Entretien avec Fred, des Ogres de Barback

Les Ogres de Barback retrouvent leurs potes des Hurlements d’Leo pour reformer Un Air, Deux Familles 15 ans après. Queques dates en janvier 2017, et sans doute d’autres ensuite, l’occasion était toute trouvée de demander à Fred, chanteur des Ogres, de nous accorder un entretien.
Deux semaines avant leur retour sur scène, c’est avec une très grande gentillesse que nous avons pu évoquer ensemble une carrière qui a débuté au siècle dernier, et qui a donné à un groupe familial comme les Ogres de Barback une place de choix dans le coeur du rock made in France.

LGR :
Bonjour, merci de nous accorder un peu de temps.
La première question, la plus évidente, c’est : pourquoi remonter Un Air, Deux Familles 15 ans après?

Fred :
Il y a deux ans, les Hurlements d’Léo ont lancé leur tournée « Les Hurlements d’Léo chantent Mano Solo ». Ils ont fait quasiment deux ans de tournée. Et un des 2 chanteurs ne pouvait pas faire toute la tournée, et je me suis trouvé à le remplacer sur quasiment 40 dates. Avec Lolo (Laurent Kebous, chanteur des Hurlements d’Léo, NDLR), on se croisait régulièrement, mais on ne faisait plus de projets ensemble depuis 1R2F. On s’est dit c’est l’occasion, reformons Un Air Deux Familles en janvier, 5 dates, comme ça. Comme à ce moment-là on n’avait rien à faire on se disait que c’était sympa. Et on s’est dit, si ça marche bien, peut-être qu’on fera les festivals d’été, et si ça ne marche pas, on s’en fout, on fera juste nos 5 dates en janvier et puis voilà. Et comme ça a été complet en 15 jours pour 3 dates déjà, on s’est dit ok, on va faire les festivals aussi cet été.

LGR :
Cet été, donc les festivals! Vous allez remonter le Latchodrome ?

Fred :
Non, parce que le Latchodrome ça n’existe plus. Il y a eu 3 ou 4 années après Un Air Deux Familles où on s’est servi du chapiteau, puis une association l’a récupéré pour faire autre chose. Le chapiteau c’est quand même un gros bazar à installer, on était 25 sur la route, je ne pense pas qu’on le refera.

Un Air Deux Familles, Les hurlements d'Léo, Latcho Drome, Chanson, Rock
Crédit photo : Philippe Poulenas

LGR :
Parle-nous du Latchodrome. Comment est venue l’idée ?

Fred:
Avec les Ogres, on commençait à faire pas mal de dates. Les Hurlements de leur côté faisaient aussi pas mal de dates. Avec les Ogres, on avait décidé de prendre ce chapiteau, et de faire des concerts avec. L’idée c’était vraiment d’aller chez les gens avec notre chez nous. Allez chez eux, et être chez nous. Ca permettait de faire une salle de concert, mais avec nos envies. Ca veut dire pas de sécurité, enfin tu vois ce que je veux dire, les gens étaient en sécurité, hein ! Pas de vigile à l’entrée, des trucs pas cher, un bar qui se termine à plus que 23:30. Faire un concert sur Paris qui se termine à plus de 23:00, ça n’existe pas, enfin ça n’existe plus. Donc nous on était dans l’idée d’être tranquille, d’aller chez les gens, et de leur proposer autre chose que les trucs habituels.

LGR :
Cette aventure a duré longtemps ?

Fred :
5-6 ans en fonctionnant régulièrement, mais avec des pauses. On a acheté le chapiteau, on a fait une première tournée, puis on a fait quelques concerts en salle. Parce que le chapiteau, c’est la ruine. On recrée une salle à chaque fois, c’est 25 personnes sur la route, c’est pas du tout viable financièrement, c’est quand même super chaud. On l’a fait donc entrecoupé de tournées plus « normales », pour quand même gagner un peu d’argent. On faisait chapiteau, une tournée en salle, chapiteau, une tournée en salle.
Puis après on est parti avec les Hurlements d’Léo en Europe de l’est, une grosse tournée de 3 mois, et c’était ça la finalité.

LGR :
Et pour s’installer, ça se passait comment ? C’est facile d’installer un chapiteau ? Comment étiez-vous accueilli par les mairies ?

Fred :
Trouver un lieu, c’est facile. Trouver un lieu qui veut bien te fournir l’eau, l’électricité, l’accès pompier, l’infrastructure, c’est plus compliqué. On a appris sur le terrain. C’était quand même une gestion compliquée.

LGR :
Et après cette aventure, Pitt Ocha

Fred :
En fait à la fin du chapiteau on avait déjà sorti un premier Pitt Ocha, mais qui n’était pas axé musique du monde, qui était plus un Pitt Ocha pour les enfants, avec des groupes qu’on connaissait, que ce soit la Rue Ketanou, les Tryo, les Hurlements… Ca, c’est vraiment le premier Pitt Ocha.
Après la tournée chapiteau, on s’est mis à voyager pas mal. On a eu des plans isolés comme aller jouer au Liban, au Canada. Ensuite on a eu différents projets. On est parti en Mongolie trois semaines pour faire des échanges avec des groupes de là-bas, on est parti au Togo, au Mali, au Bénin, on a vraiment fait pas mal de pays. Et ça nous a vraiment donné de faire un album pour les enfants, axé musiques du monde, avec plusieurs langues, pour s’ouvrir, pour montrer que on est plein sur terre, et qu’on est tous ensemble. Un message un peu solidaire.

LGR :
Et pourquoi des albums pour les enfants ?

Fred :
Au départ il y en avait pas beaucoup, de musique pour enfant, en 2001. Quand on est parti sur ce projet, déjà parce qu’on a eu des enfants, on s’était dit que ça pouvait être marrant. Mais dans le milieu prfessionnel, on nous avait dit que c’était complètement bloqué, que ça ne marcherait pas du tout, et qu’on allait se planter. Et je crois que c’est un de nos disques les plus vendus, donc on a bien fait d’insister, comme d’habitude d’ailleurs. Maintenant on en a fait 3. On a pas forcément envie d’en faire 50, je pense qu’on en fera un quatrième et dernier, pour que ça reste vraiment le plaisir d’avoir fait ça, en essayant d’être le plus original possible.

LGR :
Tu es parti ensuite en solo, avec des reprises de Renaud, Fredo chante Renaud. Qu’est-ce qui t’a motivé?

Fred :
Pour la première tournée Fredo chante Renaud, une de mes soeurs était enceinte, donc on avait 6 mois de pause. Et c’est vrai que je ne tiens pas en place. Donc je me suis dit, 6 mois de pause, 6 mois à la maison, je vais faire chier tout le monde parce que je suis un peu speed, et que au bout de 3 semaines déjà ma femme me demande gentiment de repartir en tournée (rires)…
J’avais depuis longtemps envie de faire cet hommage à Renaud, parce que c’est lui qui m’a vraiment inspiré et donné envie d’écrire des chansons, et du coup j’ai monté une grosse tournée, avec 5 musiciens, un répertoire d’au moins deux heures, et j’ai pu faire un live, enregistré sur les 2-3 premières dates, et après tout le reste de la tournée a été annulé, parce que je suis tombé malade.

Depuis 10 ans, j’avais ça sous le coude, et je me disais qu’il fallait que je termine ça. J’avais un peu de temps l’anée dernière, et je suis parti, un week-end par mois, faire 2 ou 3 Fredo Chante Renaud, mais là, à l’inverse de la première tourné, j’étais en mode duo. Un accordéoniste, et moi au chant. Donc c’était très facile de le faire tourner, de le vendre un peu partout. On a fait quasiment 40 dates, et là vraiment je me suis éclaté. Ce ne sont que des chansons d’avant 1990, tout ce que j’aime dans Renaud.

J’ai été voir Renaud au Zénith il y a deux mois, j’ai été agréablement surpris. Il prend réellement soin de sa voix. Et surtout, il a énormément d’auto-dérision sur lui-même. Vraiment, il se fout de lui-même, comme il a toujours fait, donc c’est plutôt bon signe. C’est vrai que j’ai été moins attendri par ses dernières chansons, mais c’est normal. J’ai écouté Renaud jusqu’à 16 ans, après j’ai écouté du Punk, après j’ai écouté du Rock Alternatif, après j’ai écouté de la musique du monde, beaucoup de chanson française plus du côté Brassens, Pierre Perret, Bobby Lapointe, et depuis 10 ans j’écoute du hip-hop américain, du rock… Je ne reviendrai pas forcément aux chansons de Renaud parce qu’elles me parlent moins que quand j’étais jeune, et quand j’étais attendri par tous ses premiers albums.

Mais ce que je dis souvent: Quand je termine mon spectacle Fredo chante Renaud, je finis par « En Cloque ». Ce qui est marrant, c’est que dans la salle, je peux avoir des vieux, des jeunes, des rockeurs, des Punks, des tout ce que tu veux, d’un seul coup tout le monde a la petite larme à l’oeil et chante avec moi. Tu termines cette chanson, et tu te dis que Renaud il peut faire tout ce qu’il veut, c’est un dieu vivant, et puis c’est tout ! C’est un mec qui a écrit des trucs tellement rassembleur, et tellement bien écrit d’ailleurs ! Moi je lui pardonne tout, voilà !

LGR :
Remontons le temps. Au début des Ogres, tu as écrit une chanson, qui s’appelle « Rue De Paname », avec un message très clair. Est-ce que tu pourrais écrire cette chanson aujourd’hui ? Est-elle encore d’actualité ?

Fred :
D’actualité, je pense que oui. Mais je ne pense pas que je l’écrirais aujourd’hui. C’est vraiment une de mes premières chansons, écrites avec la rage au ventre, adolescent déscolarisé, Punk à crête sur Paris… Je rentrais d’un après-midi où j’avais sans doute fait la manche dans les rues de Paris, et j’étais peut-être bouleversé… Je pense que c’es une chanson premier jet d’un ado qui découvre le monde. Mais j’adore la chanter, je la chante depuis 25 ans. Une fois, sur une tournée, on a essayé de l’enlever du répertoire, et on a bien vu que ce n’était pas possible, tout le monde nous la demandait, et on nous disait : Si on vient vous voir et que vous ne faites pas « Rue de Paname » ça ne va pas le faire. Donc on l’a remise sur scène.
Et je suis très content parce que, avoir une chanson comme ça, qui parle aux gens, qui peut rassembler et émouvoir des gens, et bien j’ai réussi une chose que j’avais envie de faire, avec une chanson.

LGR :
Et ta vision du monde ?

Fred :
Je trouve ça super triste que le FN arrive encore à prendre des voix, à choper des gens, à faire une parade en disant que soit-disant il s’est adouci alors que il est toujours aussi dur, et que les gens puissent encore tomber dans le panneau. Je dis le FN, mais plus généralement c’est le repli sur soi. Je trouve qu’il y a beaucoup de tristesse à la télé, dans les émissions de télé-réalité, au journal télévisé, dans les quelques émissions que je regarde de temps en temps…

C’était bien dans les années 80, quand on faisait du Rock’n’Roll, et qu’on buvait dans la rue, et qu’on fumait des clopes dans les bars enfumés… Je ne veux pas faire le vieux con, je pense qu’on se marre aussi aujourd’hui, mais ce serait pas mal qu’il y ait une petite note d’espoir… Ce serait pas mal que l’humanité tende la main à l’humanité, tout simplement, pour ne pas laisser la tristesse prendre le dessus.

LGR :
Merci beaucoup, et bonne tournée.


 



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