Your Favorite Enemies – Between illness and migration

Notre curiosité envers Your Favorite Enemies s’est trouvée accrue en apprenant le fonctionnement de sa communauté, comme peut l’être celle d’Acid Mothers Temple. Un groupe qui ne se résume pas à ses musiciens, soit une vingtaine de personnes vivant ensemble dans une église qu’ils se sont appropriés, en y créant leur atelier, leur studio, les bureaux de leur label. Bref, l’idylle DIY qui s’est parachevée il y a peu avec la mise en place d’une presse à vinyle. Le groupe tourne, les uns en parlent, les autres fabriquent. Un petit monde autonome qui nous propose ce Tokyo Sessions, version ré-enregistrée/interprétée et augmentée de bonus de l’album Between illness and migration. Un titre phrase qui résume ce disque explosif et parfaitement illustrée par la triade entamée furieusement avec « Underneath a blooming skylight », tempéré par le superbe « From the city to the ocean », ode à la migration aux alizées post-rock, suivi de « I just want you to know » qui achèvera de vous convaincre qu’un bon refrain est la moelle d’une chanson.

Your Favorite Enemies, Between illness and migration

Nous sommes autant sensibles à la démarche, ici totale, qu’à la musique. La production du disque restitue la dynamique hyper urgente, un tumulte qui fait bouillonner chaque morceau. On a l’impression que les titres ont été composés sur un hors-bord avec les douanes aux fesses. Le son illustre parfaitement l’image, entre grosse production et mix qui laisse furtivement apercevoir le groupe tel qu’il doit être en live : mélodique, raffiné dans la construction de ses chansons, saupoudré d’une dose de sauvagerie dans leur interprétation. Il ne faudrait pas en oublier les textes, car il est clair que musique et paroles avancent dans un même effort pour se situer en tant que personne dans une période historiquement floue, nous balançant entre citoyen, terrien, humain en recherche de sens, ne sachant plus à quel combat se vouer, quelle conscience privilégier quand chacun de nos actes a des conséquences qui nous dépassent.

YFE s’appuie sur un fan club très actif et soudé, comme il y en avait dans les 90’s, là où se situe le cœur de leurs influences musicales. Il n’y a heureusement pas la volonté rétrograde du revival. On sent simplement que cette période, ces identités, les ont marqués au fer rouge et qu’ils en sont la continuité spirituelle. Artistiquement on pourrait faire de nombreux rapprochements. Mais voilà, les références ne doivent pas se résumer aux proximités stylistiques. Elles peuvent être plus profondes, et c’est l’Anathema des derniers albums qui m’est venu à l’esprit pour la force mélodique, les refrains à l’intensité émotionnelle paroxystique. Nous avons aussi ressenti des sensations proches de celles que nous avait procurées Crippled Black Phoenix. Une façon d’aller au fond des choses, de puiser dans le trou noir de nos désespoirs pour en ressortir la lumière qui y était capturée.
C’est de naviguer entre des limites qu’eux-seuls s’imposent qui nous a permis d’évoquer ces groupes. L’album est varié musicalement mais traversé par la même urgence, cadence imposée par un batteur maître à bord d’une embarcation qui ne cherche aucun rivage pour accoster.

Tokyo sessions est un album qui vous transperce et qui s’écoute d’une traite parce qu’au fond c’est lui qui vous embarque sans vous lâcher comme pour vous aider à fuir le tumulte grandissant d’une époque qu’on traverse comme une suite d’épreuves.

Ils ont depuis sorti un live pressé en vinyle, toujours sur leur bien nommé label Hopeful Tragedy Records, pour continuer sur cette voix de l’indépendance dont beaucoup ont appris le langage mais rarement les actes. YFE se révèle être donc une démarche artistique totale dont la musique est le média privilégié, sans pour autant s’y résumer.

Un chemin de croix qui s’avère porteur vu l’éloge qu’en ont fait les magazines Kerrang, Billboard, ainsi que les succès conjugués des ventes de disques et places dans les tops Itunes (taclant parfois certains pontes de la musique pour pub de crossover).

Your Favorite Enemies fait partie des ressources dont le Canada peut être fier.

Sortie le 17 juin 2016 chez Hopeful Tragedy records

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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