Monster Magnet – Powertrip (1998)

Dans la série « 20 ans déjà »… Car oui, c’est bien le 16 juin 1998 que sortait l’imparable Powertrip, album remarquable et pourtant bien différent du reste de la discographie du monstre aimanté, de sorte qu’un petit retour en arrière peut s’avérer judicieux et permettra peut-être à certain(e)s de redécouvrir un classique.

1998, Dave Wyndorf, maître d’œuvre du groupe, se montre assez désabusé au moment de présenter son quatrième album à la presse. Car malgré l’unanimité critique, le précédent, Dopes to Infinity, n’a pas marché. En tout cas, pas autant que ses géniteurs l’espéraient. Et on sent que le leader en a gros sur le cœur… On ne va pas refaire le match, il ne faisait pas bon ressembler à un rocker chevelu en 1995. Le métal extrême d’un côté, le heavy à l’ancienne de l’autre, le stoner en était encore à ses balbutiements, le rap et l’électro règnent en maîtres. Dopes…, album de rock psyché dopé aux 70s, n’a alors pas sa place sur l’échiquier. D’où un changement de politique complet chez Wyndorf : plutôt que de travailler les compos à l’extrême, il s’agit ce coup-ci de trouver le truc qui fait mouche. Dès que les musiciens butent sur un titre, ils passent à autre chose. Objectif avoué : sortir un album accessible et ultra-efficace.


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Ultra-efficace, entraînant, irrésistible, Powertrip est tout cela à la fois. De sorte que l’album marque une grosse évolution pour Monster Magnet, qui délaisse ici son space rock de prédilection pour un résultat qui tranche assez avec ce qu’il avait jusqu’alors proposé. Plutôt que de tout envoyer bouler en enquillant les titres de 8 minutes (ce qu’il maîtrise à la perfection), le groupe choisit de se concentrer sur l’essence de son art. Symbole de ce changement, le single « Space Lord » est un modèle d’évidence, aussi simple que parfaitement huilé. Comment résister à ce petit riff de guitare qui introduit un groove infernal avec en point final un Wyndorf qui crache crânement :

I lost my soul when I fell to earth
My planets called me to the void of my birth
The time has come for me to kill this game
Now open wide and say my name

Space Lord Mother Mother (non, il ne dit pas “fucker », mais c’est tout comme)

 

 

Le single, dont la vidéo est largement diffusée sur les chaînes spécialisées, contribue à propulser l’album dans les charts sur la longueur : certifié disque d’or aux USA, Powertrip reste à ce jour le plus gros succès de Monster Magnet. Outre un single à succès, le groupe effectue la première partie de la tournée Mechanical Animals de Marilyn Manson, avec qui Wyndorf s’entendra très bien. Au contraire de Courtney Love. Si Hole figure également à l’affiche, Wyndorf et ses hommes, régulièrement victimes des attaques verbales de Love, s’amusent des états d’âme de la chanteuse et ont une fâcheuse tendance à régulièrement voler la vedette.


Cela étant, réduire Powertrip à un single à succès et une bonne opportunité de tournée est bien trop simpliste. Car les tubes sont légion. « Powertrip”, où le guitariste Ed Mundell enchaîne les solos furibards, “Temple Of Your Dreams”, “Bummer” avec son gros riff des familles et ses paroles inoubliables (“You’re looking for the one who fucked your mom, it’s not me”), ambiance country sur “19 Witches”, retour au rock psychédélique sur « 3rd Eye Landslide », petit orgue à l’ancienne sur « See you in hell »… Alors bien sûr, tout n’est pas parfait. L’album traîne un peu en longueur, avec une heure pleine au compteur. Quitte à jouer la carte de l’efficacité, Monster Magnet aurait sans doute pu faire plus court et aboutir à une sélection plus rassurée. Difficile pourtant de les accuser de faire du remplissage, puisque si tous les titres ne se valent pas, rien n’est à jeter non plus.

 

 

Problème : après ce succès qu’il n’espérait plus, Wyndorf ne parviendra pas à transformer l’essai avec le relativement décevant God says no (2001). Le succès (et les drogues ?) incitent également le frontman à en faire trop sur scène et il se fait notamment voler la vedette par les Queens of the Stone age qui assurent sa première partie à l’élysée-montmartre six mois avant la sortie de l’album. Les Queens qui vont s’imposer comme les nouveaux porte-étendards du rock, tandis que Wyndorf fera une overdose de médicaments en 2006 avant de revenir à son space rock de prédilection. Powertrip n’est peut-être pas le meilleur album de Monster Magnet ni le plus représentatif (qui a dit « Dopes to infinity » ?), il n’en reste pas moins une parfaite porte d’entrée vers la riche discographie du monstre aimanté, mais aussi et surtout un excellent album qui n’a pas pris une ride. 

Sorti le 16 juin 1998 chez A&M



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