Green Day – Father Of All Motherfuckers

Après trois morceaux sortis en éclaireurs  et qui n’ont pas fini de diviser les fans, Green Day publie son treizième album studio. Avec des singles qui font hurler certains fans et un album qui dépasse à peine les 25 minutes, les Californiens cherchent-ils à se renouveler audacieusement ou à se foutre de la gueule du monde ?

Il faut dire qu’en plus de trente de carrière, avec une apogée atteinte pour beaucoup durant la décennie 2000 et des albums inégaux derrière, la première option serait souhaitable, et la seconde pas vraiment improbable pour autant.

A voir la pochette de Father Of All Motherfuckers, délicieusement immonde, la seconde option devient plus probable, et laisse penser que le groupe a peut-être définitivement arrêté d’essayer de faire des choses un tant soit peu travaillées pour sortir le disque le plus régressif possible.

L’album commence en tous cas par les trois morceaux déjà dévoilés, « Father of All », « Ready, Fire Aim » et « Oh Yeah », des chansons qui comportent des éléments distinctifs du son de Green Day – dans les mélodies ou les riffs de guitare notamment – mais ne ressemblent pourtant à rien de ce qu’a fait le groupe auparavant – les mauvaises langues disent d’ailleurs de la première qu’elle ressemble plutôt à la musique d’une pub pour voitures. Le chant en falsetto de Billie Joe Armstrong la majeure partie du temps est assez déstabilisant, la surabondance de clapping et les effets omniprésents, entre autres sur les voix, peuvent aussi désarçonner, mais contrairement à la trilogie  ¡ Uno !  ¡ Dos !  ¡ Tré !, où ceux-ci semblaient plus vouloir donner sans succès une  illusion de modernité, ici, il semble plus que le groupe se soit amusé à empiler toutes les expérimentations qui lui passaient par la tête.

Ces trois morceaux sont en fait assez représentatifs du reste de l’album : quelque chose d’imperceptible fait que l’auditeur sait assurément qu’il s’agit de Green Day, Mike Dirnt et Tré Cool n’ont pas fondamentalement changé leur façon de jouer de la basse et de la batterie, et pourtant le trio semble avoir envoyé valsé tout ce qu’il a construit ces vingt dernières années. Les morceaux dont l’album se rapproche le plus, du moins dans l’esprit, sont ceux du type « Kill the DJ », « Nightlife », ou, pour les plus anciens, « Misery », où Green Day fait carrément autre chose que du Green Day. Les Californiens gardent leur sens des mélodies accrocheuses et beaucoup trop entêtantes, même sur les titres les plus dispensables (on se retrouve à entonner « Teenage Teenager » malgré soi), mais partent dans tous les sens : inspiration plus ou moins sensible de Prince, incursions presque soul, bon vieux rock bien rétro à son paroxysme (« Stab You in the Heart »).

C’est peut-être l’album où le groupe sort le plus de ses sentiers battus, semblant faire un immense pied de nez à ses fans comme à ses détracteurs. Mais c’est aussi par certains côtés l’un de ceux où il semble avoir fait le plus preuve de paresse : morceaux de mélodies pompés sur des albums précédents, chansons ultra courtes, paroles moins travaillées que sur d’autres disques, c’est comme si le groupe avait jeté ensemble des idées sans vraiment prendre le temps de les travailler. Et pourtant, ça marche, et c’est jouissif pour peu de ne pas s’attendre à écouter du Green Day classique, à l’instar du Stop Drop And Roll de 2008 réalisé en une nuit d’ivresse et sorti sous le nom de Foxboro Hot Tubs : un pas de côté je m’en foutiste et pourtant presque plus excitant que certains des titres standards.

Certains internautes supposés bien informés croient d’ailleurs savoir que cet album est le dernier que Green Day doit à la Warner, et qu’il aurait donc réalisé un disque à l’arrache, en fournissant le minimum syndical d’efforts, réservant plus de travail à un hypothétique futur album indépendant dans quelques mois. A l’écoute, cette théorie est plausible, et permet en tous cas de conforter à la fois la sensation de paresse sur certains aspects et l’impression que le groupe a surtout voulu s’amuser en envoyant valser ses propres restrictions.

Au final, renouvellement audacieux ou foutage de gueule ? Il semble que chez Green Day, les deux aillent fantastiquement de pair.

Tracklist
1 Father Of All … 2:31
2 Fire, Ready, Aim 1:53
3 Oh Yeah! 2:51
4 Meet Me On The Roof 2:40
5 I Was A Teenage Teenager 3:45
6 Stab You In The Heart 2:10
7 Sugar Youth 1:54
8 Junkies On A High 2:34
9 Take The Money And Crawl 2:09
10 Graffitia 3:18

Album sorti le 7 février chez Reprise / Warner

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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