Hubert-Félix Thiefaine à  l’AccorHotels Arena (09/11/18)

40 ans de carrière, 2h30 de concert, 30 chansons. Thiéfaine n’est pas qu’un bon chanteur, il sait aussi fêter dignement ses anniversaires. Avec une tournée de douze dates à travers les plus grande salles de France, Hubert-Félix nous invite à célebrer avec lui ses 17 cds et quelques 5 millions d’albums vendus.
Cette date à Bercy était aussi l’occasion de rejouer la fameuse date de Bercy 98, ou le chanteur avait fêté ses 20 ans de carrière, devant une fosse complète. Et si la salle n’est pas sold-out ce soir, le public est bien présent en nombre. Des milliers de corps prêts à s’émouvoir. 

Des Bercy, des grosses salles, Hubert-Félix Thiéfaine en a fait des dizaines. L’homme sait mener un public, malgré une mise en scène toujours d’une sobriété étonnante. HFT a tout Bercy pour lui, et c’est calmement qu’il arrive sur scène, un bras à peine levé vers les milliers de personnes qui l’attendent impatiemment. Derrière lui sont installés de grands panneaux de bois percés d’un grand corbeau. La scénographie est simple, encore plus que celle de la date à Bercy en 2011, ou une grande lune traversait le fond. 

Planté au milieu, le maître de cérémonie entame les premiers mots de « 22 mai », issu de son premier album. Cette tournée anniversaire est l’occasion pour HFT de sortir d’anciens morceaux, peu joués lors des deux dernières tournées consacrées aux nouveaux albums. Sur scène une dizaine de musiciens s’agite. Des violoncelles, claviers, batterie, guitare et saxophone s’activent, offrant un son nouveau dont le principal atout est de moderniser simplement les chansons. Au milieu, Thiéfaine crache sa poésie noire sans lâcher le public du regard. La fosse boit sa poésie, l’accompagnant sur les refrains, dont celui bien connu de « Les dingues et les paumés ».

« Éloge de la tristesse » crée les premières émotions fortes de la soirée. Et si les paroles ne suffisent pas, les longues notes d’un saxophone, jusqu’ici caché au fond de la scène, viennent forcer nos sentiments. Alice Botté ou encore Lucas Thiéfaine, entourent et accompagnent le maitre de cérémonie. Mais les autres musiciens, moins connus, se démarquent aussi. Notamment la violoncelliste qui fait les choeurs sur « Le jeu et la folie », prouvant que Thiéfaine n’est pas le seul génie sur scène ce soir.

Les textes nihilistes évoquant l’amour, la mort et la tristesse s’enchaînent, avec un Thiéfaine plutôt avare en discours pour le public. Il faut dire que le programme est chargé ce soir, 30 chansons, anciennes et nouvelles, et le temps file à grande vitesse. Après « La vierge du Dodge 51 », la foule offre au groupe sa première standing-ovation. Mais le concert est loin d’être fini. Pour « Septembre rose », HFT prend enfin la parole, et dédie cette chansons à Hugo, sans qui « je ne serai pas là. C’est lui qui a eu l’idée de fêter 40 ans de carrière ».

L’homme se déride et offre de grands sourires sur « Critique du chapitre 3 ». Le concert prend en intensité, avec « Loreilei sebasto cha », c’est tout Bercy qui se soulève pour crier le nom de « Loreilei« . Des mains levées, partout, hurlent comme jamais, sur d’autres titres comme « Mathématiques souterraines ». Thiéfaine continue à tenir son public, alors que le concert dure déjà depuis 1h30. Ce n’est pas la fatigue qui se fait sentir, mais plutôt un grand regain d’énergie, à chaque morceau qui se succède, avec « Confessions d’un Never Been », « Un vendredi 13 à 5h », pendant lequel son fils se met au percussions. Et quand on pensait que le niveau d’énergie ne pouvait pas plus grimper, HFT nous sort le puissant « Je t’en remets au vent ». L’une de ses ballades les plus simples, et les plus belles, pour achever son public d’un grand coup d’émotion.

Le groupe quitte la scène après 19 chansons. Le concert pourrait s’achever là, mais Thiéfaine a prévu plus. 3 rappels, 11 chansons sont encore prévues. Clairement, caller trois pauses n’étaient pas nécessaires, mais on ne peut qu’applaudir le groupe pour proposer une setlist si longue et des morcaux si rares.

Thiéfaine revient, assis sur un canapé, son fils à la guitare acoustique pour le sobre « Un automne à Tanger. » « Alligators 427 » arrive, et la salle en profite pour montrer que c’est bien de milliers de gens qui sont là, à crier « Bravo et vive la mort« . L’union du public est belle à voir, un homme se prostre même en position de prière devant la scène.

La deuxième pause dure et le public se met à chanter « La fille du coupeur de joints » pour tromper son impatience. Mais la chanson la plus connu de Thiéfaine n’est pas pour maintenant. Le groupe a encore dans son sac « Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable », preuve qu’ils maîtrisent le groove autant que le verbe.

HFT revient, une dernière fois, en commençant par un mot d’excuse. « Merci beaucoup, ces dernières années, nous avons beaucoup tourné avec les deux derniers albums. Cette tournée est l’occasion d’aller vers des périodes plus lontaines, mais nous avons oublié de jouer une chanson. » Le groupe entame « Tobbogan », de son dernier album Stratégies de l’inespoir. Un choix étonnant dans une setlist tournée vers les premiers albums, mais aussi et surtout l’occasion de voir que les nouvelles compositions s’intégrent parfaitement au milieu des anciennes.

Avec « La fille du coupeur de joint », Bercy use de ses dernières forces. Mais c’était sans compter sur Thiéfaine, qui compte bien finir la fête sur un titre plus rare. Seul sur scène, HFT lance l’étrange « Dernière station avant l’autoroute ». Un titre psychédélique, quatre phrases que le chanteur et son public vont répéter de plus en plus fort pendant quelques minutes, avant le salut final.

Thiéfaine et Bercy, c’est une histoire qui dure, enchaînant les concerts historiques. Avec son Bercy 2018, HFT a fêté sa carrière et remercié son public. Ceux qui sont là depuis le debut, et qui ont pu, ce soir, entendre des morceaux rares. Mais cette date était aussi l’occasion pour les plus jeunes d’apprécier les trésors d’une discographie longue, dont les enregistrements studios sonnent vieux et sont souvent durs à appréhender.

Sur scène, avec une dizaine de musiciens, Thiéfaine insuffle une nouvelle vie à ses compositions. Avec aussi peu qu’une grande voix, l’une des plus grandes du rock français.

Setlist :
22 Mai
Stalag-Tilt
Éloge de la tristesse
Les dingues et les paumés
Le jeu de la folie
Crépuscule – Transfert
La ruelle des morts
La vierge au Dodge 51
Septembre rose
Critique du chapitre 3
Lorelei sebasto cha
Exil sur planète-fantôme
Affaire Rimbaud
Confessions d’un Never Been
Mathématiques souterraines
Un vendredi 13 à 5h
L’agence des amants de Madame Müller
Je t’en remets au vent
La dèche, le twist et le reste

Encore :
Un automne à Tanger (antinoüs nostalgia)
L’ascenseur de 22h43
Enfermé dans les cabinets (avec la fille mineure des 80 chasseurs)
Alligators 427
Sweet Amanite Phalloïde Queen

Encore 2 :
La maison Borniol
Soleil cherche futur
Exercice de simple provocation avec 33 fois le mot coupable

Encore 3 :
Toboggan
La Fille Du Coupeur De Joint
Dernière station avant l’autoroute

Photos : Lukas Guidet, à la Halle Tony Garnier de Lyon. Toute reproduction interdite.



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