No One Is Innocent + Fabulous Sheep au Plan le 9/6/2018


Après avoir sorti un album incendiaire, Frankenstein, en mars dernier, les No One Is Innocent sont retournés là où ils sont les meilleurs, sur scène. Dans la salle du Plan à Ris-Orangis pas tout à fait pleine mais chauffée à blanc, le groupe s’est une fois de plus donné corps et âme à sa musique, transcendant ses morceaux engagés en une communion avec un public acquis à sa cause.

Fabulous Sheep


Le rock n’a que peu d’estime pour les horaires, c’est probablement la raison pour laquelle le concert commence avec une bonne demi-heure de retard. Alors que le public commence à s’impatienter, Fabulous Sheep arrive enfin sur scène. Quand ils prennent possession des lieux, on a l’impression d’avoir affaire à un groupe britannique : le batteur Jack Pernet a visiblement piqué sa coupe de cheveux à un des frères Gallagher, Piero Berini, l’un des guitaristes, doit avoir un lien de parenté avec Peter Doherty, et le second, Thimothée Soulairol, est un hybride entre plusieurs représentants historiques du mouvement punk.

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La sensation est confortée sur les premières notes : le quintette démarre sur un morceau rageur à grand renfort de guitares abrasives et de batterie tapageuse. Si la justesse parfois très approximative du chant peut renforcer l’aspect brûlot punk UK, aucun groupe d’Outre-Manche ne chanterait avec un tel accent français à couper au couteau. Mais les Biterrois ne sont pas les premiers Français à céder à l’appel du chant en anglais alors que cela ne les rend pas plus crédible.

A part cela, le groupe délivre une prestation qui sent la rage et la sueur, authentique à défaut d’être vraiment innovante – mais il faut croire qu’en matière de rock énervé, tout a déjà été fait. La plupart des morceaux sont joués pied au plancher et transpirent l’urgence, le clavier de Gabriel Ducellier accentuant l’aspect mélodique des compositions. Les deux guitaristes et le bassiste Charles Pernet se partagent le chant, et les cinq membres participent avec enthousiasme au déferlement de cris qui viennent ponctuer les morceaux. Le groupe semble possédé sur scène, même si on sent encore parfois une certaine hésitation dans leur gestuelle scénique. Le public, au départ assez réservé, se laisse peu à peu conquérir par la fureur de la jeune formation.

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Sur certains titres, celle-ci parvient d’ailleurs à sortir du cliché du punk joué vite et fort.  Ainsi, « Hotel » commence comme une ballade pop convenue et sirupeuse, et se mue soudainement en un morceau dantesque, explosif, qui entraine alors l’auditeur à la limite de la folie. Le dernier morceau, « Kills Me slowly », est également un modèle d’hybridation entre punk et rock progressif, commençant comme une chanson acoustique à la guitare avant de finir en maelström musical, où guitares, basse, batterie, clavier et saxophone s’entremêlent et s’affrontent dans un morceau impressionnant qui part dans tous les sens mais parvient à magnétiser le public jusqu’à la fin. Sur ces morceaux, la lumière accentue d’ailleurs magnifiquement la violence latente de la musique et l’impression de démence qui se dégage des musiciens, notamment Thimothée Soulairol, impressionnant sur cette dernière chanson hypnotisante.

Setlist
People Around Me
Athenian Streets
Hotel
Suicide
Wandering souls
In this world
zoo
Kills me slowly

 

No One Is Innocent


Après cette prestation d’une demi-heure, la fosse, qui s’est remplie de façon conséquente, est prête pour l’arrivée de No One. Au bout de trente minutes, l’éclairage devient rouge, une alarme retentit, et le groupe fait son entrée sur scène sous les acclamations pour attaquer un « Djihad Propaganda » incandescent. Le titre, sorti en 2015 sur l’album Propaganda, est malheureusement toujours d’actualité, et l’interprétation enfiévrée en rend le texte encore plus prenant.
 

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« Bonsoir, on est No One Is Innocent et on fait du rock’n’roll !« . (Non, c’est pas vrai ?). Kemar est on ne peut plus agité, il arpente la scène, saute dans tous les sens. Dans la fosse en fusion, un pogo part dès le premier morceau devant la scène, et presque toute la salle s’agite.

Le groupe enchaine avec « A la gloire du marché », morceau de leur dernier album Frankenstein. Une partie du public reprend en chœur ce titre au vitriol qui conspue l’ultralibéralisme. Après 25 ans d’existence, le groupe conserve toute sa maestria pour faire s’agiter les foules sur des thèmes graves, que ce soit la crise économique ou les ravages des politiques internationales des pays occidentaux.
 

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Dès le troisième morceau, « Silencio », quelques slams voient le jour, même si leur nombre reste limité. Avant de lancer « Kids Are on the Run », le chanteur s’exclame « les vieux, on veut vous entendre faire du bruit !« , avant de demander la même chose aux jeunes. « Ils font presque autant de bruit alors qu’ils sont quatre fois plus nombreux » s’amuse-t-il. Effectivement, la moyenne d’âge tourne plutôt autour de 40 ans, et les quinquagénaires et sexagénaires sont également bien représentés, même si les plus jeunes ne sont pas totalement absents.
 

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En tous cas, jeunes ou vieux, Kemar communique beaucoup avec le public, et se dit plusieurs fois ravis de l’accueil réservé par les Essonniens. Les chansons du groupe sont suffisamment engagées et explicites pour que son leader n’en fasse pas des tonnes dans les messages politiques, préférant se concentrer sur la communion avec le public.

Il glisse tout de même quelques allusions tout au long du show. La première, et pas des moindres, consiste à faire reprendre à une foule convaincue « La jeunesse emmerde le Front National« , célèbre mot d’ordre jadis lancé par les Bérus sur « Porcherie ». Certes, ce n’est plus tout à fait exact aujourd’hui, mais « La jeunesse emmerde le Rassemblement National », ça sonnait moins bien.
 

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Le frontman revient également sur le lancement du groupe, pour introduire le titre « 20 ans », qui célébrait en 2015 l’anniversaire du groupe. « On veut vous entendre crier comme au premier jour, lance-t-il d’abord, avant de poursuivre : Les premiers cris sont toujours les meilleurs. Comme ceux qu’on poussait dans notre canap’, quand on a décidé de fonder No One, parce que le FN était à 15%, mais qu’à la télé on voyait des boys bands se trémousser« .

Malgré ce souvenir, le groupe est bien tourné vers le présent : seuls trois titres sont issus des deux premiers albums du groupe, alors que l’écrasante majorité provient des deux derniers albums. Mais le public a bien suivi l’évolution du groupe et reprend avec véhémence toutes les chansons.
 

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Si Kemar est survolté – il se jette même dans la fosse pour y interpréter le début de « Liar » -, ses comparses ne sont pas en reste, et chacun a droit à son moment de gloire. Les gratteux arpentent énergiquement la scène. En plus d’enchainer les solos impeccables, Shanka use de sa guitare comme d’un micro distordu pour certaines parties vocales – il aura même droit à plusieurs minutes seul en scène pour entremêler les deux pratiques avec virtuosité. Poppy plaque des riffs rageurs tandis que Gaël martyrise ses fûts. Quant à Bertrand à la basse, il fait preuve d’un groove incroyable. Et le groupe montre, s’il en était encore besoin, ses talents, en reprenant avec brio « Bullets In My Head », de Rage Against The Machine, pour une version qui n’a rien à envier à l’originale. Alors que l’heure de la fin approche, le groupe procède à son rituel immuable depuis plusieurs années en faisant monter plusieurs dizaines de personnes sur scène pour mettre l’ambiance le temps d’un morceau.
 

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En guise de rappel, l’hommage à Mohamed Ali, suivi de celui à Charlie Hebdo, dont le chanteur profite pour envoyer ses pensées à leurs « amis de Charlie Hebdo, du Bataclan, à ceux de Madrid et Bruxelles, tous ceux qui ont souffert de ces fils de putes de Daesh« , avant d’évoquer aussi ceux qui souffrent des décisions sur la scène internationale des gouvernements occidentaux. Le morceau est balancé avec les tripes, et permet à Gaël de laisser sa place à son fils. Le groupe conclut sur « Chile », un morceau qui représente pour Kemar « la résistance, qui est peut-être en vous, celle de Pablo Neruda ou de Salvador Allende« . En No One, en tous cas, elle est toujours vivace, et vraiment pas près de s’éteindre.

Setlist
Djihad Propaganda
A la gloire du marché
Silencio
Kids Are on the Run
Desperado
Nomenklatura
Les revenants
Frankenstein
La peau
Solo de Shankar
Bullet
Liar (La machine à rêver)
Drugs
20 ans
Rappel
Ali
Charlie
Chile

Crédits photo Fabulous Sheep : Julien Pernet
Crédits photo No One Is Innocent : @P. Raskal

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