Gazpacho – Soyuz

Continuant son bonhomme de chemin, Gazpacho offre aujourd’hui un successeur à Molok sorti il y a un peu plus de deux ans. Si le combo norvégien ne nous avait pas totalement séduit avec ses dernières réalisations (depuis March of Ghosts finalement), à travers une musique toujours plus éthérée et délaissant les mélodies au profit des ambiances, qu’en est-il de ce nouvel album ?

Le premier élément de réponse se trouve dans le titre d’ouverture, « Soyuz one ». Si le début du titre semble laisser de nouveau beaucoup de place aux ambiances, rappelant par ailleurs le projet solo de Mariusz Duda, Lunatic Soul, l’apparition du chant lancinant de Jan-Henrik Ohme rassure. Toujours plaintif et sur le fil du rasoir, le vocaliste durcit le ton dans la seconde moitié du titre, accompagné de ses acolytes et notamment des guitares plus mordantes de Jon-Arne Vilbo. Ce dernier brille d’ailleurs sur des arpèges cristallins à la Steve Rothery (« Hypomania », « Fleeting Things »), accompagné par les notes de piano subtiles de  Thomas Andersen, tout en alternant ponctuellement avec des refrains plus puissants (« Hypomania », le final de « Soyuz Out ») ou des soli mélodiques (« Emperor Bespoke »).

On sent chez les Norvégiens une envie de se démarquer des autres combos de rock progressifs et post-rock, en proposant une musique difficile d’accès, toujours cinématographique à base de soundscape (« Exit Suite », l’introduction de « Soyuz Out »), où dominent claviers et cordes. La batterie est également moins présente sur l’ensemble de l’album, peut-être en raison du départ de Lars-Erik Asp (batteur de la formation depuis Missa Atropos) pendant le processus de composition, ce dernier ayant depuis été remplacé par Robert Johansen, qui avait déjà joué dans Gazpacho entre 2004 et 2009. Les lignes mélodiques évitent également la facilité, comme c’est le cas sur le couplet d' »Hypomania », qui risque d’en déstabiliser plus, avant de proposer un refrain plus classique.

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Cette expérimentation est également flagrante sur « Fleeting Things » où les nappes et les sonorités crépusculaires (à l’image de la pochette de l’album) se mêlent à la voix d’Ohme, ou sur la partie finale de « Soyuz Out » et ses plans de guitare jazzy en arrière plan (à 11:10).

Avec une musique toujours plus contemplative et intimiste, la démarche artistique est certes osée et à saluer, mais Gazpacho ne parvient plus autant à jouer avec nos émotions comme il savait le faire brillament sur Night, Tick Tock ou Missa Atropos. Soyuz contient de très bons moments et reste un bon album, mais il manque parfois ce supplément d’âme et d’émotion capable de transporter l’auditeur vers un autre monde. Toutefois, à ce jeu là, le dyptique Soyuz (« Soyuz One » et « Soyuz Out ») ou « Emperor Bespoke » (qui rappelle parfois Marillion, notamment avec un très beau solo de guitare) parviennent à provoquer des frissons non contrôlés chez l’auditeur. Sur le titre fleuve « Soyuz Out », les choeurs d’enfant rajoutent clairement un plus à ce titre qui se hisse au niveau d’un « The Walk » ou d’un « Massive Illusion ».

Malgré ses qualités, Soyuz reste inégal, oscillant entre d’excellents titres (« Emperor Bespoke », « Soyuz One », « Soyuz Out ») et d’autres qui manquent parfois d’un soupçon d’agressivité et d’émotion pour réellement accrocher l’oreille (« Exit Suite », « Sky Burial »). Reste que Gazpacho maîtrise son sujet et se place toujours en ovni sur la scène progressive, refusant la facilité, préférant un musique intimiste et personnelle, à son image finalement. Et ça, ça n’est pas donné à tout le monde.

Sorti le 18 mai 2018 chez Kscope

Photographies : DR

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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