The Black Keys – Let’s Rock

C’est un des événements de la planète musicale de 2019. The Black Keys accouchent de leur déjà neuvième album, fruit du travail consécutif au hiatus salvateur que le duo formé par Patrick Carney et Dan Auerbach s’est imposé pendant peu ou prou trois ans. “Let’s Rock” se présente à nous comme un “hommage à la guitare électrique” en bonne et dûe forme, ce que semble également vouloir transmettre le titre sous ce slogan, comme une maxime de vie pour tout un chacun.

The Black Keys, un style en soi. Toujours à mi-chemin entre l’esprit décomplexé des groupes Garage Rock, une pincée de Pop et une mélancholie parfois assez pesante comme sur le précédent opus Turn Blue, les natifs d’Akron en Ohio décident pour leur retour de puiser au plus profond et d’assumer pleinement la démarche. Carney, pour l’exemple, explique ceci par son amour “des gros morceaux un peu bas du front”, ce qui nous le conviendrons est assez prometteur connaissant les loustics. Prometteur car on les sait capables depuis des années de nous les sortir, ces gros morceaux, mais surtout de ne jamais vraiment chercher à se brider. Eux ou ces dits morceaux. “Shine a Little Light”, pour démarrer, pose les fondations d’un album sûr de sa position sur un rythme béton et des refrains destructeurs et survoltés. La même intensité perdure sur “Eagle Birds” et son solo touchant du doigt à lui seul cette fameuse facette décomplexée que le tandem s’est donné pour mission d’exposer sous son meilleur jour.

“Lo/Hi”, premier extrait de “Let’s Rock” sorti en mars, a peut-être eu de quoi en laisser certains sur leur faim en tant que titre isolé (rappelons que c’était la première incursion des Black Keys dans nos oreilles depuis cinq ans !) mais fonctionne davantage dans le cadre d’une tracklist complète, l’enchaînement avec les deux chansons initiales coulant de source. Pour aller plus loin, on se demande si “Lo/Hi” n’a pas été conçu purement et simplement pour donner encore plus d’espace à “Walk Across the Water”, qui peut par moment revenir jouer sur les terres de Turn Blue, tout en s’accordant un côté Blues qui fait du bien. La guitare de Dan Auerbach est à la fois plus en filigrane mais toujours aussi incisive sur ses envolées solistes, contrebalance bienvenue qui donne beaucoup de corps et d’authenticité à l’ensemble. Patrick Carney assure comme il faut par un tempo lent, un jeu sobre, presque dépouillé mais carré comme jamais. Carré comme “Tell Me Lies” qui reprend les mêmes principes mais que nous soulignerons quand même pour son petit break, tous chœurs en avant.

Le parti de l’efficacité se fait sentir sur le tandem “Every Little Thing” et “Get Yourself Together”, liés en une seule et même piste par une pirouette technique de production, estampillée Auerbach/Carney. Le premier se veut un poil plus rentre dedans mais le second remporte très clairement la bataille. Le pourquoi du comment ? Un potentiel d’hymne au groove implacable à jouer à fond les ballons, un vrai bastion Rock avec quelques effets “twang” discrets sur la guitare disséminés ça et là. Culminant à 3 minutes et 57 secondes, morceau le plus long de toute la tracklist, The Black Keys nous envoient un uppercut qui fait mal confirmant toutes les intentions promises lors de l’ouverture de ce “Let’s Rock” grandement mis en valeur par cette dite production sans chichis et sans additifs, qui ne cherche pas à tourner autour du pot.

The Black Keys, 2019, photo promo

Crédits photo: Ryan Mclemore


Faisant un peu retomber la pression et l’odeur de souffre des enceintes, “Sit around and Miss You” déroule, fait le job mais après le génial “Get Yourself Together”, en ferait presque pale figure. On pourrait tout de même noter ces refrains assez téléphonés certes mais qui font effet quasi-constamment, par la chance de figurer dans un titre encore assez court. Par la suite “Go”, à mi-chemin entre la Black Keys-erie pure et dure et les morceaux les plus enlevés de l’album, redonne un gentillet coup de fouet derrière la tête pour “Breaking Down” dont nous apprécierons en particulier les irruptions du sitar provoquant des petites ruptures dans le ton général.

Nous pouvons penser que les types vont se calmer pour la clôture de l’album. C’est vraiment, vraiment bien mal les connaître. Avec “Under the Gun”, Dan Auerbach fait ressortir les influences de Glenn Schwartz et Joe Walsh (avec lesquels il a pu aller en studio en fin d’année dernière) sous des coups d’accords pachydermiques, sans pour autant plomber tout le reste. On monte le son, on tape du pied, on remue la tête au rythme de la grosse et de la caisse claire. Franchement, on n’a pas affaire à l’invention de l’eau chaude ou de la roue mais les Black Keys s’assurent que cette dernière est la plus ronde possible. L’expression “revenir aux fondamentaux” s’articule avec justesse et il ne fait nul doute que les expatriés à Nashville ont pu penser à ce titre avant de la prononcer pour promouvoir le LP. “Fire Walk with Me” fait office de bouquet final en proposant une nouvelle et dernière fois la recette gagnante que nos fiers gaillards ont adopté dès le premier titre : non-prise de tête, ambiance à la cool, gratouille des cordes qui se respecte.

Si certains cherchent pendant la présentation de leurs albums à se donner une fausse étiquette en prétextant au “Rock, le vrai de vrai !” tout en donnant exactement l’inverse une fois la galette mise en lecture, on ne peut que constater que Dan Auerbach et Patrick Carney sont des hommes de parole, qui font avec merveille ce qu’ils nous avaient dit. Toutes les cases sont cochées : Hommage aux guitares ? C’est validé. Gros brûlots ? C’est validé. Peu de superflu ? Jamais deux sans trois. Cela n’a pas encore été mentionné dans cette chronique, l’occasion donc de le faire dans cette conclusion, mais “Let’s Rock” a bénéficié d’une conception assez particulière pour les Black Keys : en effet, on aurait été en droit de penser que cette pause de trois ans et les projets aussi divers et variés chez d’autres artistes qu’ont entrepris chacun de leur côté les deux bonhommes allaient les nourrir d’idées pour l’enregistrement de l’album du retour. Que nenni.

Carney et Auerbach sont entrés au studio Easy Eye Sound (propriété du guitariste et chanteur) littéralement les mains dans les poches et ont bien souvent planché au rythme “d’une chanson par jour” selon les termes employés par Carney. Un court temps d’arrêt a permis a Auerbach de finaliser les paroles avant de revoir le duo à nouveau en studio afin d’avoir “jusqu’à 25 chansons” sous le coude, toutes amorcées par une prise live pour leur écriture. Tout ceci s’entend : “Let’s Rock” est un album immédiat, primal, qui cogne là où ça doit cogner, un vrai disque de potes qui se retrouvent et qui cherchent à se doser avec la fougue de jeunes loups affamés, faisant très largement oubler qu’ils font partie du paysage de notre scène musicale depuis presque vingt ans maintenant.

Tracklist de l’album:

1. “Shine a Little Light”
2. “Eagle Birds”
3. “Lo/Hi”
4. “Walk across the Water”
5. “Tell Me Lies”
6. “Every Little Thing”
7. “Get Yourself Together”
8. “Sit around and Miss You”
9. “Go”
10. “Breaking Down”
11. “Under the Gun”
12. “Fire Walk with Me”

Sortie le 28 juin chez Easy Eye Sound/Nonesuch Records.

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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