Depeche Mode au Stade de france le 01.07.2017

En ce 1er jour de juillet, le Stade de France s'est empli d'une foule électrique, prête à en découdre avec l'un des groupes les plus novateurs et influents des années quatre-vingts ; ceux-là même qui ont su tirer le meilleur de la musique industrielle et du synthpop pour servir une vision du monde sans compromis, lucide et toujours légèrement en avance sur temps ; les Depeche Mode.

Depeche mode, à  sommet

À quelques secondes du début des hostilités, la tension est palpable dans le public. Tous sont venus en masse assister au troisième concert (2009, 2013) que les enfants terribles de Basildon s'apprêtent à donner au Stade de France. vingt-et-une heure. C'est un extrait de "Revolution" des Beatles, résonnant comme un effet d'annonce, qui met le feu aux poudres, révélant un public chauffé à blanc.

Dans une liesse sans nom, ce ne sont pas moins de 70 000 personnes qui saluent l'entrée en scène des britanniques, à l'exception notable du chanteur. Quelques secondes plus tard, Dave Gahan apparaît son tour, surgissant des coulisses au-dessus de l'écran situé en backstage, et entame le show. Les yeux peints de noir, jouant avec ses origines malaisiennes, le cinquantenaire n'a rien perdu de sa superbe. Et c'est revêtu d'un costume de dandy rebelle tranchant avec sa peau tatouée que le frontman est venu raviver la flamme chez ses fans, déjà en combustion lente.

Depeche mode, Martin Gore et Dave Gahan

Pour promouvoir Spirit, leur quatorzième album fraîchement paru chez Colombia Records, le groupe s'empare des micros et entame son live par un remix  hypnotique de "Cover Me". C'est pour mieux annoncer "Going Backward", un titre lui aussi extrait du disque produit par James Ford (Florence and The Machines), dont le texte éminemment engagé annonce la couleur : avec une moyenne d'âge de 50 ans, les membres de Depeche Mode n'ont rien perdu de leur ferveur militante d'antan, et comptent bien le faire savoir. Dave Gahan, comme à son habitude, détache chacunes des phrases, pour faire dont du sens éminament réflexif et clairvoyant du texte, signé Martin Gore.

On aurait pu croire qu'après les années, le succès, les excès, le groupe aurait opté pour la facilité. Mais il n'en est rien. Au contraire, il semblerait que ces dernières années, le climat  géopolitique mondial à l'orage aient poussé le groupe à revenir malgré lui à des considérations toutes révolutionnaires. Marqué par la guerre froide, les membres de Depeche Mode ont toujours fait preuve d'un grand intérêt pour la lutte pour un monde meilleur. en témoigne encore aujourd'hui, leur combat à travers des textes particulièrement militants et d'actualités.

Le public est fou

Puis résonne le très électronique "Barrel of a Gun", emmené par la voix caverneuse et sensuelle du chanteur, qui ensorcelle rapidement l'assemblée. particulièrement en forme, Dave Gahan s'adonne à une danse endiablée, faisant cadeau au public de son mythique déhanché et c'est tout le stade qui retient son souffle. Les cris d'admiration ne se font pas attendre.

Sur un remix d' "A pain that I can Use to" signé Jacques Lu Cont, ce sont les plus grands fans qui scandent les paroles du groupe, le tout au son des synthétiseurs. Ce n'est qu'une question de temps avant que le groupe décide de jouer "Word in my Eyes", pour lequel Dave Gahan mime de ses mains une paire d'yeux, symbole fort repris aussitôt en miroir par le public en signe de communion. Morceau fort, qui résume bien l'attitude du groupe dans toute sa splendeur : leur oeuvre tend effectivement à rendre compte d'un état du monde à travers le regard lucide de Martin Gore, et la voix porte parole du chanteur, pour permettre à son public d'accèder peut-être à un monde meilleur.

Revolution

À partir de ce moment-là, on peut constater une constante dans le choix des textes qui composent la setlist. En effet arrive rapidement "Where're The Revolution", LE titre à retenir de ce dernier album.  Appelant clairement à la prise de conscience et à l'insurrection, ce morceau dénonce, au même titre qu'un "People are People", ou un "Master And servant", l'état du monde laissé par nos politiques (notamment du gouvernement Trump, contre lequel le groupe s'insurge aujourd"hui). Si le morceau est clairement en dessous des titres clefs du groupe musicalement parlant, Dave Gahan, l'enfant des squats, reste une source intarissable d'inspiration pour ses fans, qui reconnaissent en lui la ferveur du combat libertaire et pacifiste auquel ne cesse de s'adonner le band. Depeche Mode c'est ça : un groupe qui a eut le courage de créer son propre son en tapant sur des taules avec des barres en métal pour dénoncer la mécanisation et l'inhumanité du monde.

Philosopher à propos de l'argent, la gueure, le pouvoir, la corruption de la nature humaine, ils savent faire. Mieux que ça, Les textes engagés signés Martin Gore et les inteprétations pleines de convictions de Dave Gahan ne trouvent pas de comparaison dans la musique, si ce n'est peut-être chez les Pink Floyd, qui ont également basé leurs textes et leur esthétiques sur un vision du monde et un combat politique.

Ce qui est certain, c'est que de cet audace libertaire, ils ont fait leur marque de fabrique. Et ils le prouvent encore aujourd"hui avec cet album concept, d'une maturité assumée et revendiquée. Dave Gahan invite le public à lever les mains. Celui-ci répond présent, poing levé pour faire écho au dessins diffusés sur les écrans. Grand moment dans l'histoire du groupe. Celui du jour où, 20 ans plus tard, après la drogue, l'alcool, les disputes, le trio arrive encore à faire preuve de combattivité à l'encontre du liberalisme économique et de ses méfaits. Les valeurs qu'ils défendent, n'ont pas changé. Le public ne s'y trompe pas et applaudit à tout rompre.

Wrong / Going Backward

Le single phare de Spirit sera directement suivi de "Wrong", dont le texte - et le clip qui avait fait scandale à l'époque sa sortie - entre en résonance avec "Going Backward", littéralement "aller à reculons, en arrière". Et c'est ainsi que ce live passe du statut de simple concert, à celui du retour aux sources revendicatives qui font l'essence même de Depeche Mode. Plus que de la musique, c'est un véritable plaidoyer pour une humanité libre et dégagée de tous les travers dans lesquels elle continue de se perdre (guerre, libéralisme, dictat des écrans...) que le groupe distille.

Martin Gore surprend ensuite avec une interprétation quasi-religieuse, pratiquement a capella - si on ignore les rares synthés - de "Home", reprise en choeur par le public, qui même après la fin du titre, continue de scander les paroles d'une seule est même voix. Ce qui arrache à Dave Gahan un "Paris vous êtes vraiment les meilleurs". Séquence émotion alors que le frontman dessine un coeur de ses mains à destination de son public.

Pour enfoncer le clou, et valider ses propos, c'est le moment que choisit le trio pour reprendre ses morceaux les plus engagés, ceux-là mêmes qui ont fait le succès du groupe : "Everything Counts" qui s'insurge contre la compétitivité qui règne entre les hommes dans nos sociétés, "Stripped" qui incite l'auditeur à faire preuve d'esprit critique et à prendre des décisions sans regarder la télévision, " Enjoy The Silence", ode à l'amour et à la vie simple, loin de tous consumérisme de masse et "Never Let Me Down Again" (issu de l'album qui porte là aussi, bien son nom : Music for The Masses), ode à l'amitié vraie et sincère et à la solidarité entre les peuples. Chanson pour laquelle Dave Gahan réussit la prouesse de faire s'agiter une marée de mains humaines, trente ans après la création du titre. Rien que ça.

Esthétique de la saint éthique

Le public vibre comme jamais et entre en communion avec les écorchés vifs que sont les membres de Depeche Mode, le tout au son de cette messe rock dont ils ont le secret. Le groupe quitte ensuite temporairement la scène. Mais c'est peine perdu face à l'ambiance qui règne dans le public, qui les somme de revenir, déjà impatient de les retrouver. S'en suivent " Somebody" interprété par Martin Gore, puis le mythique "Walking on my Shoes".

Dave entonne ensuite "Heros", cover / hommage à David Bowie, artiste et ami du chanteur. reprise qui avait permis à Gahan d'intégrer Depeche Mode lors de son premier essai. Le public, touché, accompagne le chanteur. Puis c'est avec l'incroyable  "I Feel You" sans oublier "Personal Jesus", deux tubes mythiques qui ont fait la fierté du band, que Depeche Mode achève sa prestation impeccable au Stade de France, dans l'euphorie la plus totale.

Depeche Mode, un groupe militant comme on n'en fait plus, qui continue de marquer de sa présence l'histoire de l'humanité à travers la création musicale.

Crédits photos :  Ben Carlin et Kintaro. 
Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe



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