Abrahma – Through the Dusty Path of Our Lives

Il se sera fait attendre celui-là. Comme annoncé depuis un certain temps, ABRAHMA est le nouveau nom des ex Alcohsonic et voici le premier album sorti sous ce nouveau patronyme, qui sera disponible le 24 juillet chez Small Stone Records (et déjà dispo en téléchargement). Changer de nom, c’est bien beau, mais est-ce justifié ? On peut changer de nom pour signifier une volonté de prendre un nouveau départ, parce que la musique a tellement changé que la manœuvre s’impose d’elle-même, ou encore pour faire oublier quelques casseroles gênantes. Si l’album d’Alco ne tutoyait pas les sommets, il n’avait pourtant rien de honteux, loin de là. Il souffrait en revanche d’un aspect quelque peu décousu, révélateur de l’état d’esprit des musiciens qui n’avaient pas encore vraiment choisi quelle direction emprunter. Trop rock ou pas assez selon les goûts, coincé le cul entre trois chaises, le groupe se devait de ne pas réitérer cette erreur. Le changement de guitariste a semble-t il été salvateur, puisque s’il y a bien une chose dont ce Through the Dusty Path of our Lives est totalement dépourvu, c’est d’hésitations. La cohérence de ce nouveau line-up saute aux yeux et aux oreilles, ce pour notre plus grand plaisir.

 

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Le rock sympathique mais un peu trop gentillet est passé aux oubliettes, place à du (très) gros son. Après une intro psyché, le premier titre « Neptunes of sorrow » donne le la : le gros riff stoner du début laisse rapidement la place à une ambiance particulièrement sombre et surprenante pour qui connaissait l’enthousiasme débridé des gaillards dans leur vie antérieure. Un gros travail sur le son a été réalisé (excellente prod’ et surtout un énorme mixage) qui ajoute à l’aspect poussiéreux de l’ensemble. Une écoute au casque est d’ailleurs fortement conseillée pour profiter pleinement de la multitude de détails qui viennent enrichir les compositions. Le quatuor apparaît en pleine forme, le couteau entre les dents, fermement décidé à mettre les pieds dans le plat, à balancer tout ce qu’il a dans les tripes et tant pis si ça plaît pas. Mais vu la qualité de l’album, faudrait vraiment être totalement allergique au stoner ou plus simplement au rock lourd et aux influences psychédéliques glanées chez Monster Magnet et consorts pour ne pas succomber.

« Tears of the sun » et ses gros roulements de batterie enchaînent rapidement avec des riffs taillés dans le roc qui laissent la place à de lourds versets entêtants prêts à faire un malheur en live, sur fond de sons de guitare lead perdues dans l’espace lors d’un excellent break final. Abrahma ne cherche pas la complication à outrance, mais n’hésite jamais à se faire plaisir et à entraîner ses compos sur des chemins de traverse qui évitent la monotonie du couplet/refrain. Et histoire de finir ce premier tour d’horizon, la bombe « Dandelion Dust » avec refrain épique et montée en puissance finale achèvent de convaincre : 1) ceux qui connaissaient Alco que le changement de nom est on ne peut plus justifié (c’est tout juste si on reconnaît la voix de Seb, le reste n’a rien à voir), 2) tout le monde que c’est du lourd. Cet album est un manifeste, une ode au rock fumé sous toutes ses formes, qui fait le grand écart entre le stoner désertique initié par Kyuss et d’autres influences plus mélodiques (Aerosmith, Alice in Chains…). Equilibre parfait entre déflagrations ultra puissantes (le triptyque « Vodun »), longues pistes désertiques et sinueuses (« Headless Horse », le doublé « Oceans on Sand… » / « … Here sleep Ghosts ») et grands moments d’émotion (« Big Black Cloud », sur laquelle Ed Mundell vient taper le solo), rien à dire c’est du grand art.

abrahma, dusty path, small stone, alcohsonic

Le combo s’est véritablement retroussé les manches pour nous offrir un album complet, long (une bonne heure tout de même) mais sur lequel il est impossible de s’ennuyer, aux titres judicieusement enchaînés (plusieurs courtes pistes font office de ponts entre les chansons) et au final ravageur. Les 10 minutes de « The Maze » sont un pur bonheur psyché avant que l’instrumental « Oméga » (dont le titre renvoie à l’introduction « Alpha ») ne vienne conclure les débats. Une telle remise en question a déjà de quoi forcer le respect, mais c’est bien sûr avant tout le résultat qui mérite toute notre admiration. Puissance, mélodie, variété et cohérence, l’album a de quoi séduire les adeptes du stoner comme les rockers au sens large. Après les Rescue Rangers et Los Disidentos del Sucio Motel, Abrahma nous montre que les combos de rock lourd made in France ne sont pas condamnés à pomper les illustres ancêtres mais en ont encore largement sous le coude et n’attendent qu’un petit coup de pouce du destin (dans un registre sensiblement différent, Bukowski s’en sort parfaitement bien) pour s’imposer à plus grande échelle. Une vraie bonne claque.

8,5/10

 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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