Zenzile – Elements

« pas aussi marquant que son prédécesseur. Elements demeure toutefois un bel album de musique insaisissable, et Zenzile un groupe précieux car unique. »

Zenzile est un groupe totalement insaisissable, qui au cours de sa riche carrière s’est déjà frotté au dub, mais aussi à l’électro et au rock (entre autres). Dès lors, le virage pris sur Berlin (2014), leur dernier album en date, bande-son du long-métrage muet Berlin, la Symphonie d’une grande ville (sorti en 1927), s’il tranchait avec Electric Soul (2012), n’était finalement pas si surprenant que ça pour ceux qui connaissaient la riche discographie des angevins. La surprise est une chose, l’adhésion une autre, et Berlin, très influencé par le rock allemand des années 1970, n’a sans doute pas fait que des heureux. Il faut croire que les musiciens sont allés au bout de quelque chose, car sur Elements, ils reviennent tranquillement vers des terres plus familières, tout en y apportant l’expérience héritée de leur précédente réalisation.


zenzile, yotanka, presence


« Bird », titre planant aux consonances électro, se rapproche de ce que l’on trouvait sur Pawn Shop (2009), et plus généralement de la direction empruntée avant Electric soul (on pense aussi à Living in Monochrome, 2007). La voix de Zakia Gallard, jeune chanteuse qui se taille la part du lion au micro sur les premiers titres, n’est pas étrangère à cette nouvelle évolution. Cela étant, tout en retrouvant des sonorités plus proches de ses racines, le quintet n’a pas oublié le son et les ambiances de Berlin, comme le démontre le musclé « Outsight », mais plus encore l’ambiance fabuleuse qui émane des premières mesures de « Storm ». Zenzile ne cherche pas à créer des chansons au sens classique du terme, mais, fidèle à ses racines dub, se laisse porter par l’atmosphère sur des titres qui prennent leur temps.

La nouveauté réside notamment dans le fait que les ambiances un peu rugueuses façon Berlin sont davantage contrebalancées par des passages plus doux. Cette diversité rend également l’album plus inclassable que jamais, toujours plus à la croisée des chemins. Seule la musique compte, les querelles de chapelle n’ont pas leur place ici. Néanmoins, si ce patchwork peut s’avérer un bonheur auditif pour le mélomane, il ne fonctionne pas toujours aussi bien que son prédécesseur, qui avait le mérite d’être extrêmement couillu. Rien de vraiment problématique, mais si les mélodies sont toujours très particulières, elles sont cette fois moins soutenues par le rythme, globalement plus posé, pour un résultat parfois surprenant (« Sequences » rappelle des passages de la bande originale de Virgin Suicides), parfois peu accrocheur.

 

C’est surtout le cas en deuxième partie d’album, où l’intermède « Stellar » tue quelque peu le rythme, et où l’absence de la voix de Zakia Gallard se fait sentir. Un peu curieux d’ailleurs de mettre autant la jeune femme en avant, jusqu’à la faire figurer sur des photos officielles, alors qu’elle n’est finalement que très peu présente. Vincent Erdeven (claviers, guitare) et Matthieu Bablée (basse) se partagent le micro sur les autres titres comportant du chant. Alors certes, cela fonctionne (le single « Presence », très réussi), et le retour franc au dub sur le dernier morceau est bienvenu (tout comme le retour de Zakia), mais il manque un petit quelque chose à l’album, qui s’il pourrait faire revenir des déçus de Berlin, n’est pas aussi marquant que son prédécesseur. Elements demeure toutefois un bel album de musique insaisissable, et Zenzile un groupe précieux car unique.

Sortie le 24 février chez Yotanka
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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