Santana – IV

"On pouvait craindre le pire pour ce nouvel album de Santana. La déconfiture totale, un album moyen de plus, une grosse arnaque destinée à s'en mettre plein les poches... IV n'est rien de tout cela"

Parfois, on se demande pourquoi certaines vieilles gloires, qui n'ont artistiquement plus rien à prouver et financièrement plus rien à craindre, ne se contentent pas de se faire plaisir plutôt que de chercher à tout prix à "rester dans le coup". Certes, se faire connaître d'un public plus jeune histoire de ne pas voir son public s'émietter inexorablement, ça peut se comprendre, mais arrivé à 60 ans et plus, avec un compte en banque équivalent au PIB annuel d'un pays en développement, à quoi bon aller se ridiculiser sur MTV à jouer avec les idoles du moment et à chercher le jeunisme à tout prix ? Pourquoi ne pas juste s'éclater, jouer pour soi avant tout, en se foutant du qu'en dira-t on ? C'est plus ou moins le constat opéré par Carlos Santana, qui après avoir plusieurs fois essayé de reproduire le succès de Supernatural (1999), album qui avait cartonné et qui l'avait fait connaître auprès d'un paquet de jeunes, semble prêt à faire une croix sur un éventuel jackpot pour se concentrer sur ce qu'il fait de mieux.

Carlos semble s'être souvenu qu'à ses débuts, il s'amusait beaucoup plus que depuis bien longtemps. Alors pourquoi ne pas faire appel aux musiciens qui l'accompagnaient à l'époque ? Le line-up est donc celui qui était présent sur l'album III (1971), ce qui explique aussi que le présent album s'intitule tout simplement IV. Les membres présents sur les trois premiers albums, le batteur Michael Shrieve, qui sortait ce phénoménal solo de batterie à Woodstock (toi qui n'a pas vu cette vidéo, file sur Youtube avant que je t'en colle une), le percussioniste Mike Carabello, le chanteur claviériste Gregg Rolie, qui après Santana est parti fonder Journey avec le tout jeune Neal Schon, qui avait pour sa part rejoint la bande sur l'album III. Du très beau monde donc. Encore que ce genre d'annonce peut également faire craindre un fabuleux pétard mouillé. Même pas, les musiciens sont ravis de se retrouver, ont monté les amplis, et ont laissé la musique parler.


III, abraxas, woodstock, journey, nealschon


L'album démarre comme dans un rêve, avec une série de titres qui laissent augurer du meilleur. Après que "Yambu" fasse office d'intro en ressortant un feeling latino bien géré, "shake it", et ses percussions du bonheur qui côtoient des solos de guitare interminables, n'est finalement qu'un intermède pour aboutir au single "Anywhere you want to go", qui suinte la bonne humeur, cousin éloigné de "Oye como va". Le feeling est monstrueux, les petits leads de claviers et de gratte ne laissent jamais retomber la sauce. Enchaînez avec les 7 minutes instrumentales et diablement psychédéliques de "Fillmore East", et à quelques points près (un son de caisse claire discutable), tous les voyants sont au vert.

Le hic, car hic il y a, c'est que l'album dure 75 minutes. Et autant on se doute que les zicos étaient ravis de rejouer ensemble avec le plaisir pour seule consigne, de sorte que les sessions de composition ont dû être très productives, autant dans ces cas-là, il y a forcément du bon et du moins bon, et quelques titres auraient en l'état mieux fait de rester au placard. Ce n'est pas forcément le cas des deux titres sur lesquels Ronald Isley (des Isley Brothers) vient jouer les guests de luxe, même si ces derniers auraient pu être un peu plus travaillés (et ce son de caisse claire playskool, mon dieu). En revanche, la rythmique électro de "Choo Choo" n'est pas du meilleur effet. Dommage parce que niveau guitares, ça envoie du pâté, en particulier sur la fin du titre, où Santana et Neal Schon se renvoient la balle comme des gamins. 

 

 

Après ces quelques fautes de goût, une bonne ballade bluesy comme "Suen os" fait du bien. Pas de bol, derrière, Gregg Rolie a décidé de sortir les sons les plus ringards qu'il pouvait trouver sur son clavier. Précisons d'ailleurs que le chanteur n'est que peu à son avantage, sa voix, devenue plus grave avec l'âge, donnant une coloration très blues rock qui jure parfois un peu avec le reste. Rien de très grave cependant, juste des petits points négatifs ici et là qui empêchent l'album d'être grand. Fort heureusement, ces choix discutables s'effacent dans la dernière partie de l'album, qui revient à des valeurs sûres le long d'une belle brochette de titres rock latino globalement de très bonne tenue. 


On pouvait craindre le pire pour ce nouvel album de Santana. La déconfiture totale, un album moyen de plus, une grosse arnaque destinée à s'en mettre plein les poches... IV n'est rien de tout cela. C'est le témoignage de musiciens qui s'apprécient, d'amis qui se sont manqués, du bonheur de leurs retrouvailles, du plaisir d'artistes qui ne cherchent rien d'autre qu'à créer de la musique qu'ils aiment et qu'ils seront heureux de partager avec le public qui voudra venir les voir. Et même si l'excès d'enthousiasme leur fait parfois commettre quelques sorties de route (et ne nous en cachons pas, il y a aussi de l'effet d'annonce quelque part), pouvoir de nouveau entendre un véritable album de Santana est suffisamment plaisant pour fermer les yeux et profiter. IV n'est pas au niveau de Santana, Abraxas ou III. Mais il n'a pas à rougir.

 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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