Marillion (+ Harry Pane) à  la Salle Pleyel (09.12.2019)

Zenith de Paris, octobre 2017. Marillion offre un concert incroyable à ses fans dans la capitale. Le quintette britannique, alors en promotion de F.E.A.R, en profite pour faire monter sur scène quatre musiciens classiques pour les accompagner durant une partie du set. Visiblement, l’expérience a marqué le combo car deux ans plus tard, c’est un concert entièrement dans cette configuration que Marillion s’apprête à donner à la Salle Pleyel. Et malgré les mouvements de grève dans la capitale, la salle du Faubourg Saint-Honoré est bondée ce soir, preuve que les Anglais vivent une seconde partie de carrière particulièrement réussie.

Harry Pane

Avant de pouvoir apprécier le set des Anglais, c’est Harry Pane, un jeune Néo-Zélandais, qui monte sur les planches seulement accompagné de sa guitare folk. Les fans de Marillion ne sont pas surpris, ce n’est pas rare de voir le quintette choisir des artistes solo en ouverture de ses concerts (on songe à Jacob Moon ou Aziz Ibrahim en 2013, ou encore John Wesley en 2016). Et en dépit de la sympathie qu’inspire Harry Pane, on regrette de ne pas avoir plus souvent des premières parties plus adaptées.

En effet, le musicien joue très bien, chante très bien, mais la Salle Pleyel paraît trop grande pour le Néo-Zélandais qui parvient difficilement à donner de la dynamique à ses titres. Harry Pane tente toutefois de communiquer avec le public, comme lorsqu’il introduit « Fletcher Bay » en précisant que ce titre lui a été inspiré par un lieu qu’il fréquentait avec son père récemment décédé, ou en dédiant « Mamma » à sa mère (comme son nom l’indique).

Sur ce dernier titre, le jeu au bottleneck semble plus inspirant car il diversifie la palette technique du guitariste et donne une coloration moins folk et plus bluesy à ce titre.

Après une petite demi-heure de jeu, Harry Pane s’éclipse. Le musicien aura proposé un set certes sympathique mais pas inoubliable, avec une musique une fois de plus peu adaptée à une première partie de Marillion.

Setlist Harry Pane

Hiding Place
Big Love (Fleetwood Mac cover)
Fletcher Bay
Beautiful Life
Mamma

Marillion

Au moment où les lumières s’éteignent dans la salle, les six musiciens classiques prennent place. Ce sont donc deux instrumentistes de plus qu’en 2017, puisque pour ce concert Marillion sera accompagné par une flutiste, une violoncelliste, trois violonistes et un corniste. Alors que le groupe britannique commence à prendre place, l’orchestre attaque l’air orientalisant de « Gaza ». Belle surprise pour une entrée en matière, car ce titre dure tout de même près de vingt minutes.

Vingt minutes pendant lesquelles Steve Hogarth fait une fois de plus la démonstration de son talent vocal et de son charisme hors-norme. Réinterprétant ses parties de chant comme à son habitude, le leader est toujours expressif et dégage une émotion à fleur de peau qu’il communique juste avec sa voix à son public. Si l’apport de l’orchestre classique n’est pas toujours pertinent sur les passages les plus « musclés » (tout est relatif, il s’agit de Marillion), notamment en raison d’un mix qui peine à mettre tous les instruments à leur place, sur les parties les plus calmes, c’est un vrai régal.

Et comme pour enfoncer le clou après ce début de set tonitruant, les Anglais enchaînent avec le mélancolique « Seasons End ». Les arpèges de Rothery doublés par les pizzicati de l’orchestre donnent une nouvelle dimension à ce titre qui frôle la perfection. Puissance émotionnelle, subtilité harmonique, justesse d’interprétation, les onze musiciens sont en osmose totale sur cette composition qui restera comme le temps fort de la soirée. Et si l’on remarque que Steve Rothery reste plus en retrait qu’à son habitude, ses soli de guitare mettent toujours tout le monde d’accord.

Entre les titres, H plaisante avec le public comme d’habitude (« Qui parle anglais et comprend ce que je raconte dans la salle ? Trois personnes c’est ça ? ») et semble réellement ému de l’accueil qu’il reçoit, accueil excellent comme d’habitude en France.

Après un léger ventre mou dans la setlist (« Estonia » et « Fantastic Place » ne font pas partie des titres les plus fédérateurs du quintette), Marillion retourne à son dernier opus avec le désormais classique « The New Kings ». Joué à chaque passage en France depuis 2016, ce titre est effectivement l’un des plus solides du Marillion période Hogarth. Pete Trewavas y fait preuve de groove, de subtilité et montre qu’il est un excellent bassiste avec un mix qui le met à l’honneur. Si Mark Kelly est plus discret, les parties de piano du très beau « The Sky Above the Rain », réhaussées par les harmonies de l’orchestre, sont un régal à entendre.

« The Great Escape » voit le leader du groupe interpréter de façon rageuse son texte, comme lorsqu’il jette son tambourin au sol avant de l’envoyer valser d’un coup de pied vers les coulisses. Hogarth semble littéralement tout donner et apparaît presque vidé de son énergie à la fin du titre. L’occasion pour les musiciens de se retirer temporairement après une heure vingt de set pour reprendre des forces.

La présence de l’orchestre aurait pu laisser supposer que les Anglais délaisseraient leur répertoire le plus rock. Et bien l’interprétation de « Separated Out » en rappel vient contredire cela. Le riff mordant de Rothery et la rythmique carrée de Mosley à la batterie invitent le public à taper des mains (bien entraîné par Hogarth qui a troqué sa tunique pour un blouson de cuir et qui marche sur le bord de la scène, dominant les premiers rangs). En guise de surprise, le sextette classique interrompt le titre, se lève et joue les notes emblématiques de « Kashmir » de Led Zeppelin. Une belle surprise qui reçoit un bel accueil du public de la Salle Pleyel.

L’ensemble des musiciens se retireune fois de plus pour mieux revenir sous les acclamations des fans. Et c’est « The Space » qui est interprété dans une version similaire à celle jouée il y a deux ans. Les parties de cordes et de cor donnent à cette composition une dimension épique, ici renforcée par l’apparition improbable d’un ensemble de choristes. Le final, grandiose, fait forte impression dans le public qui applaudit à tout rompre. Après un « Man of a Thousand Faces » plus anecdotique, Marillion salue définitivement.

En dépit des difficultés pour accéder à la salle en raison des mouvements sociaux, le public sait qu’il a une fois de plus assisté à un très grand concert. Seul regret, la setlist a parfois mis en avant des titres moins engageants (« Estonia », « Fantastic Place ») et le mixage n’est pas toujours parvenu à équilibrer l’ensemble entre les musiciens classiques et les instruments rock. Mais ne boudons pas notre plaisir, en jouant dans cette configuration, Marillion a souhaité s’offrir ce cadeau, ainsi qu’à ses fans. Une belle façon de fêter Noël avant l’heure en somme…

Setlist Marillion

Gaza
Seasons End
Estonia
Fantastic Place
The New Kings
The Sky Above the Rain
The Great Escape

Afraid of Sunlight
Separated Out

The Space…
Man of a Thousand Faces

Photographies : © Marjorie Coulin 2019
Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe



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