Eiffel – Stupor Machine

On attendait le retour d’Eiffel depuis leur fabuleux Foule Monstre sorti en septembre 2012. Bien sûr, entre temps, Romain Humeau offrait aux Ahuris (nom des fans du groupe) deux albums solo, en Mousquetaire. Et le voici enfin, Stupor Machine, le sixième album depuis 2001. Un album radical et marquant. 

Romain et sa bande sont généreux, même s’il a fallu attendre plus de 6 ans, avec cet album de 13 titres. Ici point de pop léchée comme avec les Mousquetaires #1 et #2 d’Humeau en solo, c’est du rock percussif, presque garage dans la forme. Certains ont commenté cet album comme un retour aux sources du groupe, Abricotine, Le Quart d’heure des ahuris… Pour nous il s’agit plus d’un album dans l’évolution et la droite lignée des très bons A tout moment et Foule monstre, ne serait-ce que par les thèmes toujours fortement contemporains et la façon sage de Romain d’observer la société. Et sans pour autant être dans un versant du rock revendicatif, Eiffel pose des constats sans jugement mais avec un certain pessimisme, c’est comme ça, notre société est hyper connectée, nous sommes dans la « Big data ». Ce qui était anticipation pour K. Dick ou Orwell, arrive aujourd’hui, la science-fiction est réaliste, et les fables de Romain se perdent dans les algorithmes…

Comme un poète maudit, Humeau évoque ce qui lui semble le plus sombre et désespérant dans notre façon de vivre en société : « Sauve les banques, mais pas la planète« , « Regarde bien, on est désespérés » (« Oui »). Avec la référence aux années 30 qui reviennent, et si l’on ne stoppe pas, « pour la mort, l’Homme est en marche« , il n’y plus rien à perdre ni à gagner. Tout en prend pour son grade, le capitalisme évidemment, les médias, les réseaux (anti ?) sociaux, et la musique également. D’où un retour à un son plus brut, pour prendre le contre-pied de l’electro-pop éthérée vocodée qui fait fureur actuellement. Et derrière tout cela, le lissage de la société qui se veut « correcte » avec ses propres codes imposés. Dans A tout moment, la rue pouvait dire non, ajourd’hui elle dit « Oui »… Et comme Romain l’indique dans le long laïus sur l’album accompagnant le dossier de presse, « C’est politique, c’est pour mieux vivre avec les autres : pas s’ennuyer, pas s’ennuyer, pas s’ennuyer… » 

Crédit photo : Carolyn Caro

Comme vous l’avez sans doute remarqué, « Oui » est pour nous le titre phare de Stupor Machine, le plus représentatif de ce qu’Eiffel dévoloppe tout au long de ce merveilleux album. Romain Humeau est un maître poète, un savant harmonique et l’un des chanteurs les plus doués de sa génération. Sans prétention, Eiffel vous fera vibrer avec ses « Chasse Spleen », « Chochos » et autre « Cascade ». Le groupe ne jouit mystérieusement pas d’une large audience, n’accède pas aux Victoires de la Musique, alors qu’il possède tous les atouts musicaux pour tous nous emballer populairement. Problème d’époque ? Probablement. Eiffel n’est pas branché, connecté comme les autres, le buzz et autres conneries, ce n’est pas leur genre. Romain Humeau aime développer, prendre le temps de comprendre et d’expliquer. Cela se ressent sur leur communication « obligée » sur les réseaux sociaux, à mille lieux des fariboles et bagatelles de la com’ habituelle 2.0. Et c’est tant mieux pour ne pas tomber dans le prémâché, dans le formaté. On a besoin de tels artistes. L’album se finit avec un divin « Terminus » sous forme de requiem où l’on nous incite à regarder, à prendre le temps de réfléchir, peut-être pour ne pas devenir affreux collectivement. A nous tous d’y faire attention.

Tracklist :

Big Data
Cascade
Manchurian Candidate
Chasse Spleen
Miragine
N’aie rien à craindre
Pêcheur Pêcheur
Hôtel Borgne
Oui
Chocho
Gravelines
Escampette
Terminus

Sortie le 26 avril chez [PIAS]

 En concert à La Cigale le 14 novembre

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NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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