The War On Drugs – A Deeper Understanding

Depuis leur premier album Wagon Wheel Blues sorti en 2009, les choses ont pas mal changé pour la bande à Adam Granduciel. 3 albums ont coulé sous les ponts, le trio a doublé d’effectif (on vous laisse faire le calcul) et l’emprise totalitaire du leader se fait moins ressentir. Selon ses dires, les musiciens ont eu plus de temps pour modeler et donner une touche un peu plus personnelle aux propositions de l’auteur-compositeur. C’est peut-être aussi un moyen d’alléger les épaules et diminuer la pression qui pesait sur le groupe après le succès critique du précédent opus Lost In The Dream … Technique payante ?

L’album est composé de dix titres pour une longueur totale de 66 minutes. Les plus matheux d’entre vous auront vite fait le calcul (si Pierre a deux pommes et qu’il en donne une à Jeanne, quelle est la circonférence du soleil ?) : une chanson fera en moyenne plus de 6 minutes ,ce qui de nos jours est plutôt rare. Il est clair que l’ami Granduciel a un petit faible pour les chansons longuettes à moments instrumentaux comme peut en témoigner un "Thinking of a place" « long » de 11 minutes. Le mot long est entre guillemets car il a, en général, une connotation négative qui ne s’applique pas dans ce cas-ci tellement le morceau est agréable à l’écoute. Il pourrait faire dix minutes de plus que cela ne choquerait pas. On a envie d’en entendre encore plus à propos de l'endroit auquel il pense, lumineux et si bien décrit par les vagues de notes venues ici d’un piano aérien et là d’un harmonica, très bien intégrées dans le paysage maritime dessiné par le morceau. 

À première écoute, on peut se dire que les chansons ne sont jamais très compliquées. La rythmique du début du morceau sera probablement la même du début à la fin, on ne trouvera pas d’envolée lyrique à nous en percer les tympans et encore moins d’essais dubstep/rock-ska au milieu de l’album mais ce que l’on trouvera encore moins, c’est l’ennui. Un parfait exemple de cette fausse banalité sont les solos de guitares amenés par Granduciel qui donnent l’impression d’avoir été balancés à l’arrache entre deux pauses clopes parce qu’il fallait rendre le studio. Les guitares sont rugissantes, bourrées de delay et de chorus, dans presque tous les morceaux. C’est pas fort technique mais on sent une âme derrière, on sent le musicien qui se donne et qui finalement, sait ce qu’il fait.

Le timbre de voix du leader est un parfait mélange entre le phrasé de Bob Dylan avec sa manière caractéristique d’accentuer le début des mots et trainer sur leur fin (on aurait pu faire la même comparaison avec Renaud mais ça ne serait pas forcément faire une bonne pub) et le timbre de voix rauque et éraillé de Bryan Adams (Ok, là il y a débat sur le bon goût). Au niveau des influences, l’album penche clairement vers un rock américain classique 80’s qui sent bon les chemises en jeans sans manches avec le drapeau américain flottant en guise de fond, un genre dont Bruce Springsteen fut le Boss. Granduciel ne s’est jamais caché de cette source d’inspiration qui lui vaut à présent son goût pour le rock plutôt positif et traditionnel, sans pour autant faire un copié-collé de son idole (même si "Holding On" ou la très jolie "In Chains" auraient clairement pu avoir été composées par le Boss lui-même).

Si tout se fait dans une certaine cohérence globale, comme dans un rêve lumineux et idéal, on peut évidemment discerner des chansons et les démarquer légèrement les unes des autres. Si certaines chansons tranchent de par leur tempo rapide et saccadé démarrant sur les chapeaux de roue comme dans "Nothing To Find" (d’une longueur non nécessaire et où la sauce ne prend pas aussi bien que d’habitude), d’autres se font beaucoup plus calmes et intimistes comme dans "Knocked Down" où le synthé au son très feutré jazzy n’est pas sans rappeler "Beautiful Freak" des excellents Eels. Mais il faut creuser encore plus profond dans les tréfonds de l’album et de l’univers du groupe pour trouver les morceaux qui portent véritablement cet opus à des sommets.

À la découverte de l’album, "Thinking Of A Place" avait déjà mis la barre assez haut (morceau avant-première), il y a un morceau qui place la barre carrément dans une autre galaxie. Dans "Strangest Thing", on a droit à une démonstration de toute l’étendue du talent du groupe à pouvoir soudainement basculer dans une espèce de balade mélancolique et nostalgique à priori très douce et finalement pleine de puissance et de force. D’abord, il y a des escalades de notes subtiles de piano à la manière de gouttes de pluies qui frappent le carreau pour ensuite laisser place à un genre de combat entre la voix et les guitares rugissantes. Les arrangements sont tout simplement parfaits, le thème principal se répète tout au long des 6min41 sans même que cela ne se remarque tout en provoquant l’intérêt comme le faisaient, dans le temps où ils ne se tapaient pas encore dessus, ces diables d'Oasis. C’est beau à en pleurer, on peut vraiment dire qu’Adam est un grand du ciel.

La qualité de l’album est évidemment portée par un tout, par une cohérence totale entre les morceaux de l’album mais est aussi mis en exergue par les deux ou trois perles, véritables bijoux de pop rock à la sauce américaine trempés dans un bouillon de jus de génie Granduciel. Si certains pourront reprocher cette trop grande homogénéité et une certaine absence de prise de risque dans la composition des morceaux, c’est justement ça qui fait la force de cet album. Ils ne se réinventent pas à chaque morceau mais ils n’en ont même pas besoin, cela reste presque tout le temps subjuguant. D’autres pourront encore être bloqués par la singularité de la voix du chanteur qui n’est probablement pas l’atout majeur du groupe mais qui n’est sans aucun doute pas ce que le groupe essaie de mettre en valeur dans leur œuvre. L’impression que les temps deviennent de plus en plus cléments pour l’univers pop rock se confirme grâce à cette pièce de maître généreusement offerte par The War On Drugs. Un must have de cette fin d’année. 

Sorti le 25 Aout 2017 chez Atlantic Records

Bucket List : Strangest Thing, In Chains, Thinking Of A Place

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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