Neil Young – The visitor


Si Neil Young a toujours été prolifique, ces dernières années sont exceptionnellement fournies. En parallèle de ses archives, The Visitor est sa cinquième sortie en deux ans et on pourrait craindre que la quantité soit au détriment de la qualité. Mais n’oubliez pas de qui nous parlons.

C’est un fait connu des fans qui essaient de le suivre, Neil Young fait des disques à l’impulsion, comme Stephen King des bouquins. Le temps d’en finir un et l’autre arrive. Pourtant dans sa démarche rien n’est forcé, il lui suffit d’écouter le monde et la Terre. Si les sorties nous surprennent, il arrive que lui-même semble pris au dépourvu par l’inspiration ou la revendication, les deux dans les meilleurs cas. Aussi la sortie de Living With War, un de ses albums les plus politiques à ce jour, n’avait quasi pas été annoncée. Tout comme Prairie Wind qu’il a composé en sortant de convalescence suite à une opération au cerveau. À Jim Jarmush qui s’inquiétait, le loner répondit « les chansons n’attendent pas ».

Neil Young est un compositeur explorateur. Le fond reste inchangé mais la forme est toujours fluctuante. C’est ce qui fait qu’on l’identifie toujours aussi facilement tout en étant surpris des tournures prises. Il sait aussi s’entourer, appeler et fédérer d’autres énergies. Promise of The Real semble être son nouveau Crazy Horse, apte à suivre les idées les plus folles dans un déluge de saturation et de choeurs, guidé par une aptitude à revigorer l’immense background musical américain.

Ce nouvel album a une vision panoramique servie par des textes oscillant entre fausse naïveté et lucidité acide, cultivant le flou pour mieux servir la clarté. Aussi « Children of destiny » aura catalysé en quelque sorte l’effet de l’album dans son entièreté. Que penser de cet espèce d’hymne voire d’apologie pour la Grande Amérique? Si ce n’est qu’elle est plus une fine critique par l’absurde, tant sur le plan musical en usant de l’hyper pompier que sur le texte ?

Si depuis quelques albums c’est la méthode qui était aventureuse (parlophone avec Jack White pour A Letter Home, live avec 93 musiciens pour Storytone, live en solo avec Daniel Lanois pour Le Noise), The Visitor s’aventure d’une façon que l’on n’avait pas entendue depuis Sleeps with angels, album sacré s’il en est. Parfois The Visitor semble justement visiter sa propre discographie, renouant avec un bon vieux blues sur « Diggin a hole » digne d’On The Beach, la folk sans détour avec ‘Almost Always’ ou ‘Change of heart’ faisant ressurgir le sublime ‘unknown legend’, ouverture de Harvest Moon qui vient justement la même semaine de bénéficier d’une réédition vinyle digne de ce nom. ‘Carnival’ est une bouffée de lâcher prise, une roue libre hyper stimulante qui nous conduit dans la durée à travers des dédales inattendus.

Et si Neil Young semble tenté par la rétrospective, nous tournant le dos pour contempler son passé, ce n’est qu’en accord avec son actualité puisque la nouvelle de la sortie de cet album est accompagnée par une autre d’une ampleur supérieure (ou comment noyer sa propre actualité) : la mise en ligne de tout ce qu’il a enregistré depuis ses débuts.

Neil Young, The visitor

Ainsi, The Visitor est un titre qui annonçait une ambition majeure le supplantant. Le visiteur, c’est nous. Pourtant il ne faudrait pas résumer l’idée à l’oeuvre de Neil Young. Car lui-même se situe avant tout comme terrien, et la notion de visiteur montre surtout cette conscience de notre temps restreint sur cette planète et des dégâts (mr Trump étant particulièrement visé) que l’on arrive à causer lors de notre cours passage.

The Visitor fera partie des albums qui comptent dans cette discographie foisonnante désormais ouverte à tous.

Sortie le 3 décembre chez Warner
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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