Steven Wilson à  l’Olympia – 07/07/18

Deux semaines après un avant-goût exceptionnel au Hellfest, et un passage auquel on aurait adoré assister au Château de Tilloloy, Steven Wilson et sa bande envahissent pour la seconde fois de la tournée l'OlympiaPreuve que To The Bone apporte une fois encore à son créateur un rayonnement populaire certain et,  que le rock progressif a de beaux jours devant lui, tant les dates s'enchaînent en faisant salle quasi-comble à chaque fois (ici, il n'y a que quelques gradins bien éloignés qui sont vides).

To The Bone, Hand Cannot Erase, Nick Beggs, Porcupine Tree, Blackfield

"Sincere, Ego, Truth, Information, Life, Father, Religion, Death, Enemy, News, Disinformation, Lie, Compassion, Security, Fact, Family, Love"... Des mots disséminés sur des images pleines de sens jouent avec leurs multiples lectures. On annonce la couleur, cette soirée va parler de spiritualité, de quête initiatique, de désespoir et, comme nous le dira Steven en fin de concert, l'espoir : "Je suis quelqu'un qui raconte des histoires tristes, mais je suis clairement quelqu'un de positif". Sachant que conter des histoires n'est pas forcément chose aisée quand on propose en sus une musique complexe pour accompagner sa narration, les nombreuses vidéos qui accompagnent les morceaux offriront un apport visuel loin d'être dédaignable. Que ce soit via une projection sur un voile (le même qui sert à nous faire sentir la présence de Ninet Tayeb à travers la pièce sur "Pariah", comme ça avait déjà été le cas en début de tournée) ou par l'écran en fond de scène, beaucoup de visuel rajoutant indubitablement aux émotions générées par les titres.

To The Bone, Hand Cannot Erase, Nick Beggs, Porcupine Tree, Blackfield

Et s'il n'y avait que ça à regarder. Sur scène, si c'est un peu plus sage qu'en festival, les musiciens s'en donnent à cœur joie. Ceux qui bougent moins ressentent, ceux qui bougent (principalement Nick Beggs et Steven Wilson) n'y vont pas de main morte. Il est d'ailleurs étonnant de voir autant de mouvement de la part de musiciens de rock progressif, les lignes techniques à exécuter demandant une concentration qui nous fait pardonner aisément des prestations plus statiques. Surtout que le challenge ici a du galon. Pour ne pas tomber dans la redite et surprendre ceux qui étaient déjà venus au dernier Olympia, la setlist est changée, des morceaux que le groupe n'a pas pris le temps de répéter convenablement, selon ses propres dires, sont interprétés.

To The Bone, Hand Cannot Erase, Nick Beggs, Porcupine Tree, Blackfield

Et on n'en aura jamais réellement conscience, tant l'aise musicale ne se laisse à aucun moment abattre. Ceux ayant loupé la tournée précédente verront Hand.Cannot.Erase largement représenté - on ne va pas s'en plaindre, tant l'album est exceptionnel - sans que To The Bone ne soit laissé de côté (seuls deux titres de l'album ne seront pas joués). Ceux ayant découvert l'artiste avec le dernier album découvrent la déroute de titres plus instrumentaux, plus sombres et aux rythmiques plus agressives. Ironisant sur le fait qu'un public assis aura plus d'aise à s'imprégner de morceaux dépressifs, Steven Wilson joue avec les ambiances, des clips qui distillent les histoires qu'il conte, et l'ascenseur émotionnel est constant.

To The Bone, Hand Cannot Erase, Nick Beggs, Porcupine Tree, Blackfield

Surtout, chaque musicien est mis en avant. Que ce soit Craig Blundell et ses breaks hallucinants sur le final de "Ancestral", Adam Holzman et Alex Hitchings et leurs solos étourdissants sur "Home Invasion", on s'en prend plein les oreilles, que ce soit dans les passages calmes où la virtuosité des musiciens s'envole et se ressent, ou dans les passages techniques, rapides, où chacun nous montre qu'il est en terrain conquis, sur une aire de jeu sur laquelle il peut laisser exploser tout son talent. Steven Wilson et Nick Beggs règnent en maîtres sur cette joyeuse fanfare, et si le chanteur est seul maître à bord des compositions, c'est clairement le bassiste fou qui donne le ton sur scène. Une attitude décalée qui finit par déteindre sur ses comparses, dont un Wilson beaucoup plus détendu et amusé qu'il n'aurait pu l'être il y a quelques années. On ne le dira jamais assez, ce monstre technique que tout le monde s'arrache a définitivement une présence et une classe unique.

To The Bone, Hand Cannot Erase, Nick Beggs, Porcupine Tree, Blackfield

L'humour ne sera jamais absent des interventions de Steven Wilson. Souvent longues (avec un concert qui avoisine les trois heures, il peut se le permettre), ces dernières sont empreintes d'un humour pince-sans-rire, très anglais, qui rend facilement tout le monde hilare si tant est que l'on comprenne les phrasés shakespeariens. Wilson se moque avec une pointe de cynisme de ceux qui filment avec leur téléphone, nous donne les résultat de Russie-Croatie entre les titres en nous rappelant qu'à vrai dire, on s'en fout, la bonne humeur est là. "Il y a deux semaines au Hellfest, je savais au moins une chose : je ne devais en aucun cas jouer "Permanating". Demain je vais aller jouer pour une radio dans le Sud de la France orientée très pop, et j'ai le dilemme inverse : je ne sais pas ce qu'on va jouer après "Permanating". Des metalleux d'un côté, la semaine dernière un château où passait Sting, je dirais qu'il n'y a pas beaucoup de groupes qui peuvent prétendre avoir un public aussi varié !" Et "Permanating", seul morceau où, à part sur le final, il sera demandé à l'audience de se lever, sera un franc succès.

To The Bone, Hand Cannot Erase, Nick Beggs, Porcupine Tree, Blackfield

À vrai dire, chaque morceau recevra un accueil digne de ce nom. Les fans de Porcupine Tree se sont fait une raison, le set est axé sur les travaux récents et peu nombreux sont les morceaux du groupe représentés ce soir (il y aura quand même "Don't Hate Me", "Sleep Together" et "The Sound Of Muzak", des choix loins d'être regrettés), et à l'instar de "Blackfield", joué lors de la session acoustique qui constitue le rappel, ils se mêlent parfaitement à l'ensemble du set. Tout en étant très variée, preuve étant le dernier album, l'œuvre de Steven Wilson est toujours d'une continuité cohérente, et les aficionados de certains passages trouveront toujours quelque chose qui leur parlera dans toutes les périodes de l'artiste. On est ravi de lui voir une notoriété hexagonale grandie ces dernières années, on lui souhaite la même chose partout, et pour très longtemps encore!

 

To The Bone
Nowhere Now
Pariah
Home Invasion 
Regret #9
Route
Hand Cannot Erase
Ancestral
Happy Returns
Ascendant Here On...

People Who Eat Darkness
Don't Hate Me
Permanating
Song Of I
Refuge
The Same Asylum As Before
Vermillioncore
Sleep Together

Blackfield
Postcard
The Sound Of Muzak
Song Of Unborn
 

Photos : Arnaud Dionisio. Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

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