Rencontre avec Dan Maines, bassiste de Clutch

"[...] on s’est écouté le premier album [de Queen] dans la voiture, et je me suis dit « Merde ! Ce groupe est taré ! », et je me suis senti con de ne m’en rendre compte que maintenant."

C'est dans les loges de l'Elysée Montmartre, alors que The Picturebooks achève sa balance, que nous rejoignons Dan Maines, bassiste de Clutch. C'est assis confortablement dans son canapé qu'il répond à nos questions avec le sourire, malgré l'approche attendue du diner, qu'il nous soufflera espérer être un bon plat local.

Salut Dan et merci de prendre un peu de ton temps pour parler avec moi du dernier album de Clutch et plusieurs autres sujets. Comment vas-tu ?

Plutôt bien ! On arrive à la fin de cette tournée, on a parcouru toute l’Europe. Après ce soir à Paris, on joue demain à Bruxelles, puis on ira au Royaume-Uni pour la dernière ligne droite.

Hâte de rentrer à la maison pour Noël j’imagine !

Oui, ça fera du bien ! (rires)

As-tu eu un peu de temps pour te balader dans Paris ?

Non ! En tous cas pas moi, j’ai démarré ma journée assez tard, et puis il s’est mis à pleuvoir… J’aurais adoré, mais je n’ai pas vraiment eu le temps.

Book of Bad Decisions est votre douzième album déjà. Clutch joue ensemble depuis presque 28 ans. Quand tu regardes dans le rétroviseur, quels sont pour toi les principaux accomplissements de votre carrière en tant que groupe ?

Le principal est je pense le fait de pouvoir tourner et voyager comme nous le faisons. Avoir des fans incroyables qui viennent systématiquement à nos concerts et nous permettent ainsi de revenir aussi souvent que possible.

Sur cet album, c’est la première fois que vous travaillez avec Vance Powell. Comment l’avez-vous rencontré, et comment avez-vous fini par travailler avec lui ?

Je crois que son nom est d’abord venu de notre batteur Jean-Paul. On a commencé à passer en revue son catalogue, il a travaillé sur un répertoire de styles très large, très souvent avec beaucoup de succès. On aimait le son général qu’il produit, et il est très bon pour capturer des sons de guitare et de batterie très naturels. Il est aussi excellent pour capturer un son brut et live, qui est exactement ce que l’on voulait. Et il met beaucoup d’effort dans cet aspect.

Il est aussi connu pour son approche old-school de l’enregistrement et son matériel vintage : est-ce que ça a joué un rôle pour toi, et comment ça a impacté la façon de travailler du groupe ?

Carrément ! De façon générale, la façon dont il nous enregistre, en nous regroupant tous les quatre dans une même pièce pour jouer ensemble, et ensuite sélectionner la meilleure prise… C’est très différent de s’enregistrer individuellement par petits morceaux pour ensuite corriger nos erreurs. On a essayé de capturer pour chaque titre une seule prise. Ca pouvait prendre parfois 5 ou 10 essais, mais on continuait jusqu’à ce qu’on soit tous satisfaits de la dernière prise.
Ensuite, il avait un grand choix de très bons amplis de guitare parmi lesquels on a pu piocher. De mon côté, je suis arrivé en studio avec ce que j’utilise habituellement en tournée, un Ampeg SVT… Il avait un super Ampeg B-15 de 1967 ou 1969, je ne me rappelle plus. Il sonnait d’enfer ! Pareil pour Tim, il a utilisé des amplis des années 50 et 60… c’était vraiment sympa ! Ca a un peu ouvert mon esprit et mes oreilles à l’idée d’utiliser des amplis plus anciens pour nos concerts. J’avais toujours un peu peur de ça, que ça tombe en panne et caetera… Mais en fait ces machins sont super bien construits, et sont bien plus robustes que ce que je croyais.

Du coup, tu as réussi à lui en piquer un pour la tournée ?

Oui, en fait ce qui s’est passé, c’est que j’aimais tellement son ampli… On enregistrait à Nashville, donc j’ai écumé tous les magasins de musique jusqu’à ce que je trouve le même B-15 pour moi (rires).

C’est vrai que tous ces changements techniques changent pas mal le son du groupe par rapport au précédent, Psychic Warfare par exemple. Ca sonne un peu moins metal, non ?

Je n’ai jamais vraiment vu ça comme ça, je pense que ça sonne juste plus live, et plus fidèle à ce qu’on ferait si on se branchait tout de suite dans cette pièce pour te jouer un morceau. Et c’est vraiment ce dont je suis content !

Si je regarde certains titres en particulier… Il y a par exemple « In Walks Barbarella », avec une section de cuivre qui renforce le groove de la basse et de la batterie. Comment est-venue cette idée ?

Je crois que c’était une idée de Vance (Powell, NDLR). Je ne me souviens pas exactement… En tous cas, Vance était excité à cette idée, et il a amené un groupe de gars avec qui il avait déjà travaillé. Il leur a envoyé l’enregistrement brut juste après qu’on l’ait fait. Ils ont rapidement enregistré quelques parties et nous les ont renvoyées. Malheureusement, j’étais déjà parti, on a fait ça le dernier jour des prises de voix de Neil. Donc j’ai loupé ça malheureusement. On était tous au courant mais on a découvert le résultat plus tard.

Et vous avez envisagé d’emmener ces gars sur scène ?

On en a parlé oui ! Mais logistiquement c’était assez compliqué, en particulier parce que ce serait pour un seul titre. Tim et moi, on essaye du coup d’adapter nos parties pour remplir le vide que ça crée – normalement tu devrais apprécier quand même le morceau ! (rires)

Vous avez aussi mis en évidence des parties de clavier assez rétro, qui m’ont rappelé les groupes revival comme Palace Of The King ou Blues Pills.

En fait, elles sont là depuis le second album de Clutch en 1995. On devait en avoir sur deux ou trois titres à l’époque. Ce sont des parties assez graves, et ce n’est pas avant la fin des années 90, qu’on a décidé d’en mettre régulièrement, même si on ne les entendait pas tant que ça. C’est devenu un peu plus proéminent sur Robot Hive/Exodus, qui est sûrement l’album le plus heavy avec des claviers dedans. Donc on a toujours un peu gardé ce fil rouge, en gardant à l’esprit que vu qu’on a pas de clavier sur scène, on ne voulait pas de titre construit autour de cet instrument.
Mais on est bons amis avec un claviériste qui vit proche de chez nous au Maryland. Il a son propre groupe, Lyin’ Eyes… Je ne sais pas si tu connais mais tu devrais y jeter une oreille ! Ils sont excellents ! Il est venu au studio pour quelques jours, et il a enregistré quelques trucs, et c’était trop bon pour qu’on ne garde pas ses pistes ! Je pense que sur scène, on est assez bons pour jouer ces pistes censées avoir du clavier sans cet instrument, tout en gardant la même énergie et l’âme du morceau.

Un autre morceau qui m’a marqué est « How To Shake Hands ». Dans les paroles, Neil explique ce qu’il ferait s’il était président des Etats-Unis. C’est une façon de dénoncer votre président actuel ?

Je crois bien qu’il l’a en fait écrite avant l’élection, même si je n’en suis pas certain. En tous cas, c’était plutôt une réponse au processus d’élection qu’au résultat de celle-ci. Il y a beaucoup de choses qui ont été dites, et qui se sont amplifiées… ça n’a pas vraiment renforcé la foi qu’ont les Américains en ce processus… Et ça coïncidait aussi avec le moment où on voulait reprendre un titre de John Lee Hooker, enfin plutôt de Ry Cooder, dans le style de Hooker. Et dans les paroles, il parle de ce qui se passerait si John Lee Hooker était président. Et du coup Neil a juste repris et adapté cette idée.

Il y a aussi un titre dédié à Emily Dickinson, la poétesse américaine. Il évoque sa vie reclue et ses phases de dépression. D’où est venue cette idée ?

Pour le coup, tout se passe dans la tête de Neil, je ne sais pas trop. Tu sais, il est diplômé en littérature anglaise, il a passé toute sa scolarité à étudier et lire de nombreux auteurs, y compris Emily Dickinson. Je ne peux donc pas vraiment t’expliquer ce qui l’a inspiré dans ce cas, le paroles sont un boulot qu’on lui laisse totalement gérer, il est bien meilleur à ça que moi ! Il a ma bénédiction (rires) !

D’ailleurs, Emily Dickinson a écrit un poème intitulé « I’ll Clutch – and Clutch »…

Je ne savais pas ! Il faudra que j’aille lire ça ! J'ai appris mon fun fact du jour (rires) !

Plus tôt, tu me disais que la tournée touche bientôt à sa fin. Y a-t-il des moments en particulier qui t’ont marqué ?

Oui, en fait cette tournée a été fantastique. On a plus plus de dates complètes que jamais…

Dans des plus grandes salles en plus !

Oui c’est vrai. Des publics très bons, beaucoup d’énergie, C’était vraiment très excitant !

Le groupe a l’habitude de changer de setlist chaque soir. Comment se passe le choix des titres avant le concert ?

C’est en fait assez simple. Je choisis en général pour le premier concert de la tournée, et ensuite, tu ne vas pas me croire, mais on le fait à tour de rôle par ordre alphabétique ! Je fais le premier, puis c’est Jean-Paul pour le deuxième concert, et ensuit c’est Neil puis Tim. On essaie de jouer des titres qui passent bien sur scène, mais aussi des titres qu’on a pas joués depuis un moment. Je pense qu’on a chacun une approche un peu différente. On a trop de titres pour vraiment arriver à remplir une heure et demie sans rien oublier… on ne peut pas satisfaire tout le monde j’imagine. Donc on essaie d’équilibrer. Les titres les plus populaires du moment, quelques raretés pour les fans endurcis…
En général on fait ce choix assez tôt dans la journée, histoire que tout le monde soit au courant quelques heures avant le concert. Par exemple si je choisis « Big News 2 » et qu’on ne l’a pas jouée depuis deux ans, les autres aiment bien être au courant pour se préparer un peu et qu’on la joue pendant la balance.

Donc vous ne répétez pas tout avant la tournée, c’est plutôt improvisé.

Oui, exactement. Il y a évidemment quelques titres qu’on n’a jamais joués sur scène, pour une raison qui m’échappe. Et ceux-là on ne les a jamais joués à part en studio !

Tu as parlé du groupe de votre clavier. D’autres groupes que tu as découverts ou que tu écoutes beaucoup en ce moment ?

C’est marrant en fait. J’ai amené mes deux fils de 12 et 14 ans voir ce biopic de Queen. Ils ont adoré ce film, et on n’a pas arrêté d’en parler. J’aime beaucoup Queen, mais je n’ai jamais vraiment creusé leur catalogue et leurs albums. Après avoir vu le film, on s’est écouté leur premier album dans la voiture, et je me suis dit « Merde ! Ce groupe est taré ! », et je me suis senti con de ne m’en rendre compte que maintenant. Comment j’ai pu passer à côté ? La production, les sons de guitare, tout est parfait !
Concernant des groupes plus récents, j’ai beaucoup écouté All Them Witches, même s’ils ne sont pas vraiment nouveaux – mais Neil m’y a un peu initié récemment. J’aime beaucoup leurs morceaux à tempo lent, les voix sont excellentes.

Merci beaucoup Dan ! Est-ce que tu as un dernier message à faire passer à nos lecteurs ?

J’espère juste que vous pourrez venir pour notre prochain concert en France, je ne sais pas quand il est programmé…

Il y a le Hellfest en juin !

Si c’est au Hellfest, aucune raison de ne pas venir nous voir alors. On vous voit là-bas, donc ! Merci à tous !
 



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