettre des pubs à tout va etc. Tout le monde n’a pas la même vision de la musique. La nôtre est bien sûr très différente de ça, elle est dans la réalité du terrain, dans la rencontre avec le public etc. Je crois qu’un groupe existe avant tout sur scène avant d’exister en studio. Les groupes lives ça fonctionne. Mais je sais qu’il y a des gens qui voient ça d’un autre œil.

 

LGR : Alors pour parler un peu plus de votre musique et des morceaux : Sur scène vous rendez hommage aux grands standards du Rock et du Punk entres autres. On voit passer du System Of A Down, du Trust, du Noir Désir, des Béru, des Clash et j’en passe. Alors plutôt que de demander quelles vont être les nouvelles reprises de cette tournée car je ne veux pas gâcher la surprise au public, j’aimerais savoir s’il y a des reprises que vous avez en stock, que vous aimeriez jouer un jour et que vous n’avez pas encore faites ?

Niko : Oui, même si c’est très compliqué car on est quand même 25 et que chacun donne un peu son avis, les techniciens aussi d’ailleurs. Comme c’est très démocratique les morceaux qu’on va jouer au final sont ceux qui ont le plus de voix (rires). Chacun personnellement a des morceaux qu’il adorerait jouer, qu’il a pu proposer et qui ne sont pas forcément passés. Il y en a tellement que c’est compliqué de faire le tri. Moi dans les morceaux que j’ai proposé il y en a un que j’adore et que je trouve mythique dans l’histoire du Punk, c’est « The Jinks » de Peter & The Test Tube Babies. Je l’avais proposé, il n’était pas passé cette fois-là mais il passera peut-être une prochaine fois c’est pas grave. Je crois que tous les morceaux qui nous tenaient le plus à cœur, depuis 3 ans qu’on fait des tournées, on les a quand même joués. Je pense que si on cumule les trois set-list on est quand même rendu à 110 ou 120 morceaux, ça commence déjà à faire !

LGR : Oui c’est déjà énorme c’est sûr ! Est-ce qu’il y a un groupe, ou simplement un chanteur / musicien qui n’a pas encore participé au Bal et que vous aimeriez voir vous rejoindre à l’occasion ?

Niko : Alors oui ! (rires). Déjà il faut dire qu’il y a beaucoup de gens qui veulent venir voir le Bal, ne serait-ce que dans nos entourages proches. Ce qu’il faut savoir c’est que le Bal c’est une bande de copains avant tout. Comme on a tous envie de continuer à le faire il n’y a finalement pas beaucoup de place pour rajouter du monde. On part sur la route avec trois camions complets et c’est finalement pas possible de rajouter une seule personne. Déjà techniquement ça explique le fait qu’on n’ait pas pu accueillir d’autres membres. Et puis il y a aussi une question très terre-à-terre vis-à-vis des organisateurs, il faut qu’ils puissent s’en sortir au bout d’un moment (rires). On ne peut pas dire « on arrive à 40 », on est déjà 25, c’est énorme ! On ne peut donc pas inviter du monde indéfiniment. Après c’est vrai que dans nos entourages très proches à tous il y a pleins de gens qu’on aimerait voir venir. Malheureusement c’est pas possible du tout. Sinon, dans les bons copains il y a Vinc’ (Vincent Peignart-Mancini) d’AqME qui est le petit nouveau de cette tournée. On fait ça plutôt au coup par coup en fait. Kémar (Marc Gulbenkian - No One Is Innocent) par exemple est venu plusieurs fois faire des apparitions dans le Bal sur Paris etc. Mais voilà au bout d’un moment c’est juste pas possible de pour nous de partir à 30 ou 35 sur la route.

LGR : Oui, je me doute que les gens qui gèrent la logistique doivent faire des heures sup ! (rires) 25 musiciens sur une tournée complète c’est quand même assez impressionnant. Ça me fait me demander si le projet du Bal est unique en son genre ? Tu sais si ce genre de show c’est déjà fait quelque part ?

Niko : En fait, on se pose nous-même la question (rires). On a été surpris au tout départ de l’engouement du public et des gens autour de nous la toute première fois qu’on avait joué avec le Bal Des Enragés. Après coup, avec le recul, on s’est dit qu’il y avait effectivement des spécificités dans ce projet. Je crois pouvoir dire qu’une des spécificités majeure du Bal, ce qui fait sa particularité, c’est que les musiciens changent à chaque morceaux. Et à ma connaissance il y a pas d’autres gens qui le font… même si bien sûr on n’a pas la science infuse, il y a peut-être des groupes Japonais ou autre qui font ça (rires). Moi je compare souvent ça aux pages d’un livre qu’on tourne, à chaque titre nouveau on tourne une page et hop on change de musiciens ! Je crois que ça c’est une vrai particularité du Bal. Avec le fait que les titres s’enchaînent quasi aussi vite qu’un groupe normal – même si on n’est pas encore arrivé à la perfection, on bosse toujours là-dessus –. Aujourd’hui c’est beaucoup mieux qu’au début, ça commence à aller très très vite et il y a des gens qui disent « c’est incroyable, vous arrivez à enchainer les morceaux aussi bien qu’un groupe normal sauf que les musiciens changent à chaque titre ! ». Je crois que notre vraie particularité se situe là et effectivement à ma connaissance il n’y a pas d’autre groupe qui fasse ça.

LGR : J’aimerais te demander maintenant un de tes meilleurs souvenirs sur scène avec le Bal ? Un live, une anecdote de scène par exemple ?

Niko : Je crois qu’un des meilleurs souvenirs c’est quand même le Hellfest. On a été un des premiers artistes francophones avec notamment des titres en français – beaucoup de gens au sein du Bal ne chantent qu’en français –. La vraie question était de se demander s’il y allait avoir un vrai retour du public ou pas. On savait que le Bal avait un certain succès mais on se demandait si on allait avoir notre place au sein du Hellfest, comme c’est un festival Metal et que le Metal n’est pas un style francophone à la base, même s’il y a quelques exceptions bien sûr. On jouait sur la WarZone, qui était complète, pleins de gens ne pouvaient pas rentrer et ça a finalement été un vrai succès. Ça a été un moment émouvant pour nous tous. Ce concert-là on s’en rappellera toute notre vie, on en a vraiment un super souvenir. On y retourne d’ailleurs cette année et comme on joue sur la Main Stage on espère qu’on va en mettre une couche supplémentaire. 

 
LGR : Alors je vais te poser presque la même question que la précédente : J’aimerais connaître un très bon souvenir que tu as avec le Bal, mais pas sur scène cette fois ?

Niko : Alors, je pourrais parler de la tournée DVD de l’album précédent où on est partis 9 jours tous ensembles dans deux tours-bus. Déjà pour les groupes partir en tournée dans un tour-bus c’est sympa mais là avec deux ça a été une aventure extraordinaire ! C’est une tranche de nos vies dont on se rappellera toujours. On parlait de colonie de vacances tout à l’heure, là on y est vraiment ! On a vraiment fait les alcolos pendant une semaine etc. et ça a été génial. Bien sûr il y a d’autres souvenirs, je pourrais très bien parler de la résidence cette année, qu’on a faite à la montagne. On était logés dans un chalet d’altitude, un soir on n’a même pas pu monter avec les camions tellement il avait neigé ! Je t’épargne les détails mais à 25 dans un grand chalet en bois, avec les feux de cheminée et tout, c’était des moments qu’on n’oubliera jamais. C’est ce qui fait de nous – tous les participants, qui vont de 35 à 50 ans – d’éternels adolescents et on vit comme si on avait encore 16 balais quand on part sur des aventures comme ça, c’est génial !

Crédits : Dawa


LGR : Oui je veux bien le croire ! Donc pour reparler un peu de musique pure et dure, je voulais te demander si pour toi personnellement il y a des albums et/ou des groupes que tu considères comme étant des  passages obligés dans une vie, pas forcément pour un musicien mais pour n’importe qui ? Que tu conseillerais d’écouter au moins une fois dans sa vie ?

Niko : C’est compliqué parce que c’est très individuel. Bien sûr je pourrais te répondre sur ce qui moi m’a touché énormément, mais je pense que de manière générale c’est quelque chose de très générationnel. Par exemple moi j’ai une quarantaine d’années, et pour les gens qui sont nés au milieu des années 70 on va avoir les mêmes albums de référence. Quelqu’un qui n’a que 20 ans ne les aura jamais. Nous on a vécu juste après l’explosion du Punk et il y a énormément d’albums de Punk qui sont pour nous des albums cultes alors qu’aujourd’hui ils n’ont plus forcément beaucoup de sens car la situation est très différente. C’est sûr que ce qui a marqué notre époque, en France en tout cas ça va être les Bérus par exemple, qui ont vraiment marqué un changement. Ça va être aussi la Mano Negra qui a fortement posé son empreinte sur la vie Rock en France. Si tu vas aux États-Unis tu as les Ramones qui sont très présents. Il y a eu aussi le Grunge, Nirvana notamment, qui était un peu moins ma came même si on ne peut pas dire qu’on est passé à côté. Après il y a eu la mode du Punk mélodique Américain avec Offspring. C’est pas forcément un truc que moi j’ai beaucoup écouté mais dans notre génération ça a marqué tout le monde parce que ça a créé ce qu’on appelle le « Punk à roulettes », qui a explosé. Et puis on peut dire aussi qu’il y a dans les gens du Bal  – Parabellum ou Lofofora par exemple – des groupes qui ont eux-mêmes eu une influence importante au cours de leur carrière.

LGR : Petite question sans vraiment de rapport : Si tu pouvais vivre dans n’importe quel époque, est-ce que tu en choisirais une différente que celle-là ou pas, et pourquoi ?

Niko : Je crois que nous on n’est pas vraiment à plaindre. Effectivement beaucoup de gens disent que les années 70, en tout cas en France, étaient des années merveilleuses car la liberté était quasi-totale à l’époque. Je crois – et c’est triste à dire – que nous on a déjà un peu plus de chance que nos enfants, même si il ne faut pas être défaitiste. Après c’est vrai que les libertés se réduisent de plus en plus et que pour nous les années 70, avec toutes les manifs qu’il y a pu avoir, ça a été des années où les gens s’éclataient, ils faisaient ce qu’ils voulaient et il n’y a avait pas toutes les contraintes qu’on a maintenant. Je crois que nous et notre génération on n’a pas à se plaindre. Et puis après, revenir longtemps dans le passé je ne pense pas que ça ait de l’intérêt, quand tu vois les notions de valeurs humaines qu’on a aujourd’hui. Je pense qu’on a plutôt progressé que régressé, au moins jusqu’à la fin du 20ème siècle. Après le 21ème siècle je ne sais pas comment il s’annonce, ça a l’air compliqué en tout cas.

LGR : C’est vrai qu’il y a ce ressenti un peu global du fait qu’aujourd’hui le Punk (rien que le mot) n’a plus la même signification qu’avant. C’est un peu plus officiel et établi. Est-ce que tu as cette impression qu’aujourd’hui un artiste a de moins en moins de chance de dire ce qu’il veut ?

Niko : Je crois que les artistes peuvent toujours dire ce qu’ils veulent, le problème c’est plutôt que personne ne parlera d’eux. Nous avec Tagada Jones on a jamais vraiment parlé de nous. On n’a jamais été sur des Majors ni sur de très grosses maisons de disques et on a jamais été médiatisés de manière générale. En plus de ça on a un discours qui peut déranger, et les quelques fois où des gens ont récupéré notre discours ça a toujours été des gens très engagés. Je sais qu’à un moment la confédération paysanne avait repris un morceau de Tagada pour le mettre en avant, que José Bové en avait mis un sur son site, parce que c’était des morceaux engagés. Aujourd’hui il faut savoir que si tu dis quelque chose que tu penses tu en viens à prendre des positions et les trois quarts des portes se ferment devant toi. Mais ce n’est pas pour autant que le public ne s’y retrouve pas. Nous je le vois on vit très très bien avec ça et je ne m’en plains pas du tout parce que finalement la médiatisation de masse ça n’a pas d’intérêt pour un groupe comme nous. Nous, on a des idées bien arrêtées qu’on défend dur comme fer. Il est pas question de baisser sa culotte et effectivement il y a plein de médias qui ne parlent pas de nous et on n’a pas besoin d’eux, la preuve c’est que 20 ans après on est toujours là et qu’on remplit toujours des salles. Ça a été plus long et plus dur c’est sûr. Je l’explique souvent aux jeunes groupes qui débutent : « ne changez pas de vision ou de ligne de conduite, foncez dans ce que vous avez envie de faire et il y a un moment où ça va payer ». Et ce même si ce sera plus dur pendant un moment. Après je conçois aussi qu’il y a des gens qui fassent de la musique juste pour le plaisir de faire de la musique et qui n’aient aucune conviction, ne serait-ce que politique. Nous on peut dire qu’indirectement on a des convictions politiques. La quasi-totalité des gens qui sont dans le Bal en ont, ont des positions arrêtées, mais pas tous.

LGR : Alors si tu devais en quelques mots donner envie aux gens qui ne connaissent pas encore le Bal Des Enragés de vous découvrir et de venir vous voir en concert ?

Niko : Eh bien les gens qui ont envie de se changer les idées tout simplement, qui ont envie de venir baigner dans la culture de la musique « énervée », qu’ils viennent ! Ils peuvent même venir avec des copains car il y a tous les ingrédients pour passer une bonne soirée, bien rigoler et écouter quand même de la bonne musique. Et puis pas hésiter non plus à amener ses enfants en âge d’aller à un concert, les gens font de plus en plus ça et je ça trouve génial ! Il y a ce côté de transmission qui est vachement important je trouve dans Bal parce que les gens ne connaissent pas forcément tous les morceaux qu’on va jouer dans la set-list. Les gens se font donc découvrir les morceaux entre eux, les plus jeunes font découvrir des morceaux à leurs parents et inversement et ça c’est génial.  C’est une espèce de transmission culturelle qui est importante.

LGR : J’avais d’ailleurs cru comprendre que tu avais été assez surpris de constater la complicité des classes d’âge dans le public lors des dernières tournées, entre les très jeunes, les ados, les parents etc. ça avait été à priori comme ça sur la dernière tournée, est-ce que tu confirmes cela dans cette nouvelle tournée qui débute ?

Niko : Oui bien sûr, car comme c’est très bon enfant et que c’est une fiesta avant tout, les gens discutent et rigolent entre eux et à moment ils se retournent vers leurs voisins et vont demander « C’était quoi ça c’est génial comme morceau ?! » et ils commencent à discuter parce qu’il y a toujours quelqu’un à côté qui connaît le morceau car ce sont quand même des morceaux assez connus etc.  Nous on le voit bien sur scène et c’est marrant parce qu’il y a une espèce de complicité dans le public entre les gens eux-mêmes que tu ne retrouverais pas forcément sur un concert traditionnel.

LGR : D’accord très bien. Donc on peut dire que le Bal Des Enragés est toujours aussi enragé c’est ça, ça n’a pas changé ?

Niko : Exactement ! Et le jour où ça devra changer on fera mieux d’arrêter.

LGR : Eh bien merci pour cette interview et pour le temps que tu nous auras consacré. A La Grosse Radio on vous souhaite à tous une excellente tournée !

Niko : Merci à vous et à bientôt !

Le Bal des Enragés - Tryptik

Un énorme merci à Niko pour son temps consacré à La Grosse Radio, ainsi qu'à Olivier d'At(H)ome Records pour avoir rendu cette interview possible.
   

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