Entretien avec Neal Morse

" Composer est ma partie préférée du travail de musicien"

Alors que le Neal Morse Band vient de sortir son deuxième opus studio (voir chronique sortie dans nos colonnes aujourd'hui) sous cette appellation, nous avons discuté avec son géniteur afin d'en savoir un peu plus sur cet album, annoncé comme conceptuel. Parmi les sujets évoqués, nous avons pu parler de Genesis, Spock's Beard ou encore de l'autre projet de Neal : Flying Colors, avant d'apprendre que le musicien était également féru de blues.

Bonjour Neal et merci de nous accorder cette interview. Nous sommes ici pour parler de The Similitude of a Dream, le nouvel album du Neal Morse Band. Une fois de plus dans ta discographie, il s'agit d'un album concept, basé ici sur le livre de John Bunyan, le Voyage du Pèlerin ("Pilgrim's Progress" en VO NDLR). Peux-tu nous résumer l'histoire ?

Pour résumer, l'histoire est basée sur la vision d'un homme, sous forme de rêve. Le héros de l'histoire cherche à s'enfuir du lieu dans lequel il est et qu'il qualifie de "ville de la destruction" ("City of Destruction" en VO, l'un des morceau de l'album NDLR) pour fuir vers la cité céleste, celle de Dieu. Quelqu'un m'a un jour suggéré de faire un concept-album basé sur ce livre. C'était un fan qui m'en a parlé un jour sur twitter ou facebook. J'ai gardé l'idée dans un coin de ma tête. En décembre dernier, lorsque j'ai commencé à écrire de la musique, je m'en suis rappelé. J'ai voulu explorer cette possibilité et je me suis lancé dans la lecture du livre. Je ne l'avais jamais lu avant. C'est comme cela que tout a commencé. Puis j'ai exposé l'idée aux autres membres du groupe en janvier. Ils ont pu assembler d'autres pièces à ce puzzle et ajouter plusieurs idées aux chansons.

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A ce sujet, The Grand Experiment, ton dernier album avec le Neal Morse Band n'était pas un concept-album. Est-ce que ce format te manquait, sachant que tu n'en avais plus enregistré depuis The Wirldwind de Transatlantic en 2010 ?

Oui c'est vrai que cela faisait un moment ! Après je ne me pose pas ce genre de question, je fais ce que j'ai besoin de faire au moment où je commence la composition d'un album. Pour The Grand Experiment, je sentais que nous devions faire un album sans concept. Pour celui-ci, je ne peux pas dire que j'étais sûr de savoir ce que je faisais. J'avais beaucoup de doutes au tout début de la composition. Mais dès que nous avons assemblé les idées, je ne me suis plus inquiété car j'ai vu que nous prenions la bonne direction.

Sur cet album, il n'y a pas de chanson longue de 30 minutes, comme tu as pu le faire précédemment. Est-ce parce que tu considères toi même cet album comme une seule pièce et comment appréhendes-tu la composition d'un morceau court par rapport à un titre long ?

Pour moi, cet album est effectivement une seule pièce longue de 105 minutes (rires). Ce n'est pas vraiment un album composé de plusieurs titres de cinq minutes, même si je sais que c'est ce qu'il y paraît à regarder la tracklist. Si tu l'écoutes, il faut le faire en continu. C'est une façon différente d'écrire lorsque tu t'attaques à un album concept. Tu dois suivre l'histoire. Personnellement c'est un exercice que j'adore faire, même si de manière globale j'adore écrire une chanson quelle qu'elle soit. Composer est ma partie préférée du travail de musicien.

Dans une interview précédente au moment de la sortie de The Grand Experiment, tu m'avais confié n'avoir rien enregistré avant d'entrer en studio.  Comment as-tu procédé cette fois-ci ?

Cette fois, il y avait un peu de tout. J'avais quelques idées avant d'entrer au studio, et nous nous sommes retrouvés ensemble sans Mike Portnoy en janvier dernier. En février, j'ai profité d'une longue période de tempête de neige à Nashville, pendant laquelle nous ne pouvions pas sortir, pour trouver de nombreuses idées, qui ont terminé sur le deuxième cd. Enfin, nous nous sommes tous retrouvés en mars, avec Mike cette fois-ci pour finaliser l'album. C'était donc un processus encore différent des autres fois.

Sur cet album, il y a de nombreux arrangements vocaux, et tout le monde, à l'exception de Randy George (basse), chante dessus. Etait-ce un moyen de donner encore plus de place à tes musiciens, en leur demandant de chanter encore plus que sur le disque précédent?

C'est quelque chose dont nous avions discuté avant de commencer à travailler sur cet album. Nous voulions donner l'impression d'un vrai groupe et mettre en avant les voix de chacun. C'est vraiment la première chose dont nous avons décidé tous ensemble. J'adore les voix de tout le monde ainsi que les harmonies vocales à trois voix. J'ai toujours aimé cela puisque j'ai grandi en écoutant de nombreux groupes qui avaient cette particularité de faire des harmonies, comme les Beatles, Yes, ou encore Crosby, Still & Nash. Pour moi c'est super d'avoir toutes ces voix, car elles possèdent toutes une tonalité et un timbre différent. Je peux donc diversifier mon écriture. Lorsque j'écris seulement pour ma voix, je suis bien plus limité. Avec les leurs, nous pouvons étendre nos horizons.

Sur The Similitude of a Dream, il y a de nombreuses influences issues des 60's et des 70's, comme les Beatles (tu viens de le mentionner), mais également Genesis, notamment pour les sons de claviers. Etait-ce planifié ou cela provient-il inconsciemment des influences de chacun des membres du groupe ?

Ça provient des influences du groupe. Nous avons toujours utilisé ce genre de son à la Genesis. J'ai toujours aimé les mellotrons, les synthés...Je n'avais pas conscience que cet album mettait plus en avant ces particularités que les précédents (rires). Nous sommes un groupe de prog ! (rires) C'est obligatoire de faire cela ! (rires)

A propos de Genesis, l'artwork a été réalisé par  Paul Whitehead, qui a dessiné leurs pochettes. D'ailleurs la pochette intérieur de The Similitude of A Dream me rappelle celle de Nursery Cryme... Etait-ce intentionnel ?

L'idée de faire appel à Paul revient à Randy. Il voulait amener cet album encore plus loin et l'artwork participe à cela. Randy a eu cette suggestion car ils vivent à proximité l'un de l'autre. Mais même si c'est son bébé, je trouve l'artwork plutôt cool !

La pochette principale ressemble quant à elle à la couverture d'un livre. Est-ce en raison de la source du concept qui est elle-même un livre ?

Oui ! L'idée était de montrer que le concept vient d'un vieux livre classique et nous voulions retranscrire cela également à travers la pochette.

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A propos du morceau "Freedom Song", j'ai l'impression qu'il est joué sur un banjo. En tout cas, il diffère totalement du reste de l'album et m'évoque un groupe de bluegrass. Pourquoi ce choix ?

A l'origine, je l'ai écrit sur une guitare douze cordes. Mais Bill voulait ajouter quelque chose. Nous en avons parlé ensemble. Nous voulions ajouter de la pedal-steel ou de la mandoline. Le grand-père de ma femme jouait de la mandoline dans les années 30. Quand il est décédé, j'ai récupéré sa mandoline et c'est de celle-ci que je joue sur ce morceau. Rich Mouser notre producteur a également ajouté de la pedal-steel dessus.

Cela donne vraiment un côté bluesy au morceau. D'ailleurs, je sais que tu prévois de sortir un album de blues (The Blues Sessions) pour tes fans inscrits à l'inner circle (le fan club de Neal Morse NDLR). Nous ne connaissions pas cette facette de ta musique !

J'aime le blues, c'est vrai. J'aime beaucoup de musiques différentes. Il y a quelques mois j'étais en voiture et j'écoutais la radio. Je suis tombé sur une station qui jouait du blues que je ne connaissais pas. J'ai vraiment adoré ce que j'entendais et ça m'a inspiré. J'ai trouvé que c'était sympa de faire cela pour l'Inner Circle, d'enregistrer quelques morceaux de ce style et de les sortir par ce biais.

A propos de The Similitude of a Dream, Mike Portnoy a dit que c'était l'un de ses sommets discographiques, au même titre que The Wirldwind de Transatlantic et que Scenes from a Memory de Dream Theater. De ton côté, si tu pouvais choisir les trois enregistrements dont tu es le plus fier, lesquels seraient-ils ?

C'est une question difficile ! Je ne peux pas comparer mes albums. Pour moi ce sont comme mes enfants (rires) ! Je ne dirais jamais que je préfère l'un à l'autre. Ils ont tous leurs bons moments et leurs particularités. C'est vrai que Similitude est l'un des meilleurs que j'ai pu faire et je suis excité à l'idée de voir comment il va être accepté par les fans.

Faire un concept-album avec deux CDs rappelle forcément Snow de Spock's Beard. Etais-tu conscient que cette comparaison allait arriver chez les fans au moment où tu t'es lancé dans l'écriture ?

J'ai vu quelques commentaires à ce propos sur internet. Mais je ne veux pas comparer mes albums. Le rapport avec Snow ne tient que du fait qu'il s'agisse d'un double-album et que l'histoire traite d'un voyage spirituel. Bien sur c'est du prog, il y a des similitudes. Mais ce n'était-pas intentionnel, c'est juste une coïncidence ! (rires)

Sur cet album, on sent encore une plus grande alchimie entre les membres du groupe, qui s'exprime notamment sur les parties vocales. Penses-tu que cela résulte des trois ans à tourner avec Bill et Eric et des dix ans passés aux côtés de Mike et Randy ?

Oui, c'est une sorte de collaboration qui se met en place facilement entre les membres du groupe. Eric et Bill ont encore participé à cet album, cela fait toute la différence. Nous avons démarré notre relation sur la route et j'ai vraiment aimé voyager avec eux et passer du temps tous ensemble. C'est une chose importante, mais c'est vrai que l'on ne peut pas se rendre compte de cette alchimie avant de composer ensemble. Et de ce côté là, c'est une bénédiction, et tu peux totalement le sentir sur l'album.

Lorsque tu demandes aux musiciens qui jouent à tes côtés de composer, est-ce facile pour toi de lâcher du lest et de les laisser proposer des choses, toi qui gardait tout sous ton contrôle auparavant ?

La plupart du temps, chacun d'entre nous propose des choses et nous votons tous ensemble. Parfois il y a des choses dont je ne suis pas totalement accro et qui vont dans une direction qui me plait moins. Mais cela arrive parfois dans n'importe quelle collaboration. C'est vrai que faire des concessions, c'est la partie la plus difficile à faire. Mais c'est comme lorsque tu es marié. Mais la question ne se pose pas souvent puisque nous allons généralement dans la même direction.

Tes chansons sont souvent très positives, basées sur des accords majeurs. Est-ce nécessaire pour toi d'apporter des bonnes vibrations à travers ta musique ?

Bien sûr ! La musique est capable d'apporter beaucoup ! Cela fait partie du processus, d'apporter des feelings positifs. Mais avec les albums concepts tu peux explorer d'autres facettes de l'homme. Tu peux traiter des choses plus sombres, et aider les gens à rejoindre la lumière. J'essaye de capturer les émotions comme la mélancolie ou la colère dans mes chansons, les conflits intérieurs, et tourner tout cela en positif.

Tu t'apprêtes à jouer The Similitude of a Dream en intégralité lors de ta prochaine tournée. Comment vas-tu recréer cet album sur scène, avec toute la richesse des arrangements et des harmonies et as-tu songé à son adaptation au moment de la composition ?

Non, généralement je ne pense à tout cela que deux semaines avant le premier concert ! (rires) Nous allons juste tenter de jouer l'album de la meilleur manière possible, mais tout le monde se doute bien que c'est du live. Nous n'aurons pas un orchestre complet à nos côtés, des choeurs etc.

Quand tu joues en live, tu aimes bien descendre de scène et jouer parmi ton public. Est-ce important pour toi de garder cette forme de proximité avec tes fans en jouant dans de petits clubs ?

Tu sais, je joue à la fois dans des grosses salles et à la fois devant des publics plus intimistes. J'aime bien descendre dans la fosse quelque soit le public, même lorsqu'il s'agit d'une grande salle. Enfin, si je trouve le moyen d'y aller ! (rires) J'essaye de le faire surtout de manière spontanée, sans que cela paraisse forcé. Cela dépend de ce que je ressens sur scène.

Quelle sera la prochaine étape pour toi après cette tournée ?

Il y a un album de Flying Colors de prévu. Nous allons nous réunir tous ensemble en décembre pour écrire et voir ce qu'il en sort. J'ai déjà quelques idées en tête. Nous verrons comment elles évolueront lorsque nous serons tous réunis.

Merci pour cette interview. Je te laisse le dernier mot pour nos lecteurs.

Un grand merci à eux pour le soutien, j'aime savoir que notre musique les touche.

Interview réalisée par Skype le 17 novembre 2016
Merci à Roger Wessier.

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