Biffy Clyro – Ellipsis


 


2016 a été décrétée «Year of the Biff» par le groupe lui-même. Ce septième album studio, Ellipsis de son petit nom, est donc attendu de pieds fermes par les fans et autres amateurs de bon rock. Trois ans après Opposites, les Ecossais sont donc de retour pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

Actifs depuis 2002, Biffy Clyro n’ont plus grand chose à prouver : avec une discographie explorant le rock dans toute sa splendeur et se terminant par trois chefs d’oeuvre (Puzzle, Only Revolutions et Opposites), le public est au courant du potentiel des musiciens. Avec ce nouvel opus, le trio revient en force. Les 3 Scottish nous avaient prévenu: «La seule façon de suivre un double-album est de se révolter contre celui-ci», plaisantaient-ils. Cela dit, les fans de la première heure ont de quoi crier au blasphème: pas d’orchestre ni de morceau expérimental comme dans Opposites, mais une production très pop (la faute à un co-producteur répondant au nom de John Feldmann ?), extrêmement loin d’un Blackened Sky ou d’un The Vertigo Of Bliss.

Globalement, Ellipsis peut laisser un sentiment de confusion, voire d’incompréhension par rapport à ce qu’avait annoncé le groupe. En effet, ceux-ci maintiennent que ce nouvel album est le début d’une nouvelle ère, à savoir celle du chaos (la première trilogie d’albums étant la période «lo-fi, metal progressif anguleux» et la seconde, la période «grand garçon»). Il est vrai que les douze titres de la tracklist nous emmènent dans des univers méconnaissables : à la fois très différents de ce que font Biffy Clyro habituellement, mais également au niveau des ambiances. Cet album n’est pas aussi agressif qu’ils le prétendaient, mais le bazar est bien présent : «Pour la première fois, grâce à la programmation, on bordélise proprement les choses», affirmait Simon Neil dans une interview. Après tout, comme disait Maupassant, "Le bordel, il n'y a que ça de vrai". Du coup, plutôt que d’utiliser les guitares et la distorsion pour rendre les parties heavy, ils ont trouvé d’autres moyens pour rendre ces parties plus intenses. Le résultat donne un disque plus épuré, autant travaillé que ses prédécesseurs mais différemment.

C’est «Wolves Of Winter» et son intro fantasmagorique qui ouvre le bal. Adressé aux détraqueurs du combo, ce morceau combine tout ce que Biffy Clyro savent faire de mieux: un riff super accrocheur, une base rythmique efficace et pour couronner le tout, un mini solo de guitare à la Pink Floyd. «Animal Style» suit une structure similaire, et on retrouve ce que le groupe aime et fait à la base : du rock lourd et puissant. Nul doute que ces pépites, jouées en live, auront une toute autre dimension et raviront les adeptes.

Les frères Johnston, bien plus présents dans le processus de composition, ne sont pas en reste. Leur chant à l’unisson vient appuyer celui du frontman et harmoniser le tout. Un excellent point, notamment dans «Friends And Ennemies» ou encore dans «On A Bang». Ces deux morceaux justement, parlons-en, car ils sont diamétralement opposés. Dans le premier, on peut entendre des rires d’enfants en fond, et les couplets donnent une impression d’exotisme (l’univers funky de Bill Whiters mélangé à la lourdeur de Black Sabbath, dixit le groupe). Dans le deuxième, c’est plus du Biffy à l’état brut, où les guitares saturées, la voix rauque de Simon et le jeu de batterie de Ben font l’affaire.

Les maintes influences de Simon, James et Ben demeurent tout au long de l’album. Parfois, elles sont faciles à repérer : les rythmes de «Friends And Ennemies» évoquent Songs From The Big Chair de Tears For Fears, mais la plupart du temps, elles sont transmises par une mentalité et non par un son spécifique. Par exemple, Kanye West a été cité de nombreuses fois. Il aurait eu un impact sur les techniques utilisées en post-production. Ainsi, les influencent s’inspirent d’albums hip-hop (le dernier A$AP Rocky) mais sont présentées sous la forme d’un groupe de rock. Plus distillées mais pas pour autant moins audibles, certaines mélodies cachées derrière les lead guitares ne sont pas sans rappeler les meilleures heures de Coldplay ou encore des Red Hot Chilli Peppers.

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Pas de surprises côté ballades acoustiques, c’est «Medicine» qui répond à l’appel, résolument un «Machines» 2.0, mais sans doutes l’une des plus jolies chansons que le groupe ait jamais écrite. La perle rare, au contraire, s’appelle «Small Wishes». Avec des sonorités country/folk et un piano boogie-woogie, ce n’est pas un terrain sur lequel on aurait imaginé que le groupe s’aventurerait un jour. Mais le résultat est ultra réussi : Simon semble nous conter une histoire et on entend une chorale d’enfants, le hurlement d’un loup et des bruitages aussi étranges que fascinants.

«Herex» témoigne de l'originalité du groupe et de leur capacité à toujours innover. C’est ainsi que le morceau avait été présenté comme du «reggae-black-metal». Monsieur Neil confiait même que: "C'est comme si The Police rencontraient Queens Of The Stone Age!" Heureusement, il n’y a de reggae que le titre mais la piste reste surprenante, même après plusieurs écoutes. On ne peut pas laisser de coté la bombe qu’est «Flammable», qui illustrera parfaitement les propos de Simon: «On peut être heavy sans être metal» et mettra en valeur les talents de bassiste de James Johnston, même s’ils restent relativement mis à part quand on sait de quoi il est capable dans un album tel que Infinity Land ou Puzzle ( par exemple).

Fidèles à eux-mêmes, Biffy Clyro abordent des thèmes tels que les problèmes sociaux, les conditions de vie humaine, mais aussi les problèmes personnels auxquels les membres ont du faire face. «Re-arrange», est une chanson d’amour un peu niaise, cependant elle a le mérite de mettre en valeur la douceur du timbre de voix de Simon. Ces sujets reviennent ensuite dans «Howl» (quand on peut voir son tempérament changer, à tel point de ne plus se reconnaitre soi-même), dont le refrain est une énorme gifle : «So I’m gonna howl like an animal» a clairement été composé pour être hurlé en choeur par des milliers de personnes durant un concert. «People» mentionne le fait qu’il faille accepter que notre vie ne soit pas exactement telle qu’on l’ait imaginé alors que «Medicine» évoque les tentatives de Simon à pratiquer l’automédication comme remède à l’insomnie chronique.

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Biffy Clyro nous offrent un nouvel essai pop/rock, peut-être pas le meilleur mais certainement pas le pire de leur carrière. Après 15 ans d’existence, le groupe est toujours à la recherche de nouveaux horizons : partir en tournée dans de nouveaux pays, visiter des lieux qu’ils n’avaient pas pris le temps d’admirer auparavant mais également explorer les limites de la programmation et du mixage.

«C’est soit le meilleur album qu’on ait fait, soit le pire», "Adorez-le ou détestez-le, c'est ce que nous voulons", nous disait d'ailleurs le groupe il y a quelques temps. Ces messieurs sont épatants à chaque nouveau CD : ils ne se reposent pas sur leurs lauriers et savent se diversifier, tout en gardant le génie de ce qui fait leur charme et leur succès. Il n’y a pas vraiment d’éléments négatifs à relever dans Ellipsis. Même les pédales d'effets et le vocoder sont utilisés avec parcimonie. Tout est très bon, très propre et très varié. En plaçant les barres toujours très hautes avec leurs compositions, on pouvait s'attendre à un flop de leur part, mais c'est encore une fois un sans fautes pour les gars de l'Ayrshire qui délivrent là un opus de grande qualité.

Pour ceux qui ne seraient toujours pas rassasiés, Biffy Clyro vont surement sortir un album complet de face-b (comme ils l’avaient fait avec l’excellent Similarities, qui n’est autre qu’une compilation des b-sides d’Opposites). En tous cas, c’est ce qu’on espère. 

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Tracklist:
01. Wolves of Winter
02. Friends And Enemies
03. Animal Style
04. Re-arrange
05. Herex
06. Medicine
07. Flammable
08. On A Bang
09. Small Wishes
10. Howl
11. People
12. Don't, Won't, Can't (Deluxe Edition)
13. In The Name Of The Wee Man (Deluxe Edition)

 

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NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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