King Gizzard and the Lizard Wizard : Rencontre avec Stu Mackenzie au TINALS

Il nous faudrait la moitié d’une vie pour lui poser toutes les questions que l’on voudrait lui poser, nous aurons à peine le quart d’une heure, mais nous tentons quand même le coup : nous avons rencontré Stu Mackenzie, leader de King Gizzard and the Lizard Wizard, à l’occasion de leur passage au This Is Not a Love Song de Nîmes. Déjà deux albums sont sortis cette année, l’excellent Flying Microtonal Banana, étude psychédélique du quart de ton oriental, et le non moins étonnant Murder Of The Universe, épopée spatiale décoiffante mettant en scène le seigneur de la lumière, un balrog affable et un cyborg grognon. Une rencontre à la fugacité frustrante, mais se laissant tout de même le temps d’être instructive.

La Grosse Radio : Vous êtes tellement productifs qu’on ne sait même pas de quel album on doit parler ; du coup, à quoi va ressembler votre set ce soir, qu’est-ce que vous allez jouer ?

Stu Mackenzie : Généralement au début d’un tournée on écrit une setlist, quelque chose d’assez fixe, mais ça peut dépendre aussi du lieu, de l’ambiance dans le public… Comme on joue assez tard dans la soirée, quelque chose d’assez heavy probablement, pas mal de nouveautés de Murder of The Universe, un peu de Flying Microtonal Banana, Nonagon Infinity, I’m In Your Mind Fuzz, « The River » de Quarters, peut-être… Quelque chose comme ça.

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On a écouté le dernier album, Murder of The Universe… La narration continue de s’y complexifier, et pour les non-anglophones, ça devient difficile à suivre. Et-ce qu’on pourrait pitcher l’histoire de l’album, pour tous ceux qui ne parlent pas anglais ?

Il y a beaucoup d’anglais dans ce disque, hein ? Il y a beaucoup de mots. Le disque se découpe en trois sections, et chacune de ces trois sections contient sa propre histoire. Mais ces trois histoires sont un peu liées… La première histoire est à propos de cet « altered beast », qui est une sorte de créature mi-homme, mi-ours. J’essaie de résumer ça… Ça part du point de vue de la bête, et puis ça passe au point de vue de notre personnage, qui est plus ou moins poursuivi, puis on revient à la bête, puis on revient au personnage, qui devient « bête » ; et là, on est sur le personnage qui est la bête. Ca parle de la vie et de la tentation…

Et c’est seulement la première partie (rires). La deuxième partie, c’est The Lord of Lightning vs. Balrog, qui est juste une sorte de bataille folle, je pense… C’est probablement la plus simple de toutes. C’est supposé être un peu comme le bien contre le mal, mais je pense que les frontières peuvent être troubles, et que la vie n’est peut-être pas aussi simple que ça. C’est censé être un combat, simplement. Et la troisième partie, c’est The Murder of The Universe qui est un peu futuriste. Un genre de cyborg numérique obtient une sorte de conscience indépendante, et détruit l’univers (rires), enfin plus ou moins… C’est la dernière partie.

Et dans cet univers, que sont les musiciens de King Gizzard ? Est-ce qu’ils en sont des personnages, ou est-ce qu’ils sont plutôt des troubadours qui racontent cette histoire ?

Dans ce disque, j’ai toujours imaginé que nous étions dans la seconde partie. La narration est toujours plurielle, « nous », c’est un groupe, c’est collectif, cette fille… J’ai toujours imaginé que nous étions dans cette partie. La première est vraiment… C’est un face à face, avec la bête, c’est différent, et la troisième partie c’est plutôt au-dessus, au-dessus de ce monde. Je pense qu’on est dans la seconde partie.

On sait que pour ce qui est de la musique, tu es souvent à la base de la composition, mais vous avez également un univers vidéo très étendu. Comment est-ce que vous travaillez là-dessus, et avec qui ?

Oui, l’homme derrière tout ça est Jason Galea, il est là d’ailleurs, il fait une projection vidéo en direct ce soir. Il tourne avec nous la plupart du temps, à chaque fois qu’il peut. On partage un studio, près de Melbourne, on a un petit endroit où on enregistre nos trucs, et il a un studio juste à côté, donc tout ce qu’on fait, on lui montre, et vice-versa. En quelque sorte, il a pris une place importante dans le groupe. Et il fait toutes les pochettes d’album, en fait, pratiquement tout ce qu’on a fait de visuel, on l’a fait avec lui.

Une question un peu plus technique, qui concerne Flying Microtonal Banana ; les gammes que vous avez utilisées dans ces morceaux, est-ce que ce sont des gammes qui existaient déjà, ou ce sont des créations de votre part ?

Je m’amusais avec un baglama, qui est un instrument à cordes turc, et qui a des frettes microtonales. J’ai écrit de nombreuses chansons avec le baglama, je pensais qu’on allait enregistrer avec le baglama, en fait. Mais il y a des notes dessus que tu ne peux pas atteindre avec une guitare électrique ou un clavier, qui n’existent pas, c’est entre les notes. Donc ça nous a inspiré la modification de guitares électriques. On a modifié plusieurs instruments pour jouer sur différents tons, que tu pourrais obtenir avec un bend, mais pas de la façon dont tu joues sur les cases. Donc voilà, l’album est inspiré par des sons que tu ne peux juste pas jouer sur un instrument normal…

Oui oui, mais plus précisément, les gammes que vous utilisez, ce sont des gammes inventées, ou des gammes qui existaient déjà dans la musique microtonale, turque ?

Ah, oui, s’il y a une influence de la musique traditionnelle turque ? Oui, bien sûr, en particulier la façon dont les microtons sont placés, dans la gamme, c’est très turc. Mais les microtons que nous utilisons ne sont pas tout à fait authentiques. Ca n’est pas de la musique authentique (rires). On les a créés parce que c’était en fait plus facile de jouer sur ce mode en particulier, sur lequel nous jouons. Le truc avec le baglama et avec la musique turque, c’est que les frettes sont amovibles, et que d’un morceau à l’autre, tu dois les déplacer. Mais avec une guitare électrique tu ne peux pas faire ça, c’est fixe. Donc on a dû créer des espaces en sachant qu’on ne les changerait pas, et faire en sorte que ce soit simple à accorder. Et on en est arrivés à cet étrange entre-deux, culturellement confus, avec lequel on a enregistré.

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Une dernière question : qui est le plus fort, King Gizzard ou The Lizard Wizard ?

(rires) Je ne sais pas. C’est un drôle de nom, vraiment, j’en suis conscient… Ca n’a jamais été censé signifier quoi que ce soit. Quand on a commencé, on jouait des concerts sous différents noms… C’était un peu un groupe fait pour jammer, un side-project, pas fait pour durer longtemps. Donc je pense que King Gizzard and The Lizard Wizard a été le premier nom à se retrouver sur une affiche. On va probablement se séparer dans quelques mois donc maintenant peu importe, je peux expliquer ces choses stupides (rires).

Bon, les questions sur les noms ça craint toujours de toute façon.

Ouais (rires). Mais, ça va.

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Stu Mackenzie, This Is Not A Love Song 2017

Crédits photos interview + live : Thomas Sanna
Merci à Nathan, notre interprète, et remerciements spéciaux à Laura de chez Martingale, pour sa médiation enthousiaste tout au long du festival



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