Jamie Lenman – Devolver

« Comme quoi, en matière de rock alternatif british, il y a une alternative à Biffy Clyro. Plus punk et mordant, mais tout aussi mélodique et doué »

Le nom de l’homme ne vous dit rien ? Pas étonnant, et pourtant Jamie Lenman a déjà une longue carrière sous le bras. Dans les années 2000, il était frontman du groupe Reuben (disons rock alternatif faute de mieux), qui apparaît régulièrement dans les classements des groupes les plus injustement sous-estimés. Malgré un certain succès, le trio n’aura jamais réussi à se faire programmer dans les grands festivals et passer au niveau supérieur. C’est d’autant plus dommage que tout est là : le mix entre rock / punk hardcore / pop est singulier voire unique, pas aussi timbré qu’un Faith No More mais assurément aventureux, tout en étant très accrocheur, mélodique et énergique. Lassé du manque de reconnaissance, le groupe finira par se séparer. Dès lors, Jamie Lenman se concentrera sur sa carrière d’illustrateur, mais reviendra à la musique avec un premier album solo sorti en 2013, Muscle memory, double album (une moitié métal/hardcore, une autre plus folk) aussi barré que réussi. 4 ans plus tard, voici donc son successeur.


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Avec Devolver, Jamie Lenman revient clairement à des titres plus directs et accessibles. Attention toutefois à ne pas confondre accessibilité avec facilité : car derrière leur apparente simplicité, chaque titre recèle une foultitude de détails. Changements de rythmes, enchaînements mélodiques pas piqués des vers qui permettent parfois des enchaînements venus d’ailleurs… On retrouve ici la patte des meilleurs artistes de rock alternatif, capables de sortir des clous dès que ça leur chante, de mêler des influences à priori difficilement conciliables pour aboutir à des mélodies aussi irrésistibles que peu conventionnelles (ce n’est pas pour rien que Reuben avait en son temps été comparé à Biffy Clyro, les membres des deux groupes étaient d’ailleurs amis). C’est peu de dire que Jamie Lenman n’a rien perdu de sa capacité à pondre des titres de cet acabit. C’est même tout le contraire : après avoir lâché du lest sur Muscle Memory, il affiche sur Devolver une énergie et une joie retrouvées.

 

 

Difficile de résister à une entrée en matière comme « Hard Beat », dont la montée en intensité est idéale pour cueillir l’auditeur et et ne plus le lâcher. Le deuxième titre, « Waterloo Teeth », est en revanche une fausse piste : énergique à souhait, limite pop hardcore, il pourrait laisser penser que la suite de l’album serait moins surprenante. Tout faux : le mid-tempo « Personal », parfaitement dosé et avec des paroles euphorisantes, l’irrésistible « Body Popping » et sa mélodie entêtante en diable, avant de passer à l’intensité post-hardcore (grosse influence de Lenman) de « Mississipi », qui devrait rappeler des souvenirs à celles et ceux qui avaient connu Reuben en son temps. On pourrait ajouter le riff funky imparable de « I don’t know anything »… Clairement, il est impossible de prendre la mesure de la richesse de l’albuim après en avoir écouté un ou deux titres. Et toujours, toujours un grand talent dans l’écriture des paroles, qui mérite d’être souligné.


Lenman est un musicien avant tout, mais c’est surtout un chanteur. Capable de passer du chuchotement au refrain pop à des hurlements hardcore, l’homme affiche toujours la même versatilité, la maturité en plus, qui lui permet d’en faire usage à très bon escient. Mais en plus, il se montre capable d’écrire des paroles à l’image de sa musique, suffisamment simples et accessibles pour qu’on les comprenne en écoutant, et néanmoins recherchées : pas question de se contenter d’une catchphrase répétée à l’envi sur les refrains. L’homme s’y dévoile et affiche les différentes facettes de sa personnalité, tour à tour apaisé, plein d’envie, gonflé à bloc, tendre ou solide, les mots sont choisis avec soin et contribuent à faire de Devolver une réussite.

 

 

Comme quoi, en matière de rock alternatif british, il y a une alternative à Biffy Clyro. Plus punk et mordant, mais tout aussi mélodique et doué, Jamie Lenman affirme avec Devolver qu’il a totalement digéré la rancoeur du split de son ancien groupe, et qu’il a fini de se prendre la tête. L’homme s’est reconstruit et, en paix avec lui-même, peut désormais revenir à ses premiers amours, avec une maturité supplémentaire. Le résultat est en toute bonne logique excellent et imparable. Seul bémol, Lenman, même s’il partira en tournée, se consacre principalement à sa carrière d’illustrateur et ne sort pas des albums très souvent. C’est tout à fait compréhensible, voire honorable, mais s’il faut attendre 4 ans pour avoir la suite, c’est triste.


8,5/10

Sortie le 27 octobre 2017 chez Big Scary Monsters
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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