Beth Hart – Fire On The Floor

On n’écrit pas sur une femme de la trempe de Beth Hart comme ça. C’est pas La Femme, tout de même. On peut pas dire tout et n’importe quoi. Une chanteuse de son talent mérite toute notre attention, précision et objectivité.

Pas la peine de s’attarder sur la plastique de rêve, un tour sur Google Images vous mettra sur la voie. Pas la peine non plus de s’attarder sur son passé d’accro à la dope ou sur les montagnes russes que fut sa carrière. Un tour sur Wikipédia vous dira tout sur la question. Non, on n’est pas là pour ça.

C’est Fire On The Floor qui nous préoccupe avec le retour de cette american woman et sa voix aisément reconnaissable dans le paysage jazz-blues-rock actuel. Une voix éraillée et douce, rugueuse et enjôleuse. Une voix à la Melody Gardot, du genre qui n’a pas besoin de beaucoup pour séduire. Deux, trois arrangements, quelques fioritures rock et le tour est joué. En tout cas, c’est ce à quoi Beth nous avait habitués jusqu’ici. Des sommets furent atteints ces dernières années avec sa célèbre collaboration avec le guitariste Joe Bonnemassa, Don’t Explain, ou avec  Bang Bang Boom Boom, son précédent album solo. On ne refera pas le passé mais ce n’est qu’en plaçant sa voix sur une tonalité jazz, cool et poignante, que l’américaine vous fout les poils. Ecoutez sa reprise du classique d’Etta James « I’d Rather Go Blind » pour vous en convaincre ou son « With You Everyday » à la limite. C’est du velours. Ça coule et on roucoule sous ses tessitures vocales très marquées, nous dévoilant une mer d’émotions, de frustrations, de dérives humaines. Des tranches de vie. Des portraits de femmes à l’ancienne. 

Mais problème : Fire On The Floor ne prend pas. Pire, on frôle la catastrophe. Les raisons sont multiples, il faut le dire. Il y a les influences de la dame qui n’hésite plus à trainer ses talons hauts du côté de la pop et de la soul comme le montre « Let’s Get Together ». Le problème n’est pas tant qu’il y a des sonorités pop ou soul dans un album de Beth Hart. Non le problème est que Beth Hart ne s’en sort pas. Le moteur s’encrasse et on fait du rase-motte à coup de refrains mollassons, de rythmiques lourdingues et d’arrangements sirupeux seulement dignes d’animer une bar-mitsva dans quelques salles des fêtes du Milwaukee.

Et ne parlons pas non plus des énormités représentées par certains morceaux dégoulinant de facilités. C’est terrible, je vous assure, de voir une artiste de cette catégorie, une voix de cette qualité se perdre dans des banalités sordides comme « Love Gangster » sensé nous émoustiller avec sa reverb et son solo final. Même chose avec « Love Is A Lie » et ses trémolos de synthèse. Je ne parlerais même pas de « Coca-Cola ». L’échec. Beth tombe dans la caricature. Les titres n’en finissent pas. Les perles sont enfilées les unes après les autres sans que transpire la moindre authenticité, que ce soit sur « Fat Man » ou « Baby Shot Me Down ». Même lorsqu’elle fait dans le pathos, le tragique, sur « Good Day To Cry », ça sent le réchauffé.

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Fort heureusement, les deux derniers morceaux réussissent à conclure l’album sur une sensation un peu plus évocatrice. L’épuré « No Place Like Home » est une véritable bénédiction de simplicité et d’émotion au milieu de cette débauche d’effets et d’arrangements. On respire. On souffle. Moins minimaliste, « Picture In a Frame » et son piano tout en gravité, dévoile cette facette de Beth Hart tout en tendresse et en efficacité. Comme on les aime. Tout n'est peut-être pas encore perdu.

  

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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