Foo Fighters – Concrete And Gold

Trois ans après Sonic Highways, les Foo Fighters reviennent avec leur neuvième album. Le résultat est un curieux mélange, qui demande plusieurs écoutes pour en apprécier les subtilités. Tour à tour heavy et pop, agressif et fédérateur, pessimiste et plein d’espoir, cet opus montre l’étendue des talents du groupe formé sur les cendres du grunge.

Rugueux. C’est peut-être l’adjectif qui qualifie le mieux Concrete and Gold, le nouvel opus de la bande à Dave Grohl. Les guitares acérées sont plus que jamais de sortie, et l’ancien batteur de Nirvana n’hésite pas à pousser sa voix vers un registre qui avoisine le scream. Pourtant, l’album est loin d’être une ode sans nuance à la violence aveugle. Les chœurs sont extrêmement présents, mais l’énergie et l’agressivité des arrangements leur évitent de sombrer dans la guimauve.

C’est sur une intro toute en douceur que s’ouvre l’album. La voix de Grohl est d’une fragilité surprenante, et monte dans des aigus où l’on ne l’attendait pas, avant que n’explosent des arrangements très stadium rock. « Run », le premier single maintenant bien connu, fait inévitablement penser à son clip génial et à ce magnifique « Thriller » du troisième âge. Le mélange couplets agressifs / envolées sur le refrain est juste parfait, et prouve que les Foo ont encore quelques tours dans leur sac en matière de composition.

L’alternance de deux schémas, changement d’ambiance plusieurs fois dans le morceau ou montée en puissance progressive, peut sembler répétitive, mais elle donne une vraie cohérence à l’ensemble. Cela fonctionne généralement très bien, comme le prouve « La Dee La », une réussite d’harmonie entre une belle ligne mélodique qui donne une irrémédiable envie de chanter « Keep your pretty promise to yourself » (Garde ta belle promesse pour toi) avec Grohl, et des passages beaucoup plus saturés. Comme sur les autres titres, les riffs furieux de Chris Shiflett et Patt Smear font mouche.


L’album fait également la part belle à des passages très blues qui sentent la sueur. « Make it Right » ou « The Sky Is a Neighborhood » en sont de parfaits exemples, et on retrouve là encore une ambiance lourde et un jeu agressif tempéré par des chœurs très mis en avant pour un mélange vraiment détonnant.

L’ensemble semble encore plus sombre quand on s’attarde sur les paroles : « There is no superheroes now » (il n’y a plus de super héros maintenant), « if it gets much better, it’s going to get wrong / and you get what you deserve » (si la situation s’améliore, c’est qu’elle va empirer, et vous aurez ce que vous méritez)  « Mind is a battlefield, all hope is gone » (l’esprit est un champ de bataille, tout espoir a disparu)… Selon Grohl, « le thème de l’album évoque autant l’espoir que le désespoir […], une partie est un peu politique« .

Quelques ballades, pas forcément plus optimistes, feignent de calmer le tout : la jolie mais dispensable « Dirty Water », qui s’énerve sur la fin », ou « Happy Even After (Zero Hour) », qui rappelle leur concert acoustique Skin and Bones.

Les Américains s’aventurent parfois sur des chemins improbables. Ainsi, « Sunday Rain » lâche complètement le rock jusqu’à son troisième quart pour se rapprocher de ce que pourrait faire un Lenny Kravitz, et ose même conclure sur un passage de jazz au piano. Le décalage par rapport au reste de l’album peut s’expliquer par la présence de Paul McCartney qui a chassé Taylor Hawkins de la batterie pour que celui-ci puisse passer derrière le micro. On retrouve ici et là d’autres invités prestigieux : Alison Mosshart des Kills, Justin Timberlake, Shawn Stockman des Boys II Men, mais si vous arrivez à les identifier dans le déluge de chœurs, vous êtes priés d’écrire à la rédaction.

La dernière chanson, « Concrete and Gold », est elle aussi à part. L’ambiance est hypnotique et vaguement malsaine. Il règne une ambiance de fin du monde : « My desperation, is this a curse ? » (mon désespoir est-il une malédiction) demande le chanteur. Mais le chant du cygne se double d’un chant d’espoir : « Our roots are stronger than you know, up through the concrete we will grow » (nos racines sont plus profondes que vous ne croyez, nous pousserons à travers le béton).

On peut s’étonner que Greg Kurstin, un producteur plus habitué aux grosses productions à la Sia, ait aidé le groupe à accoucher de cet objet singulier. Malgré quelques compositions plus convenues, notamment dans la seconde moitié –  « Arrows », « The Line », un peu trop FM – , l’album a de quoi rassurer les fans : les Foo Fighters n’ont rien perdu de leur énergie ni de leur inspiration et sont capables de transformer le béton en or.

Sortie le 15 septembre 2017 chez RCA Records / Roswell / Sony.

Tracklist :

1. T-Shirt
2. Run
3. Make It Right
4. Sky Is A Neighborhood
5. La Dee Da
6. Dirty Water
7. Arrows
8. Happy Ever After (Zero Hour)
9. Sunday Rain
10. The Line
11. Concrete and Gold

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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