Entretien avec Little Steven – Voyage à  travers les multiples facettes d’un grand nom du rock ‘n’ roll…

Avant de poser ses valises dans la capitale parisienne le mercredi 28 juin 2017 pour un concert à La Cigale avec ses Disciples Of Soul, Little Steven a accepté de nous accorder quelques minutes de son précieux temps pour répondre à nos questions.
 

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Pour ceux qui auraient vécu sur une autre planète les 40 dernières années, et qui n’auraient jamais entendu parler de Little Steven, rappelons les principales lignes de son curriculum vitae. Steven Van Zandt est avant tout connu dans le monde du rock ‘n’ roll comme le guitariste de Bruce Springsteen. Ce n’est pas rien ! Mais c’est aussi un grand activiste dans le monde du garage punk. Parmis ses hauts faits d’armes, on le retrouve patron de son propre label Wicked Cool Records, animateur de son show radio toutes les semaines, le Little Steven Underground Garage. Et depuis une dizaine d’années, il s’est illustré dans diverses séries télévisées à succès comme les Sopranos ou Lilyhammer. Et maintenant, le voici sur le devant de la scène avec un nouvel album de son groupe les Disciples Of Soul. Avec toutes ces cordes à son arc, vous imaginez bien que le bonhomme a plein d’histoires à nous raconter sur sa vie en rock.
 

Little Steven Paris 2013

La Grosse Radio :  Salut Steven ! Après tout ce temps passé aux côtés de Bruce Springsteen qu’est ce qui t’a décidé à réunir le groupe des Disciples Of Soul pour un nouvel album ?

Little Steven : Hé bien tu sais, les choses se sont faites naturellement. L’année dernière, un de mes bons amis m’a demandé si c’était possible que je joue avec mon groupe pour un festival de Blues à Londres au mois de novembre dernier. Au départ c’était juste pour s’amuser. On a décidé de le faire. J’ai du mettre en place un groupe pour cet événement. On devait jouer une vingtaine de chansons, quelques uns de mes anciens morceaux agrémentés de quelques reprises. Et puis pendant le concert, j’ai été vraiment surpris par la puissance qu’avait encore ces chansons et par l’accueil du public.

On s’est trouvé à un moment ou le E-Street Band était au repos. Apres une tournée en Australie en février, le Boss avait décidé de faire une pause pendant à peu près une année. Alors on a eu l’idée de faire un disque et de le sortir pour voir un peu ce que ça allait donner. Puis on avait aussi envie de tourner. A ce moment, il y a donc eu un heureux concours de circonstances et toutes les conditions étaient  réunies pour que nous puissions rendre cela possible. Ce n’était pas vraiment planifié. On a juste eu une opportunité et on a sauté sur l’occasion.

J’avais vraiment envie de faire cela. Je le vois un peu comme un retour aux sources. On y retrouve mes racines, là d’où je viens. Et puis nous avons la possibilité de le défendre sur scène. Je n’ai pas d’autres engagements immédiatement à part le fait que je travaille sur une idée de show musical à la télévision qui devrait voir le jour très bientôt. Mais pour l’instant, on va encore tourner cet été notamment en Europe avec les Disciples Of Soul.

L.G.R. : Sur ce nouvel album Soulfire, on retrouve pas mal de chansons que tu as composées ou co-écrites quand tu jouais avec Southside Johnny et les Asbury Jukes. Pas de nouveautés…

Little Steven : Non, je n’ai rien écrit de nouveau depuis 25 ans ! (Il se marre). La création est un processus vraiment compliqué qui dépend de beaucoup de facteurs. Pour l’écriture, je suis à l’écoute de ce qui se passe dans le monde, je m’imprègne du contexte notamment social et politique avant d’écrire des choses. J’ai beaucoup travaillé comme cela par le passé mais là le concept de cet album était différent. L’idée était vraiment de faire transparaitre qui je suis vraiment. Cet album, c’est moi expliquant qui je suis à un nouvel auditoire. Je voulais me re-présenter à mon propre public en tant que Little Steven Van Zandt et non pas comme guitariste de Bruce Springsteen.

Je voulais aussi faire des choses que je n’avais jamais faites précédemment dans un album comme faire des reprises de chansons. C’est aussi la première fois que j’enregistrais un morceau de blues ou un morceau de doo-wap. Il y a aussi un titre de la période « blaxploitation », il y a des parties jazz, il y a aussi un clin d’œil à Ennio Morricone. J’ai fait toutes ces choses là pour la première fois sur cet album Soulfire.

L.G.R. : Vous mélangez beaucoup de styles différents. Quelles sont vos influences musicales ?

Little Steven : C’est vrai que sur l’album beaucoup de choses se mélangent : blues, rock, doo-wap… Mais je pense que le ciment de l’album et c’est aussi ma culture, c’est là musique soul. J’adore le son particulier qu’à la musique soul lorsqu’elle rencontre la musique rock. C’est le son que je recherchais quand j’étais avec Southside Johnny et les Asbury Jukes ainsi que sur mon premier album Men Without Women.

Maintenant, avec Soulfire, j’avais envie de revenir à ce type de son. C’était mon objectif. J’adore la musique avec les cuivres. Dans le groupe, la section des cuivres a une énorme importance, ils sont très nombreux sur scène. On a aussi, comme à l’époque, beaucoup insisté sur les chœurs. Il y a dans le groupe trois filles pour faire les harmonies vocales. Maintenant, c’est presque un big band.

L.G.R. : Qu’y a-t-il de différent dans le fait de jouer avec ton groupe les Disciples Of Soul ou avec le Boss et le E-Street Band ?
 

Boss Time Little Steven


Little Steven : Eh bien, tu sais avec les Disciples Of Soul je suis le Boss ! (Il se marre). Ca veut surtout dire que j’ai beaucoup plus de travail et beaucoup plus de choses à gérer qu’avec le E-Street Band. Ce n’est pas aussi gros qu’avec Springsteen, ce n’est pas aussi glamour. Je t’assure, j’ai vraiment beaucoup plus de travail et de responsabilités. C’est ma musique que l’on joue et j’ai envie que ça se passe bien. Avec le E-Street Band, on joue certaines choses que je maîtrise depuis le temps. Mais là, on expérimente de nouveaux styles de musiques. C’est là que se trouve la plus grosse différence. Et puis je travaille avec d’autres personnes aussi. Là, c’est moi qui les dirige. De ce point de vue, le job est vraiment différent que quand je joue le rôle de faire valoir pour Springsteen.

L.G.R. : Alors, c’est cool ou pas d’être le patron ?

Little Steven : (Il se marre). Je ne sais pas vraiment. Tu sais, ce n’est pas quelque chose que j’avais besoin de faire. Ce n’est pas du tout une question d‘ambition. Ca fait partie de moi d’être l’homme de l’ombre pour le Boss. Je me vois plus avec les Disciples Of Soul comme celui qui tient le devant de la scène que comme un leader. Ca m’a vraiment pris du temps pour avoir envie de revenir comme cela pour un projet où je suis beaucoup plus mis en avant. Dans les années 80, j’ai eu envie de faire ça, d’être le patron. Mais maintenant, je n’ai plus cette ambition, j’ai juste envie de jouer une musique qui est la mienne et que j’aime, que j’ai envie de faire connaitre aux gens. J’adore jouer cette combinaison de rock et de soul, c’est un univers qui m’est plus personnel que ce que je fais avec le E-Street Band. C’est uniquement une question de musique et en aucun cas une histoire d’ego ou d’envie de leadership.

L.G.R. : Il y a peut-être aussi une autre dimension maintenant dans le personnage de Little Steven. Dans les années 80, les gens connaissaient le musicien. Maintenant, ils connaissent aussi l’acteur. Parfois, le public n’a-t-il pas tendance à t’identifier comme Silvio Dante ou Frank Tagliano, tes personnages dans Les Sopranos ou Lilyhammer ?
 

Little Steven - Sopranos Lilyhammer


Little Steven : Je ne sais pas trop mais je ne pense pas que les gens soient là pour autre chose que la musique. En tout cas pour moi, l’idée est de bien  garder les deux choses dans deux domaines séparés même si dans Lilyhammer il y a beaucoup de musique et que Bruce Springsteen a fait une apparition  à la fin de la série. C’est pour cela aussi que mon look est très différent quand je suis un acteur et quand je joue de la musique. Je pense que les gens qui m’ont aimé dans les Sopranos ne vont pas forcement venir me voir jouer à Paris ou à Cleveland ou n’importe où en concert avec les Disciples Of Soul. Les gens qui viennent en concert veulent voir le musicien. Mais c’est vrai que maintenant, en concert, je vais devoir jouer le rôle d’une rock star, d’un leader, et c’est ce que le gens qui viendront au concert veulent voir je pense. Tous ces rôles sont pour moi complètement différents. De toutes façons, quel que soit le rôle que je joue, acteur ou musicien, j’essaye de m’impliquer à fond dans mon personnage. Tout est une question d’être dans le bon personnage au bon moment. C’est comme ça que la communication passe le mieux avec le public.

L.G.R. :  Steve, on a parlé de toi comme musicien, comme acteur mais pas encore comme fan de musique garage punk. Peux-tu nous parler un peu de ton label Wicked Cool Records et de ton émission de radio The Little Steven Undergound Garage ?

Little Steven : C’est vrai que j’aime bien cette musique garage punk. Mais j’aime beaucoup de choses. Je me vois plutôt comme un très grand amateur de rock ‘n’ roll. Et en Amérique, il y a énormément de gens qui font de la très bonne musique dans ce style. Moi au départ, j’ai passé beaucoup de temps à écouter les premiers Rolling Stones et les premiers Beatles. Sur le label et dans mon émission de radio, je peux passer toutes les choses qui ont trait au rock ‘n’ roll. J’aime aussi les classiques du blues comme Howlin’ Wolf ou Muddy Waters. J’aime aussi passer la musique de beaucoup de nouveaux groupes pour essayer de les faire connaitre au public. J’ai du lancer environ 700 groupes dans les 40 dernières années ! Je passe de la musique qui couvre toute la sphère du rock : le rock des pionniers, les girls groups, la British Invasion, le punk, toute la musique rock du début jusqu’à nos jours. On diffuse tout ça sur différents réseaux, on a une chaine vidéo sur Internet et on a surtout une diffusion sur énormément de stations radio dans beaucoup de villes des Etats-Unis puis des diffusions en podcasts. J’aime faire découvrir des choses aux gens. On fait un show de deux heures par semaine accessible à tous gratuitement.

L.G.R. :  Tu es vraiment très occupé avec les multiples casquettes que tu as. Comment trouves-tu le temps d’écouter et de découvrir de nouvelles musiques ?

Little Steven : Je ne travaille pas tout seul ! Mais mes collaborateurs et moi passons beaucoup de temps à écouter de la musique. On arrive sans problème à trouver de nouvelles chansons très cool pour chaque semaine. On fait découvrir de nouvelles choses mais pas forcement tout le temps des choses récentes. Nous cherchons aussi parfois à redécouvrir des choses plus anciennes, des classiques un peu oubliés ou encore des groupes de légende qui se reforment pour proposer de nouveaux morceaux comme Cheap Trick ou Joan Jett par exemple. On passe aussi le nouveau Paul Mc Cartney et les nouveaux Rolling Stones. On aime bien les nouveaux groupes mais ça ne nous dérange pas du tout de passer des vieux groupes qui font encore le boulot correctement !

L.G.R. : Y a-t-il encore des artistes avec qui tu aimerais vraiment partager la scène ?

Little Steven : Tu sais, je ne pense pas trop à jouer avec d’autres personnes en ce moment. Mon groupe actuel est fantastique. Il y a plein de gens fabuleux. Tu sais, la plus grande différence avec la dernière tournée solo que j’avais faite il y a 25 ans, c’est que, à l’époque je tournais avec un groupe de rock. Là maintenant, c’est beaucoup plus compliqué, sophistiqué. Il y a vraiment de très très bons musiciens qui peuvent faire des performances live exceptionnelles. Là, pour jouer tous les morceaux que je voulais reprendre, j’avais besoin de gars capables de s’adapter à plusieurs styles différents et pour cela le groupe que nous avons constitué est vraiment excellent. Les morceaux que j’avais écrit sont assez particuliers et les gars avec qui je joue arrivent à faire ressortir le meilleur de ces titres là. Ca n’a pas été facile de trouver quinze personnes comme cela disponibles pour jouer avec moi et capables de jouer ensemble. Ca a été difficile pour moi de rejouer avec d’autres personnes que celles du E-Street Band avec qui je suis habitué à tourner depuis si longtemps. Maintenant, je suis le leader d’un groupe fantastique, j’adore jouer avec eux et je n’ai pas trop le temps de penser à d’autres choses ou d’autres collaborations. Je suis concentré sur le projet Disciples Of Soul.

L.G.R. : On a pu lire dans certaines interviews que tu compares ta relation avec Bruce Sprinsgteen avec celle de ton personnage de Silvio Dante comme « consigliere » du chef mafieux Tony Soprano dans la série télévisée Les Sopranos ?

Little Steven : Tu sais, Bruce et moi sommes amis depuis longtemps. Mais au départ, on était tous les deux patrons dans notre petit monde. J’avais mon groupe et lui avait le sien. On avait chacun un succès local et chacun notre public mais on était toujours contents de pouvoir se croiser sur les différentes scènes. Quand j’ai décidé de rejoindre son groupe, ça a été une décision un peu dramatique dans le petit monde de la musique locale. A partir de ce moment là, je rejoignais « son » groupe et j’ai commencé à l’appeler « le Boss ». Et puis tout le reste du groupe a fait pareil. Alors je suis devenu à ce moment autre chose en plus pour lui. Nous étions toujours amis mais je suis un peu devenu comme son « consigliere » pour faire un parallèle avec le fonctionnement de la mafia.

 

Little Steven Supporting Bruce 2007

Avec lui, je m’occupais de beaucoup des arrangements des chansons, j’ai co-produit avec lui les albums The River et Born In The USA. Finalement, notre amitié de départ s’est aussi doublée d’un côté relation de travail. Et au final, ce n’est pas très loin de la relation que retrouve mon personnage Silvio Dante dans les Sopranos en tant que « consigliere » du chef Tony Soprano. Au tout début du show, quand nous avons parlé avec le créateur de la série David Chase pour définir un peu le personnage de Silvio Dante que j’allais incarner, il m’a donné des conseils pour m’aider à rentrer dans le rôle. Jouer la comédie, c’est quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant. Il m’a dit : « Tu dois être le conseiller de quelqu’un de très important et finalement tu peux pour t’aider transposer ton rôle avec Bruce dans le monde du rock ‘n’ roll vers le monde de la mafia et ça devrait fonctionner« . Enfin, c’est quand même un peu différent heureusement ! (Il se marre). Mais en tout cas, c’est un conseil qui m’a beaucoup servi pour jouer le rôle d’homme de confiance dans le show.

L.G.R. : Pour poursuivre dans la logique des séries, si ton rôle de Silvio Dante ressemble à celui avec le Boss, celui de Frank Tagliano dans Lilyhammer est-il proche de celui de Little Steven avec les Disciples Of Soul ?

Little Steven : (Il se marre). C’est vrai. Tu as raison. C’est une très bonne analyse de la situation. Dans Lilyhammer et avec les Disciples Of Soul, c’est bien moi qui tire les ficelles ! Personne avant toi n’avait fait le rapprochement mais c’est totalement vrai ! (Il se marre).

L.G.R. : Pour finir Steven, peux-tu nous parler de tes projets pour la suite ? Faire de la musique avec le Boss ? Jouer la comédie ? Enregistrer de nouveaux morceaux avec the Disciples Of Soul ? D’autres choses ?

Little Steven : Tu sais, je vais faire un peu de tout ce dont tu as parlé. Je suis bien évidemment disponible si Bruce a besoin de moi. Je ne sais pas encore quand ça sera. Peut-être été 2018 ou 2019. S’il ne fait rien cet été avec moi, je tournerai certainement avec les Disciples Of Soul. Je travaille aussi comme je te l’ai dit sur une nouvelle émission de télé. Je m’occupe aussi de ma Rock ‘n’ Roll Forever Foundation, qui est une école pour apprendre le rock ‘n’ roll. Nous avons déjà une centaine de cours en ligne. Cela mobilise beaucoup de professeurs, c’est gratuit. Nous proposons des formations diplômantes dans plusieurs domaines liés à la musique comme la réalisation de clips par exemple. Cette fondation a beaucoup de succès et je souhaite pouvoir la développer encore plus d’années en années. Tu sais, je ne m’ennuie jamais, il y a toujours quelque chose à faire, on verra bien ce qui se passera ! (Il se marre).

L.G.R. : Stevie, quand vas-tu te reposer alors ?

Little Steven : (Il se marre) Dans une prochaine vie certainement. Je reviendrai réincarné en mon chien. Il a vraiment une vie très cool !
 

Un grand merci donc à Little Steven pour sa disponibilité et sa convivialité lors de l’interview. Et du côté de La Grosse Radio, on sera pas loin de La Cigale le mercredi 28 juin 2018 pour aller voir live Little Steven et ses Disciples Of Soul.
 

Little Steven & The Disciples Of Soul - Flyer Paris 2017


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Propos recueillis par Eric Jorda
Photos live Eric Jorda (Paris 2007 et 2013)
Remerciements à Aude de chez GDP et à Nico « You Never » Cantrel pour l’aide à la  traduction

 



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