Laurence Jones Band – Laurence Jones Band

Qui a dit que la jeunesse d’aujourd’hui n’a rien d’appris de son aînée ? Qui le pense ? Qui oserait formuler une si grande bêtise ? Qui oserait dire ça en parlant de Laurence Jones ? Il y en a ? Qu’ils se présentent. Les autres, allez-les chercher, manu militari s’il le faut. Si ces premières lignes sont particulièrement rentre-dedans, c’est parce que Laurence Jones s’en revient avec un nouvel album en tant que leader de groupe, fruit de deux années de dur labeur. Sobrement intitulé Laurence Jones Band, comme les grands le faisaient à l’époque, ce nouvel effort studio du prodige Anglais du Blues/Classic Rock est un vrai événement pour ceux qui recherchent des ambiances, des textures lointaines ou galvaudées depuis longtemps.

 

Il y a bien une caractéristique que les artistes se réclamant du Blues Rock originel et baigné dans les années post-psychédélique se partagent. La voici : un morceau d’ouverture qui coupe l’herbe sous le pied, qui pose les bases telles qu’elles doivent être posées. "Everything is Gonna Be Alright" est un petit bonheur de Rock simple, dépouillé mais bigarré, aux couplets accrocheurs et aux refrains cochant toutes les bonnes cases. On pourrait déjà s’époumonner ou se la jouer intellectuel de (très) bas étage  en analysant la structure du morceau et tout le tralala qui va avec. Ici, pas de tout ça dans cette ouverture. Il faut sentir, ressentir la classique intro au piano qui se met dans la poche celui qui écoute, les riffs, l’atmosphère purement et simplement. On y est. Les années 70 n’ont jamais semblées aussi proches. "Wipe Those Tears Dry", plus soft, enchaîne bien et démontre la versatilité que Laurence Jones et ses comparses auront sûrement à cœur d’explorer plus tard dans le disque, signe que le leader et petit génie s’est encanaillé ces dernières années. C’est chose prouvée avec la troisième piste, "I’m Waiting", au rythme furieux mené tambour battant. On soulignera la voix de Laurence ayant gagnée en mâturité, juste dans le ton et la folie de ses mains pendant le solo. C’est ça aussi, ce petit plus truc à l’ancienne. La folie.

Nous effectuons un retour en des terres connues avec "Stay" qui marche sur les plates bandes de "Everything is Gonna Be Alright" avec un côté un peu plus joueur, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Nous avons souligné la versatilité quelques lignes ci-dessus mais ce n’est pas pour autant que le groupe va renier ses premiers versets. Vous vous méprenez ma bonne dame (ou mon bon monsieur). C’est à ce moment très précis que le LP revient sur des terres Blues plus fortes et potentiellement plus casse-gueules. "Mistreated" et "Quite Like You" sont des joyaux de Blues bourrés de feeling dans tous les recoins. Les nappes planantes au clavier ainsi que le jeu subtil du guitariste/chanteur sur "Mistreated" sont les vrais points d’intérêts de ce morceau dont nous apprécierons au passage la fausse fin, un effet facile mais toujours surprenant et efficace quand on ne s’y attend pas. "Quite Like You", même si l’on a d’ores et déjà loué sa qualité, aura en revanche de quoi rebuter les moins avertis du style ou tout du moins demander un peu plus de temps pour dévoiler son plein potentiel. La marque d’un certain JJ Cale est omniprésente dans le groove, mené par un groupe au sommet de ses capacités et de ses certitudes. C’est un titre qui prend la peine de respirer et où chacun des quatre fiers gaillards peuvent s’exprimer sans se marcher dessus en y apportant, chacun leur tour, leur petit note personnelle afin de créer un ensemble d’une cohérence désarmante.

Il est toujours de bon ton de faire une pause dans l’écoute d’un disque, cela laisse d’abord le temps de bien digérer ce que l’on vient de se faire passer dans les oreilles. Puis, cela donne lieu à un premier bilan si l’on peut dire. Force est de constater que dans le cas de Laurence Jones Band, nous sommes en possession (pour l’instant) d’une claque donnée en express par Jones, Phil Wilson (à la batterie), Bennett Holland (aux claviers) et Greg Smith (à la basse). Express car soudaine, express car les titres sont assez expéditifs dans leur durée aux-mêmes. Aucun des six premiers morceaux ne dépassent les quatre minutes dix et pour être honnête, il n’y a pas besoin de plus. On pourrait presque s’imaginer le groupe en train de se chronométrer pendant la phase d’écriture pour s’éviter des longueurs malvenues. C’est pour le meilleur.

Laurence Jones Band, 2019, Rob Blackham

Crédits photo: Rob Blackham

Si le côté Blues s’est surtout fait remarquer lors des deux pistes précédentes, que pourrait-on dire de la septième, "Long Long Lonely Ride" ? Très sincèrement, on peut difficilement faire plus classique. Les mauvaises langues crieront aux clichés, les autres diront que Jones et Compagnie maîtrisent leurs gammes sur le bout des doigts. Quand le leader est adoubé par Walter Trout, comparé aux plus grands, multi-récompensé et que le groupe derrière délivre une prestation impériale de tous les instants, on ne peut rien reprocher. Ce serait mentir. Être malhônnete. La deuxième plus longue pièce de cet album fait suite : "Beautiful Place". Décidémment, le Laurence Jones Band ne semble plus avoir envie de lever le pied de la pédale du groove, cette fois-ci mis en évidence par le coup de pouce de Di Reed aux chœurs (choriste entre autres chez Stevie Wonder ou Rod Stewart !). Écoutez donc cet interlude où Laurence part en solo, accompagné par la douce rythmique au Hammond de Bennett Holland, les nuances de Phil Wilson et la force tranquille de Greg Smith. Oui, on prend la peine de tous les renommer un à un car s’il y a un titre sur ce LP qui peut définir le terme «groupe», c’est celui-ci. Le rythme s’accélère à nouveau sur "Low Down", véritable trip musical de potes (il est bien difficile de le décrire autrement tant ça remue joyeusement) qui aura de quoi rendre jaloux bon nombre d’autres formations. Attendez, on se la remet une fois. Peut-être deux en fin de compte. Qui sommes-nous pour bouder ce plaisir, qui nous sommes sûrs, se prolongera pour les fans des Beatles avec la reprise d’un "Day Tripper" dépoussiéré pour l’occasion ?

Phil Wilson se taille la part belle du lion sur "Heart is on Fire" aidé par sa caisse claire au son profond, même si Jones par son jeu de quitare en fait une force évidente. Maître du feeling sur ce titre, Wilson a de quoi rappeler à beaucoup d’entre nous que les batteurs sont tout autant responsables du feeling d’un morceau que n’importe quel autre musicien. Ici, on tape du pied et on remue avec lui tout en se disant que c’est bon et que la vie, au final, c’est (parfois) pas trop crade. Ça swingue décidémment de toute part et absolument n’importe quand sur ce disque éponyme, sauf au moment où l’on se rend compte que nous avons atteints avec "The Love" la conclusion des quelques quarante minutes de Laurence Jones Band, quarante minutes de Blues Rock qui s’assume pleinement. Nous allons jouer carte sur table : le groupe aurait pu sortir la pire des immondices en guise de bouquet final que ça n’aurait en rien influencé le regard que l’on porte sur ce que l’on a pu se mettre sous la dent auparavant. Mais bien entendu, comme si c’était étonnant, les gars et Di Reed s’appliquent jusqu’au bout mettent le point final à Laurence Jones Band dans un au revoir qui ne peut que nous les faire aimer.

Alors là, attention. Attention, attention. Nous avons eu le droit à de supers albums cette année et encore pas plus tard que ces dernières semaines, des vraies belles pièces qui ne font pas regretter de les avoir attendues de pied ferme. Mais il y a Laurence Jones Band. Et il y a de quoi être soufflé. Compte-tenu du CV de Laurence Jones (sixième album déjà, rappelons-le !) et des autres membres de la formation, on aurait pu partir conquis d’avance, pas forcément prompt à un jugement toujours raisonné. Cependant, Laurence Jones Band marque la naissance d’un véritable groupe en bonne et due forme avec tout ce que cela implique et c’est bien sur ce point que groupe se démarque de tous les « nouveaux », si l’on peut dire. Les canons de Blues sont mélangés à une note personnelle, la folie de la jeunesse de Laurence Jones qui influe, déteint sur toue le reste. L’unité est au point, la cohérence est maîtresse, le groove est implacable, le feeling quasi-palpable, l’éxécution… parfaite ? Il est toujours difficile d’user ce mot quand l’on parle d’un album, ou de n’importe quel autre type d’œuvre. D’une part parce que c’est un mot qui appartient à tout un chacun, mais parce qu’il faut savoir se mesurer, se contenir, même si parfois cela fait mal. Pour ces raisons, on ne dira pas que Laurence Jones Band est parfait mais alors quelle bra**ée. Mince on ne peut pas le dire non plus, il faut rester poli. Greg Smith, Phil Wilson, Bennett Hammond et Laurence Jones ont pondus un album sans fausse note, sans creux et sans bavures. Quand on y réfélchit bien, combien d’albums peuvent se vanter d’un tel résutat ? C’est là qu’il est intéressant de les compter et de les écouter à nouveau. Les aficionados du Blues vitaminé ont de quoi se rassurer : le Laurence Jones Band est là. Pour longtemps. Pour s’en convaincre, le L.J.B passera par nos contrées les 7, 8 et 9 Novembre prochains, respectivement au Jazz Club Etoile à Paris (75), au Quai 472 à Villefranche Sur Saône (69) et à La Rotonde de Fauville en Caux (76). A bon entendeur ! 

Tracklist de l’album :

1. "Everything is Gonna Be Alright"
2. "Wipe Those Tears Dry"
3. "I’m Waiting"
4. "Stay"
5. "Mistreated"
6. "Quite Like You"
7. "Long Long Lonely Ride"
8. "Beautiful Place"
9. "Low Down"
10. "Day Tripper"
11. "Heart is on Fire"
12. "The Love"

Sortie le 27 Septembre chez Top Stop Music/The Orchard

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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