Lofofora et Tagada Jones à  l’Alhambra (20.04.2012)

Vu le programme de ce soir, on peut s’attendre à une salle bien pleine et à ce que les punks soient de sortie. Quelques belles crêtes ont en effet fait le déplacement : punks, rockers et métalleux se sont donnés rendez-vous à l’Alhambra pour assister à cette superbe affiche. Pensez donc, Lofofora et Tagada Jones, deux groupes qui tuent en live et qui vont tellement bien ensemble, ç’aurait été trop con de rater ça. En toute logique, la salle est déjà bien remplie quand Niko Jones et son gang débarquent sur scène au son de « Yec’Hed », le premier titre de leur dernier album Descente aux enfers. Les Tagada Jones, la scène c’est leur milieu naturel, pas de fioritures, place à la musique. A peine le temps de dire bonsoir et de s’adresser brièvement au public pour le remercier de temps en temps (parce que se sont aussi des gars sympas), le groupe n’est pas là pour tchatcher mais pour envoyer le pâté. Le rythme auquel les titres s’enchaînent force le respect et fout le feu dans les premiers rangs qui se lancent de plus en plus volontiers dans le pogo. La scène est joliment décorée de têtes de mort et les gros spotlights disposés de part et d’autre de la batterie font leur petit effet sur les parties les plus enragées.
 


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Outre l’aisance naturelle du groupe, Niko Jones est aussi un putain de frontman qui se dépense sans compter et dispose d’un chant reconnaissable entre mille. Niveau répertoire, tous les voyants sont au vert avec un best-of des familles d’une discographie qui commence à compter un petit paquet d’albums. Du coup, ce ne sont quasiment que des bombes punk-rock irrésistibles qu’on se prend dans la tronche. Citons dans le plus parfait désordre « Pavillon noir », « Cargo », « Descente aux enfers », avant que les boucles électro de « contre-courant » apportent un peu de diversité. Tagada Jones dispose désormais d’un stock de chansons variées et peut proposer des setlists terriblement jouissives en variant les plaisirs sans jamais baisser d’intensité. C’est un pied terrible que d’entendre d’anciens titres comme « Ecowar » et le terrible « Dablju », qui écrasent tout sur leurs passages, avant de repartir vers les horizons plus orientés rock vers lesquels le groupe s’est orienté ces derniers temps. On peut accrocher ou pas au virage pris par nos amis, reste qu’en live, « Les connards », « zéro de conduite » ou « le feu aux poudres » font passer un bon moment à tout le monde, même si le chant grave du deuxième vocaliste manque et qu’on aurait bien repris quelques anciens titres en plus. Mais quand Niko Jones entame seul le début de « La traque » avant que son groupe ne le rejoigne sur un refrain qui pète tout, difficile de résister.

Tagada Jones a donné un super concert et a fait bien plus que chauffer la salle, mais en même temps le contraire eût été étonnant. Mention spéciale aux mimiques du batteur qui visiblement s’éclatait comme un sourd. Le temps de faire un détour par le fumoir de l’Alhambra (jamais vu un espace aussi grand réservé aux fumeurs, ça se voit que la salle n’a pas encore l’habitude de recevoir des concerts de rock), et il est déjà temps de redescendre pour assister au show de Lofofora qui débarque le plus simplement du monde sur « Utopiste » et « Mémoire de singe ». On avait eu droit au dernier album en intégralité la dernière fois à la Maroquinerie, on se doute que cette fois-ci Lofo aura modifié sa setlist. Le temps que Reuno se fasse gentiment foudroyer du regard par Phil lors de ce qui va devenir un running gag sur scène (« quand il me regarde comme ça, ça veut dire qu’il vaut mieux que je ferme ma gueule » va finir par être inscrite au panthéon des répliques cultes), et ça enchaîne avec « Le fond et la forme » et « Les gens ». Le groupe et le public ne sont peut-être pas tout à fait aussi impressionnants qu’à la maroquinerie, mais après les retrouvailles, cette soirée avec les Tagada Jones est surtout l’occasion de passer une bonne soirée entre potes, pour une ambiance très bon enfant.

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Période électorale oblige, Reuno se laisse aller à quelques mots anti-FN qui ont surtout le mérite d’introduire « Amnes’ history », qui non content de coller à l’actualité en musique, se fait rare et est d’autant plus appréciable (et apprécié). Le Lofo rock récent est bon, mais ce genre de trucs bien groovy ça manque un peu dans leurs derniers albums. Bah, qu’importe, c’est à ça que servent les concerts ! Les musiciens sont surmotivés, Reuno est trempé des pieds à la tête dès le 2e morceau et a dû perdre trois litres de sueur, le public chante tous les refrains et ne se fait pas prier pour lancer un circle pit à la demande du frontman, dommage que le son se soit un peu dégradé et que la basse de Phil soit devenue confuse alors que le groupe se lance dans plusieurs titres de Monstre ordinaire, « Elixir », l’inévitable « la merde en tube », « le visiteur » qui commence à faire retomber l’ambiance, avant que « ma folie » ne débarque. Le taré, c’est surtout ce jeune visiblement éméché qui a tenté un slam alors que le circle pit battait son plein. Tête la première et personne à la réception, le réveil a dû être dur !
 


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Ce sont bien sûr les indémodables  « L’œuf » et « Justice pour tous » qui se taillent le plus beau succès, avant que « Autopilote » ne vienne conclure les débats. Juste le temps de prendre une petite pause, et en guise de rappel, tous les musiciens se retrouvent sur scène et annoncent qu’ils vont nous servir quelques reprises pour finir. Les musicos jouent à tour de rôle, ceux qui n’ont rien dans les mains restant là pour faire des chœurs ou foutre le bordel. « Antisocial » est l’occasion pour Daniel de saloper le solo de Nono mais fait bien plaisir, avant de retourner vers le punk pur et dur avec d’abord Sick of it All et même le « Blitzkrieg bop » des Ramones. Quand Reuno explique que c’est un morceau qui fait « Hey ! Ho ! Let’s go ! », Niko Jones se marre « on a sorti notre arme ultime punk rock ce soir, alors vous avez intérêt à gueuler ». C’est donc dans une ambiance on ne peut plus chaleureuse et bon enfant que se termine le set sur une reprise des inévitables Bérurier Noir (« Porcherie) et « la jeunesse emmerde le front national ». Des affiches comme ça on en redemande.
 



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