Bertrand Cantat au Zénith de Paris le 7 juin 2018

La soirée s’ouvre avec Belfour, un duo parisiano-clermontois qui, du haut de ses huit ans d’existence, a parfaitement rodé son rock français minimaliste. La chanteuse et le guitariste chauffent doucement la salle à coups de phrases qui font parfois mouche (« Je couche ma colère à la porte, priant pour que personne ne sorte » dans « Juste une seconde ») et de riffs que n’aurait pas reniés un certain groupe bordelais des années 90, pendant que leurs machines libèrent des rythmes ambiants sous l’éclairage tamisé du Zénith.
Les lumières se rallument, la salle n’est clairement pas remplie à toute sa capacité mais bouillonne comme un stade. L’attente sera un peu longue avant que le symbole de l’album « Amor Fati » ne soit projeté en fond de scène, dans le trou virtuel d’un mur géant qui surplombe les instruments. Soudain : noir complet et cris.

Deux heures plus tard ou six jours après : que veut-on retenir du concert de Bertrand Cantat au Zénith de Paris ce 7 juin 2018 ? Réponse mot par mot :

Que veut-on ?

Sans doute la plus grosse question qui entoure l’ancien chanteur de Noir Désir depuis quinze ans. Au-delà de l’état de cette tournée, récemment conclue dans la précipitation, de ces papiers, de ces témoignages, de ces images, de ces com' Facebook des uns contre, des autres pour, celui qui achète son billet a sans doute une petite idée derrière la tête : entendre les chansons mythiques d’un groupe qui a marqué une génération, ou au moins son champion. Mais en ex-leader de la formation qui a amené « Un Jour En France » ou « Le Vent Nous Portera » à la musique française, Cantat n’abusera pas de cet héritage. Une très grande partie du show est construite sur les titres d’Amor Fati, récent disque sorti sous son nom, et de Détroit, exercice à quatre mains réalisé en 2013 avec Pascal Humbert, doux et increvable bassiste toujours présent sur scène. Si la tournée de Détroit pompait allègrement sur le répertoire de Noir Désir, au point de sortir un double album live très oubliable, Cantat fait maintenant peser son écriture personnelle. Bien sûr, « Tostaky » et « L’Homme Pressé » seront de rigueur, sans être les moments les plus forts du concert. Surprise, « Lost » et « Ici Paris » sont ressorties et affinées. Le public, lui, ne s’est pas trompé sur la marchandise et chante autant les paroles d’Amor Fati et de Détroit que « les autres ». Bluffant.

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Le concert ?

Un déluge. On peut faire la fine bouche en trouvant le milieu du concert trop mid-tempo ou la setlist pas à son goût propre, Cantat et les siens ont joué avec une inébranlable conviction, sans cesse sur un équilibre entre explosion et tension à peine nuancé par une légère douceur. Les couleurs sont variées : nappes de synthé, contrebasse et thérémin viennent jouer avec le feu rock. Dès «Amor Fati» catapulté en deuxième, on est rassuré de voir que les chansons de cet album, qui avait moyennement convaincu les critiques, ont une vraie poigne sur scène. « Excuse My French » et « Silicone Valley » sont jetés avec acidité, et même les faiblards « Les pluies diluviennes » et « J’attendrai » ont des airs salutaires de Des Visages, Des Figures. « Sa majesté », rescapé de Détroit, est expédié efficacement, et « Ange de désolation » dégage une émotion qui suspend tout commentaire. D’ailleurs, après « Ma muse », ce sera l’heure de tailler dans du Désir jusqu’au premier rappel. Là encore, le délicat « Anthracitéor » et « Aujourd’hui » font les trouble-fêtes qui imposent l’univers Cantat au milieu des riffs nostalgiques. Conclusion sur un « Marlène » acoustique, simple. Rappel 2. Conclusion sur un « Comme Elle Vient » acoustique, que le public fait durer 10 bonnes minutes. La salle se rallume.

Bertrand Cantat ?

Si ce live a redonné du mordant à des morceaux d’Amor Fati qui n’ont pas fait l’unanimité, il en a aussi donné au chanteur. Pas la peine de rapporter ici les mots dits sur scène, le reste de la presse informera assez qui veut savoir combien Bolloré et d’autres cibles ont pris cher dans la bouche du Bordelais, qui parle d’une « boule dans le ventre » avant de s’exprimer sur ses Olympia annulés. En roue libre mais toujours juste, il souffle tout le monde en demandant aux premiers rangs de faire attention à ceux qui sont écrasés par les pogos contre les barrières de sécurité : « On va encore dire que c’est de ma faute ». Pendant les chansons, il se hisse sur les enceintes de retours, apostrophe de ses paroles sur « l’état du monde » ou la surenchère d’informations libérée par les grandes entreprises informatiques. « A l’envers à l’endroit », diatribe poétique exhumée du répertoire de Noir Désir mais toujours d’actualité sonne à l’ancienne mais juste. Impossible de nier son talent d’interprète et de meneur de jeu, encore plus visible sur ses titres en solo sur lesquels il s’amuse et se propulse que sur un inévitable « Tostaky ». Peu avant le rappel, il s’éclipse un bon moment en coulisses, le temps de laisser le soin à Pascal Humbert de présenter longuement les musiciens et de donner une voix plus apaisée au concert. Cantat quittera définitivement la scène au bout de dix-huit chansons sur ces mots sur lesquels on peut jaser tant qu’on veut : « Merci pour tellement d’années ! ».

« Ceux qui sont là pour de mauvaises raisons, vous pouvez sortir » : si cette phrase lâchée entre deux morceaux a été relayée par les médias sous un jour complètement hostile, c’est pourtant ce qui colle le mieux à ce concert au Zénith. Il fallait savoir pourquoi on venait, car une chose est certaine : Bertrand Cantat a offert ce soir bien plus que ce qu’il est dans la presse, et bien mieux qu’une gloire usée du rock français. « Donnez-vous mais ne vous rendez jamais » : le chanteur a appliqué à la lettre les paroles d' « Aujourd’hui ».

Par notre gros envoyé spécial : Palem Candillier



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