Cool Soul Festival – Divan du monde – 5/05/2016

Ce mercredi 5 mai 2016, c’était la seconde soirée du Cool Soul Festival au Divan du Monde après celle qui vous a été narré hier par Lebonair. Et sans nul doute l’événement rock garage parisien de l’année, organisé par Jostone Traffic et produit par Torpedo Prod. Avec à l’affiche : les espagnols de Suzy & los quattro, les jeunots de Fuzzy Vox et les vétérans The Fleshtones… Une soirée et surtout une journée mémorable, comme en rêvent tous les rock critiques ! Impossible de ne pas vous la conter… Souffrez donc que je vous inflige non pas une chronique de concert « classique » – descriptif complet et par ordre d’apparition des morceaux – mais bien le récit d’une journée extraordinaire, à la Charles Trenet donc. Pas Rock, la ref ? Détrompez-vous

The Fleshtones - Cool soul

Figurez-vous qu’à peine reçue l’accréditation de la Grosse Radio, un ami réalisateur m’appelait pour me proposer de l’assister dans l’interview de Jean-Luc Jousse, boss de Jostone Traffic. Sans savoir que je devais me rendre le soir-même au Divan du monde… Saint Joe Strummer était avec moi ! Nous voilà donc, à treize heures trente pétantes, devant l’un des temples du rock parisien. Jean-Luc Jousse nous accueille, nous fait même faire le tour du propriétaire et nous nous installons au délicieux petit bar, innacessible au commun des mortels en temps normal. Le cadre dont nous profitons sans vergogne, nous installant dans de confortables fauteuils, respire le Pigalle d’antan. Miroirs et moulures à profusion sur fond de velours bleu. On s’attendait à tout moment à voir débouler de l’escalier derrière le zinc, un dandy rock décadent façon Bowie… Un lieu propice donc à une rencontre avec un vrai passionné, ancien ingé son et régisseur, tombé dans le booking en 1993. Des militants de la cause, j’en ai rencontré quelqu’uns et je ne doute pas que bon nombre de mes collègues de la Grosse Radio en soient… Mais des cadors comme Jean-Luc Jousse, je vous promets qu’ils se font rares sur le front du rock’n roll pur et dur, allergique à ce fameux « air du temps » qui pousse à des mélanges plus ou moins heureux… Bien qu’il nous permette de voir sur des scènes françaises, des artistes aussi prestigieux que les Flamin’groovies, The Pretty Things, Jim Jones ou les Bellrays présents la veille au Divan du monde, le monsieur fait preuve d’une humilité authentique, s’étonnant même que d’autres bookers plus mainstream n’aient pas été choisis en lieu et place pour s’exprimer sur le sujet. Il nous livrera pourtant un témoignage d’une grande richesse sur cette profession désormais incontournable dans l’industrie musicale. 

Après cette interview qui fut plus une vraie rencontre qu’un temps d’échange formel, Jean-Luc Jousse nous convie à aller accueillir The Fleshtones qui arrivaient tout droit d’Anvers dans leur minibus. Lorsque je serrais la pince de Peter Zaremba – lead vocal et clavier – je sentis comme un courant électrique me parcourir jusqu’au bout des boots. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on côtoie d’aussi près une légende du rock de 40 ans d’âge ; la sensation est sensiblement la même que lors d’une dégustation d’un mur malt écossais du même tonneau ! Nous jouons les roadies le temps de transbahuter le matos dans la salle et profitons de balances qui tournèrent vite au concert ultra privé. Et c’est à l’issue des dites balances que j’eus un échange bref mais mémorable avec Peter Zaremba. Remarquant qu’il sifflotait « Douce France », je l’interrogeais in petto « Hey ! Charles Trenet ? « . Il me fit un clin d’oeil complice en retour et c’est ainsi que j’ai battu le record de l’interview la plus courte du monde… Avisant Hugo Fabbri et Greg Dessons, respectivement chanteur/guitariste et bassiste des Fuzzy Vox, je me décide à leur proposer une interview à la Mad Mask. Un jeu idiot mais éminement jouissif de part et d’autres, auquel nos deux fins déconneurs de Joinville-le-pont – pont, pont – se plièrent bien volontiers, entre dégustation de haribo, de bières et de rires complices :

Après cet intermède totalement indépendant de notre volonté et pour lequel la Grosse Radio Rock décline de fait toute responsabilité – le phénomène Mad Mask relevant de l’infiltration manifeste à la limite du malware – retour sur scène pour les balances des Fuzzy Vox. Une préparation à leur image, pro et rigolarde à la fois… En comparaison, celle de Suzy & Los Quattro était presque studieuse… La jolie Suzy, sans doute arrivée directement de son Espagne ensoleillée, a l’air frigorifié, les mains engoncées dans les poches de sa parka. Ses trois complices, mousquetaires contrariés, puisqu’un quatrième faisait tout de même un peu défaut, testent avec application le son. Lorsque viendra leur heure de monter sur scène, car c’est eux qui ouvriront le bal pour cette deuxième soirée Cool Soul. Suzy Chain s’était drôlement réchauffée, nous donnant à voir une version hispanique et tout aussi caliente de l’anglaise Hayley Red des Dustaphonics ! Elle fascina littéralement un grand échalas qui resta à baver à ses pieds pendant tout le set, sans que cela ne perturbe le moins du monde. Il faut avouer qu’il y a de quoi ; Miss Suzy se donne littéralement au micro et se déhanche fort à propos. Hugo des Fuzzy Vox avait bien raison lorsqu’il m’affirmait d’un ton docte et professionnel ; Curly Quattro assure à la guitare. Quant à Marky Quattro, le bassiste taillé comme un quaterback ricain, il martèle son instrument avec une passion toute ibérique ! Suzy et ses boys déclarent entre autres s’inspirer de Blondie ; du coup, comme me le glisse mon pote réal’, elle ressemble plutôt à Pat Benatar qu’à Debbie Harry. Ah, doux souvenirs humides de ma jeunesse… Oops ! Désolé comme disait Denisot… Mais franchement, que fait la censure de la Grosse Radio, je vous le demande !

Les Fuzzy Vox avaient donc la lourde tâche ce soir-là de défendre nos couleurs et notre trio de Joinvillais l’ont bien fait l’joint après les fiers barcelonais (gare… cette chronique menace à tout instant de sombrer dans l’eurovision ; Spain one point – France zéro point…). Un observateur novice aurait pu croire au vu de l’énergie déployée sur scène que Hugo, Greg et Jeremie le p’tit nouveau aux drums, avaient particulièrement à coeur de représenter dignement leur patrie… « Not at all, pourraient-ils répondre dans leur langue de coeur, nous sommes toujours ainsi, pétaradant, bondissant, décoiffant » ! Et ce, malgré un pédalier probablement saboté par les forces de l’anti-France, qui contraignit Hugo à se passer d’effets… Pas perturbé pour un sou, il enchaîne avec ses deux fous de la rythmique bon nombre de titres de leur second album « No landing plan » et nous balance tout de même l’un des hits du premier opus – repris d’ailleurs dans une pub – le bien franchouille « 1789 » ! Hugo sacrifie avec un plaisir non dissimulé à l’exercice désormais obligatoire ; la « descente dans la fosse ». Pour démontrer son talent de guitariste de plus près au public, vous direz-vous… Pas du tout – in french, this time – ce fut pour jongler avec un ballon aux couleurs de son club de foot favori ! Fort heureusement, un spectateur s’empare de sa guitare et continue à jammer avec Greg qui les avait rejoint. Et tout ce petit monde remonte sur scène pour entonner des la-la-la à s’en faire péter les cordes vocales !

Lorsque The Fleshtones montent sur scène, le public est donc déjà attendri comme un T-bone, impatient de grésiller de bonheur… Peter Zaremba, cape de Dracula sur les épaules et chemise fleurie, pousse d’entrée le bouton de la plaque à donf et enflamme la salle dès « Bigger » le premier titre. J’avais pourtant promis de ne pas vous la jouer classique, mais comment résister à la tentation d’évoquer quelques titres d’une setlist, écrite au dos d’une cantate baroque… Believe me, it’s true… i swear on my first bass guitare ! Quelques titres à base de « feel good » et autres « let’s go » plus loin, Peter Zaremba laisse pour un temps, le chant lead à son complice Keith. Celui-ci s’en empare avec la même classe, avec laquelle il exécute guitare. Nos quatre Fleshtones, emmené par leur maître de balle Peter Zaremba vont plusieurs fois sacrifier à leur danse rituel à base de « tournez ! ». Certains dans le public tournent donc comme de petites marionnettes. Comment leur en vouloir… Il fallait être un fan de Florent Pagny égaré par mégarde au Divan, pour résister à l’esprit de communion qui nous liait tous et toutes. Quand Peter, tel un Moïse rock n’roll fend la foule pour prêcher de plus près à ses ouailles, les principes du rock – le seul, l’unique, le vrai – Marky Quattro arrache sa chemise et se roule à terre, littéralement possédé par cette musique démoniaque. Tandis que Bill le bassiste nous faisait des grands écarts de jeune homme sur scène pour attirer l’attention des spectateurs, Peter les persuadait d’entonner un hymne à motifs de Sha-la-la (le pendant américain des la-la-la des Fuzzy donc). The Fleshtones concluent leur fiesta en invitant Tony Truant, l’éminent guitariste des Wampas pour un titre très rock fifties. Une preuve supplémentaire de la générosité fraternelle de l’internationale du rock garage, qui allait d’ailleurs se réunir pour leur sommet annuel le lendemain au Cosmic Trip Festival.

Terminant le set en compagnie de Bertrand, le boss de Torpedo Prod, j’en profitais pour le remercier pour cette soirée. Surtout que pour une fois, j’ai pu respecter les préceptes de Phil Manoeuvre – en tant que pilier de Rock&Folk et des Enfants du rock, pas au titre de consultant de reality show of course – passer quasiment tout le concert à siroter des bières au bar ! 

Un grand merci à Crankdandy Prod pour les images !
 



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