TINALS – Jour 1 – Moaning, Warmduscher, Jesus and Mary Chain…

01/06/18 – Le This Is Not A Love Song Festival reprend, cette année encore, ses quartiers dans l’enceinte de Paloma, complexe nîmois calé entre un aérodrome et un Mc Donald’s. Trois scènes extérieures, une grande intérieure, un patio, une love room, de multiples stands, un décor travaillé et surtout, une programmation enthousiasmante offrent aux festivaliers une expérience totale sur trois jours.


MUMMY’S GONE

C’est un groupe nîmois, Mummy’s Gone, qui ouvre les festivités. La programmation de ce trio en ouverture est un parti pris assez étonnant, mais qui peut jouir d’un certain charme : une agréable mélancolie introductive prend à rebrousse-poil les spectateurs désireux de se rentrer dans le lard dès le début. Un violoniste et un batteur-claviériste enrobent des titres basés sur quelques gratouillements de guitare électro-acoustique et une voix chuchotée-chantée dans la tradition de Mark Lanegan. Le rendu n’est pas d’une originalité folle, ni particulièrement entraînant, mais se laisse écouter.

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PETER PERRET

Cette année, c’est Peter Perret qui inaugure la Grande Salle. Pendant que chacun y va de sa blague chuchotée à l’oreille de son voisin « j’espère qu’il va jouer Le Zizi / Lily / n’importe quel titre de Pierre Perret », l’ancien meneur des Only Ones entre en scène dans son ensemble de cuir rouge, lunettes noires sur le pif, entouré de sa petite famille, fils et belles-filles. Le charisme lancinant du type se ressent immédiatement, la prestance du mec qu’a pas mal bourlingué. La voix de Perret n’a pas bougé depuis la fin des 70’s, quand sortait le premier album éponyme des Only Ones, mais c’est sans doute qu’il avait déjà une voix de vieux à l’époque.

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Malgré une tentative de modernisation timide à coups de synthés contemporains en arrière-plan, et une certaine recherche sonore, comme avec cette jeune femme tapant sur une batterie recouverte de ce qui pourrait être des torchons volés à sa grand-mère, ou le violon de l’autre côté de la scène, une utilisation intéressante de toutes ces textures, la composition globale n’est pas folle, se repose sur des astuces un peu usées ; mais le charme fou qui émane de cet ensemble dépasse tout de même ces considérations. Le concert se termine sur deux titres des Only Ones joués vraiment pour être sympa, un « Another Wolrd, Another Planet » qui semble trop obligatoire pour être convaincant, et un « The Beast » déjà plus investi.

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DYGL

On se fait harponner à la sortie de la Grande Salle : DYGL joue dans le patio, une toute petite scène montée dans une cour, présentant le double intérêt de laisser à portée de main du festivalier à la fois artistes ET bières. Comme l’an dernier, le charme opère : il est extrêmement intéressant de voir des artistes habitués à prendre possession de scènes de plus grande ampleur, comme ils en auront l’occasion pendant le festival, évoluer dans un espace si restreint ; ils sont instantanément mis en valeur, paraissant des géants, leur charisme débordant de cette boite trop petite.

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C’est le cas pour DYGL, qui impose une présence charismatique. Le groupe japonais a vraiment quelque chose d’attachant, et si ses morceaux garage-rock ne brillent pas par une originalité à toute épreuve, il sait les rendre attractifs par une interprétation dynamique et joyeuse. Le public sollicite un rappel, qui ne viendra pas, le planning est semble-t-il trop serré.

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WARMDUSCHER

A 21h30, Warmduscher est programmé sur la scène Mosquito, plus petite des trois scènes extérieures, laissant la place aux débordements d’amour et de furie par la proximité laissée entre artistes et public, puisque aucune barrière ne sépare la foule des planches. On avait appris par l’un
des membres de l’agence de booking s’occupant du groupe que Saul Adamczewski, guitariste autant génial que maudit de la Fat White Family avait été évincé de Warmduscher quelques jours plus tôt, ce qui avait probablement entraîné l’annulation du concert de Insecure Men, son autre projet, qui devait également jouer ce soir, à minuit trente. L’attente pour Warmduscher est donc forcément énorme pour un public frustré, Saul étant manifestement autant aimé par des fans en manque d’icônes trash que haï par ses collègues de travail.

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Deux Fat White sont présents tout de même, le second guitariste et le dernier batteur en date, ainsi que Ben Romans-Hopcraft, membre de Insecure Men, à la basse. La claque annoncée n’arrivera jamais : un trop mauvais son empêche les spectateurs de rendre au groupe l’énergie qu’il dépense, et celui-ci s’efface petit à petit. Les titres sont globalement bons, mais la folie nécessaire à leur bonne interprétation manque cruellement – ce qui n’est pas étonnant lorsque le groupe s’ampute lui-même de sa figure la plus charismatique.

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L’un de nos infiltrés demandera à Ben Romans-Hopcraft la raison de l’absence du guitariste ; réponse, d’un air blasé au milieu d’une flopée d’éloges et compliments : « Saul is an asshole ».

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Pendant que Warmduscher termine son show, Beck fait chier tout le monde avec ses conditions photo. On n’en dira donc rien du tout, si ce n’est qu’on s’en est allé assez vite pour écouter un bout de Flat Worms sur la Bamboo. C’est de toute façon toujours plus la fête chez les outsiders ; rassemblement de marginaux heureux d’en être, ici et pas chez les marginaux mainstream des grandes scènes. Le son n’est toujours pas bon, on n’entend que la grosse caisse, mais c’est sec, rugueux, sans chichis et chapeau de pasteur américain.

MOANING
 

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Moaning prend le relais sur la Mosquito, pour un show tranchant et énergique, proposant une contradiction prenante entre une voix délibérément monotone et de grandes envolées noisy, une bipolarité parfaitement maîtrisée et séduisante. La section rythmique est créative, ne laisse aucun temps mort, compense la perte de la guitare rythmique lorsqu’elle se fait soliste par un remplissage intelligent des espaces, on est captivé.

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La présence sur scène a elle aussi son côté fascinant Sean Solomon, chanteur guitariste, est un frontman impeccable, transpire sans restriction dans son t-shirt Bart Simpson qui se tord dans tous les sens. Il s’agit sans doute du show le plus intéressant de la soirée, d’une indiscutable fraîcheur, et d’une évidente envie d’en découdre ; tout est joué avec un investissement maximal, c’est impeccable et renversant.

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THE JESUS AND MARY CHAIN

Insecure Men ayant donc annulé sa venue, on termine la soirée avec un show acceptable de The Jesus and Mary Chain. On avait l’habitude au TINALS d’être déçu par les têtes d’affiche de vieilles gloires sur le retour programmées à cette heure de la soirée, des concerts ennuyeux à quelque exceptions près, si bien qu’on ne s’étonnait même plus de se retrouver au bar, à regarder en baillant une pinte dans la main les festivaliers quitter la fosse petit à petit pour aller se coucher.

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Ici, le gang des frères Reid fait un peu mieux, joue exactement de la façon qu’on attendait d’eux, les chansons, simplement, proprement, sans esbroufe ni fait d’arme à signaler. Le groupe s’impose par une anti-prise de risque manifeste, ne déçoit pas spécialement, mais n’enthousiasme pas non plus.

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Cette première journée constitue donc un démarrage assez poussif pour ce cinquième TINALS, qui aura tout de même joué de malchance avec l’annulation d’un groupe important ; ça ne sera d’ailleurs pas la seule, puisque que Big Freedia, dont le concert était prévu pour le samedi, a dû annuler sa venue, ainsi que Prettiest Eyes, groupe américain prometteur signé sur le label de John Dwyer des Oh Sees qui avait décommandé avant même la répartition des groupes par journée. On s’en sort donc assez bien, avec un démarrage un peu mou du genou, mais de qualité, et laissant la place de point culminant du festival à un deuxième jour prometteur.

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Crédit photos : Thomas Sanna



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