The Lovely Eggs – This Is Eggland

Punk psyché, garage, rock alternatif … On pourrait décrire en quelques adjectifs génériques le rock (aucun doute là dessus en tout cas) de The Lovely Eggs. Les deux anglais savent pourtant dépasser les étiquettes et proposent avec This Is Eggland, un album ultra énergique, bien produit et pourtant, bien qu’en restant toujours fidèle à la musique de leurs débuts, assez inégal.

Depuis 2006, Holly Toss et David Blackwell produisent un rock garage très agressif, dans la lignée du retour de ce type de production dans les années 2000. « Hello I am Your Sun » qui ouvre ce cinquième album donne pourtant un ton légèrement différent : cet album sera moins brut, plus travaillé notamment pour ce qui est des arrangements.

Pour la première fois, la production n’est pas l’œuvre des membres du groupes, elle a été confiée à Dave Fridmann, notamment connu pour son travail auprès de Mercury Rev et de Flaming Lips. La qualité de l’album s’en ressent. Beaucoup plus travaillé, on y perd en spontanéité et en lo-fi ce qu’on y gagne en qualité de mixage. On y découvre aussi quelques ajouts de beats et de sons plus ou moins électroniques qui enrichissent le mix sans pour autant dénaturer l’album (« Wiggy Giggy »). Malgré tout, comme coincé dans une production désormais professionnelle, le groupe semble sacrifier une partie de son originalité.

La batterie de David reste élémentaire mais il n’en faut pas plus. « I Shouldn’t Have Said That » par exemple, dont le clip complètement psyché est déjà sorti. La simplicité, c’est aussi ce qui fait la force du groupe : duo guitare-batterie, l’association est éculée mais The Lovely Eggs savent rester sobre. La guitare est toujours tranchante, tant dans le son très lourd que dans les riffs, parfois ouvertement punk-rock (« Dickhead », dans la veine de The Hives). La force du groupe dans leurs précédents albums était de savoir parfaitement associer la guitare ultra saturée et la voix très posée de Holly sur un même morceau, de parfois casser le rythme sans aucune transition. On peut, en tendant bien l’oreille, retrouver quelques traces de cette recette (« Return of Witchcarft ») mais l’album perd beaucoup en caractère à ce niveau là.

Cet effort se veut un hymne au DIY et à un mode de vie alternatif – le couple vit toujours à Lancaster, petite ville ouvrière du nord de l’Angleterre, « une sorte de Twin Peaks en Grande-Bretagne ». Les paroles proclament la liberté de vivre comme ils l’entendent, sans se soucier des autres. Outre les histoires de sorcières très présentes dans le folklore local, This is Eggland, dont le titre est inspiré du film de Shane Meadows This is England, s’écoute comme une plongée dans les réalités sociales du pays (« I’m With You »).

The Lovely Eggs, This Is Eggland, 2018, nouvel album, garage rock

This Is Eggland ne retrouve pas le souffle de ses prédécesseurs. Plaisant à écouter et souvent très efficace, la production empêche le groupe de renouer avec l’originalité et la fraîcheur que l’on connaissait au duo. Poussif sur une bonne partie de l’album, celui-ci reste une valeur sûre, notamment la première partie qui nous propose quelques morceaux forts. Malgré tout, c’est sur une pointe de déception que nous terminons l’écoute de cet album, qui ne manque pourtant pas de bonnes intentions.

Sortie le 23/02/2018  chez EggRecords / Differ-ant

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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