Guerilla Poubelle, Les Ramoneurs de Menhirs et Los Tres Puntos au Cabaret Sauvage – 1.12.2017

Quand il fait froid, il faut se réchauffer. Et si pour ce faire il faut aller au bout du monde, dans un lieu (presque) secret, caché au fond du parc de la Vilette, il ne faut pas hésiter. Surtout pour un concert à l'affiche ennivrante. Pensez donc, Guerilla Poubelle et les Ramoneurs de Menhirs sont venus faire la fête à Los tres Puntos, qui sortent ce soir-là leur nouvel album. 1er décembre, Cabaret Sauvage... C'est parti !

L'organisation a bien fait les choses. Dès l'entrée, un CD 3 titres est remis à chaque Gentil membre, extrait du nouvel album de Los Tres Puntos. Et oui, l'Alternateuf 2, tel est le nom de la soirée, c'est aussi une release party, un cadeau d'anniversaire aux Los tres. 23 ans, et toujours pas une ride. En attendant la houpette de Max et les rythmes saccadés, il va y avoir du Punk bien sûr. Il ya aussi un duo total foutraque, clowns à guitares, keupons doux-dingues, à l'humour d'un excellent mauvais goût. Bonheurs Inutiles nous fait profiter de leur gouaille, et occupe bien l'espace. Si tu veux voir à quoi ça ressemble, le plus simple est d'aller sur leur site web, il y a des vidéos. Et c'est très drôle.

 

Guerilla Poubelle


Il ne fallait pas tarder pour entendre les premiers accords. Les concerts commencent tôt, malheur aux traînards. À peine le temps de trempouiller les lèvres dans un houblon salvateur en écoutant les délirants Bonheurs Inutiles, que Till, Antho et Paul démarrent leur set. Guerilla Poubelle, si tu ne connais pas, fidèle lecteur/trice, c'est très simple. Une basse, une batterie, une guitare. Du Punk-Rock tranchant, efficace, direct. Et un engagement sans faille, qui porte les textes percutants. "Salut, on est Guerilla Poubelle, et on vient de nulle part". Un extrait de Amor Fati, "Nulle Part c'est chez moi", les titres anciens sont toujours aussi efficaces.

Dans la fosse, ça commence à brasser, à bouger, sous le regard bienveillant des forces de sécurité. Till devra d'ailleurs aller leur parler pour leur demander un peu plus de discrétion. L'ambiance est excellente, le public est venu faire la fête. Pas besoin de gros bras. Non, vraiment pas. "Les fils et les filles des sorcières", extrait du nouvel album tout juste sorti, est bien la preuve que les GxP n'ont pas vieilli. Cri de rage contre les lourdauds, les agresseurs de tous poils, ôde au féminisme et à tous ceux et celles qui hurlent contre les agressions sexistes trop fréquentes. Mise au point avec le public, pas touche. Quand c'est non, c'est non.

Concert, Punk, Ska, 2017

Comme toujours avec les GxP, la décontraction sur scène est totale. Les vannes fusent entre Till et Antho. Petit moment marrant, quand Till démonte les tristement classiques "à poil", pendant que Paul, en train de cuire derrière ses fûts, se retrouve en caleçon... On entendra bien sûr des titres de ce nouvel album, La nausée. "Golgotha", "pour niquer sa gueule aux banques et à l'église". Quelques autres aussi, avant de revenir à des classiques. Le final, sur un "Être une femme" repris en coeur par le public ("Tous les hommes sont des cons"), nous laisse avec un goût de trop peu. Guerilla Poubelle a mis le feu au chapiteau, on en aurait bien repris une petite tranche.
 

Les Ramoneurs de Menhirs


Encore une tranche de Bonheurs Inutiles, puis changement d'univers. On reste dans le Punk, hein, on ne va pas trop loin non plus! Mais cette fois-ci, la tribu qui s'annonce, menée par le barde Lorann de Bretagne, ce sont les Ramoneurs de Menhirs. Pas des p'tits nouveaux non plus. 10 ans de concerts derrière eux, encore plus avant. Et un plaisir toujours intact d'être sur scène, de communier avec un public tout acquis à la cause. Dès son arrivée, Lorann annonce la couleur : "On vient chanter pour l'esprit indomptable des derniers apaches de Paris". Et c'est parti pour "Dir ha Tan", qui ouvre également le dernier album, Breizh Anok.

Concert, Punk, Ska, 2017

Les Ramoneurs enchaînent les titres, sans fausse note. Un Plinn, pour faire le lien entre Paris et la Bretagne, le traditionnel breton et le Punk sont faits pour être mariés, il n'y a aucun doute, tant la mayonnaise prend. Le public se déchaîne, ça slamme partout, un bon gros bordel, une énorme teuf. l'alternateuf, le nom a été bien trouvé. Lorann saluera, comme à chacun de ses concerts d'ailleurs, ce super esprit, ce respect qui fait que les concerts ne peuvent que bien se passer.

Concert, Punk, Ska, 2017

Pour ce concert, les Ramoneurs jouent bien sûr des morceaux issus de la tradition bretonne, mais font également une très grande part au Punk. C'est Eric, ex-Béru lui aussi, qui se colle au chant pour ces morceaux plus bruts, même si Lorann continue à envoyer ses messages entre les morceaux. Parce que Lorann, il en a, des choses à dire. Anti-fasciste jusqu'au bout du médiator, les saillies sont franches et tranchées, tranchantes même. Contre tous les fascismes, contre le patriarcat, contre la folie d'un projet d'aéroport aux alentours de Nantes. "Sucks", reprise de Crass, hymne anti-religieux, ou le chant antifasciste italien "Bella Ciao" mélangé avec le chant historique des indépendantistes bretons de l'ARB, autre chant de liberté, font mouche.

Concert, Punk, Ska, 2017

J'entends d'ici ce que tu es en train de te dire... les Ramoneurs sont contre tout... Que nenni, bien au contraire! "Un morceau dédié aux courageux planteurs de cannabis", "Marijanig", déclenche des réactions complices dans la fosse. La loi Evin prend sa petite claque, et rentre dans sa maison. Ce soir, c'est respect, et liberté. Petite intro reggae, assez inhabituelles chez les bardes keupons, puis retour aux vraies valeurs : boîte à rythmes, énorme guitare, sonneurs, chant. Un peu plus tard, une gavotte de Fouesnant nous apprend qu'il n'y a pas que du beurre dans les galettes de Pont-Aven. "Space galetenn", chanté en breton, nous laissera cette question sans réponse, à part pour les plus érudits, qui connaissent la gavotte de Fouesnant et la langue bretonne.

Difficile de parler des Ramoneurs de Menhirs sans évoquer Bérurier Noir. La filiation directe, trois membres sur quatre sont passés dans le collectif, est pleinement assumée, et ce pour le plus grand plaisir de la salle. Lorsque Lorann annonce "Ibrahim", en hommage à tous ceux qui luttent pour un état palestinien, on sent bien que le souvenir d'un des plus célèbres groupes Punk français est toujours vivace. Et intemporel. Le morceau marche toujours autant. La thématique est toujours aussi tristement actuelle. Comment mieux propoger la colère qu'en célébrant cette messe païenne? C'est le credo des Ramoneurs, et des Bérus avant eux. Et ça fonctionne toujours autant. Aussi quand ils dégoupillent "Porcherie", c'est un hymne qui explose dans le Cabaret sauvage. Pas une ride. Et l'enchaînement avec le Chant des Partisans booste encore un peu plus cet hymne antifasciste (un mot qui retentira souvent durant ce concert d'ailleurs).

Concert, Punk, Ska, 2017

Le final, avec la "Blanche Hermine", finit en feu d'artifice. Il n'y a plus de limite, la fosse et la scène ne font qu'un. La messe s'achève, la communion est totale. Les apaches sont repus, tout le monde a tout donné. Un long moment pour les présentations de toute l'équipe, les enfants sur la scène, la banane sur tous les visages. Le Punk n'est pas mort, la tribu est toujours présente, et elle bouge encore.
 

Los Tres Puntos


Un petit passage par un sas de décompression bien mérité, un peu de mousse, quelques morceaux de Bonheurs Inutiles toujours aussi déjantés, puis c'est l'heure. Changement de registre cette fois, un peu plus marqué. Musicalement tout du moins, tant les idées et l'esprit antifasciste continue de régner en maître sur la soirée. Quittons les terres bretonnes, et allons plus au soleil. Après le Punk des GxP et des Ramoneurs, c'est au tour de Los Tres Puntos. Ska, Reggae, Rock Steady, Punk, tout se mélange, tout se danse. "La chaleur de vos voix", "ceci ne s'achète pas", le concert part sans round d'observation.

Concert, Punk, Ska, 2017

Los tres Puntos, c'est une machine de guerre. Une machine à bouger les pieds. Pogo, slam, ou simplement danse à la cool, c'est une libération des corps. 3 cuivres, 2 guitares, basse, batterie. Un son mitonné aux petits oignons. Il y a bien cet ampli qui lâche, il faut un peu de surprise, mais le changement se fait quasi instantanément. Le Cabaret sauvage annonçait complet pour la soirée, et le public n'est pas venu opur regarder pousser les salsifis. Ça danse à tous les étages, aux sons des ryhtmiques saccadées, au soleil qui irradie de la scène.

Concert, Punk, Ska, 2017

Petit break accordage, le public scande "Los Tres Puntos". pas de temps mort, faut que ça enchaîne. Quelques morceaux méconnus, issus du dernier album dont les premiers extraits sont préciseusement rangés sous les perf', solos de cuivres, rock steady beat... Pas besoin de radiateur malgré le froid extérieur, il fait chaud sous le chapiteau.
 

Concert, Punk, Ska, 2017


"L'alternatif, c'était pas mieux avant. L'alternatif, c'est maintenant et demain. Dédicace aux afficionados". Que rajouter à ce cri de raliement? Pas grand chose! 23 ans que les Los Tres arpentent les scènes du monde entier, qu'ils pratiquent leur art de la fête alternative et combative, qu'ils sont de toutes les luttes pour les libertés. Alors quand ils reprennent "Les sentiers de la gloire" de Ludwig Von 88, c'est tout simplement naturel. Bon c'est vrai que ça fait quelques années déjà que ce titre est au répertoire, mais quelle évidence...
 

Concert, Punk, Ska, 2017


La soirée se termine à 23:00. Un dernier morceau, "Pas l'Armée", repris par un Cabaret à mille pattes qui bougent, des étoiles dans tous les yeux un peu embués, et l'impression d'avoir assisté à quelque chose de grand. Los tres Puntos ont délivré un spectacle total, une énergie, une joie, avec une grande intelligence. Et pour clore le spectacle? Le public qui reprend "El pueblo unido jamás será vencido" (Le peuple uni ne sera jamais vaincu), cri de lutte antifasciste chilien... La boucle est bouclée.

Pour suivre l'actualité des groupes de la soirée :
Guerilla Poubelle est visible sur Facebook et sur leur site web.
Les Ramoneurs de Menhirs ont une page web.
Los tres Puntos ont une page Facebook et un site web.

Photo Guerilla Poubelle : Yannick Krockus
Photos Ramoneurs de Menhirs, Los Tres Puntos : Alice de Bonnechose
Tous droits réservés

Merci à Sherep.
 



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