Parquet Courts – Wide Awake

En quelques années d’existence, Parquet Courts est devenue la sensation du rock indé brut de décoffrage made in U.S. Le groupe sort ses albums à la même vitesse qu’il joue ses chansons, puisque un disque par an nous arrive en moyenne de Brooklyn. Pour ce septième album en onze ans d’existence, le quartette propose un opus toujours pied au tranché, mais un peu plus travaillé que ses prédécesseurs.

Parquet Courts n’a jamais eu pour ambition de faire dans la dentelle et s’est fait connaître pour son punk garage rêche et dénué de subtilités. A la première écoute de ce Wide Awake, l’auditeur se sent en terrain familier, un peu trop peut-être : le groupe enquille les morceaux énervés à toute allure, en parsemant le disque de quelques ballades pour montrer qu’ils sont capables de changer un peu de registre.

Le timbre d’Andrew Savage, très reconnaissable, donne toujours sa patte au groupe, mais au fil des années, il ne semble pas que le chanteur ait daigné travailler sa voix – après tout, c’est bien connu, les punks ne s’embarrassent pas de chanter juste. On a donc droit, que ce soit sur le morceau d’introduction « Total Football » ou sur d’autres comme « NYC Observation ». La voix rauque et rêche de Savage, si elle peut s’avérer fatigante à la longue, réussit tout de même à hypnotiser l’auditeur sur la plupart des morceaux.
 


Derrière, les guitares de Savage et Adam Brown rugissent à toute allure, la basse de Sean Yeaton assure son groove avec non moins de férocité, et la batterie de Max Savage se déchaine à cent à l’heure. Le groupe s’adoucit parfois un peu, comme sur « Normalization », qui ressemble à un titre dansant des Hives en un peu plus garage.

Si l’ensemble évoque le plus souvent le punk des années 70 et 80, l’album possède en fait plusieurs facettes que l’on découvre progressivement. Sur certains titres, le clavier assure une présence importante, qui enrichit la texture des chansons. Le groupe présente aussi un bon nombre de ballades (quasiment un tiers de l’album), dans lesquelles le chanteur délaisse son chant écorché et éraillé pour offrir une interprétation plus en rondeur, qui, il faut l’avouer, lui va plutôt pas mal (cela s’entend particulièrement sur « Freebird II »). Il a même sur certains titres une voix qui évoque les crooners : sur « Tenderness », « Death will Bring Change » et plus encore sur « Back To Earth », qui déploie une ambiance sombre et vénéneuse.
 


Toujours côté vocal, le groupe use beaucoup de chœurs qui viennent contrebalancer la sécheresse du chant ou offrir une complémentarité. Ils permettent aussi d’emmener le groupe sur d’autres rives, comme les voix de « Mardi Gras Beads » qui semblent faire écho au surf rock californien des années 60.

En mixant toutes ces influences, Parquet Courts aboutit à des morceaux comme « Almost Had to Start a Fight », qui commence comme un morceau incendiaire punk avant de prendre un envol plus pop grâce à des chœurs aux envolées lyriques. Dans un autre registre, « Violence » dégage une véritable violence sourde, à peine rentrée, dans lequel les imprécations du chanteur affrontent des chœurs beaucoup plus en rondeur pour donner un titre lancinant. Et puis le groupe se risque dans « Wide Awake » à un titre qu’on croirait enregistré pendant le carnaval de Rio, pour un résultat dansant et groovy au possible.
 


L’album se révèle donc de moins en moins monolithique au fil des écoutes. Il s’agit assurément d’un bon cru de Parquet Courts. Si le groupe ne se réinvente pas vraiment, il se renouvelle tout de même sous certains aspects. On peut espérer que le groupe finisse un jour par totalement exploser les fondations sur lesquelles il s’appuie depuis 2010, mais on peut aussi considérer que celles-ci sont suffisamment solides et jouissives pour que le groupe se repose avec conviction dessus, en ne modifiant que des détails cosmétiques de son rock enragé.

Tracklist
1- Total Football 04:01
2- Violence 04:05
3- Before the Water Gets Too High 04:05
4- Mardi Gras Beads 02:43
5- Almost Had to Start a Fight/In and Out of Patience 03:14
6- Freebird II 02:55
7- Normalization 02:11
8- Back to Earth 03:54
9- Wide Awake 02:38
10- NYC Observation 01:22
11- Extinction 01:41
12- Death Will Bring Change 02:42
13- Tenderness 03:06

Sorti le 18 mai 2018 chez Rough Trade

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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