Festival Nuits de l’Alligator 2020 #2 – Bernard Adamus / Kelly Finnigan

Double dose ce soir là à La Maroquinerie et non triple comme lors de la première soirée de cette quinzième édition des Nuits de l’Alligator. Mais du costaud, voire du hors d’âge ! Deux bêtes de scène, aux styles et aux manières diamétralement opposées, mais toutes deux capables de transcender l’émotion d’une salle. Le québécois Bernard Adamus en mode duo, décontracté et complice immédiat du public. Kevin Finnigan en mode soul band avec cuivres et choristes. Le natif de San Francisco, qui a laissé tomber la heavy funk soul psychédelique de son groupe Monophonics, pour se lover dans une soul vintage, a chaviré la Maroq’ comme l’avait fait avant lui JP Bimeni ou Nathaniel Ratteliff, pour reprendre deux de ses “collègues”. Une seconde lampée du cru Gator millésime 2020 gouleyante à souhait !

« On va chanter du blues, ça va être déprimant ! » qu’il annonce d’entrée c’te canaille de Bernard Adamus… D’la vraie publicité mensongère plus grosse qu’un char familial XXL ! Car le guitareux québécois à casquette et son Simon Pagé d’acolyte au banjo et à la contrebasse, sont tout sauf de tristes sires. Véritables larrons en foire sur scène, complices musicaux de haut vol, ces deux-là donnent dans l’show, le vrai. Certes rôdé, mais laissant une grande part à l’improvisation, au vu du caractère prolixe et rigolard du sieur Adamus. Lequel s’est excusé d’entrée de l’absence de la projection sous-titrée qui l’accompagne généralement… Laquelle aurait pu s’avérée utile au final ! « Back’s son dos« , ce que nous avons cru entendre, n’est pas du pur caribou dans l’texte, mais bien « embarque sur son dos » ! Si on ne comprend pas toujours les paroles lorsqu’il chante, les émotions passent crème ce soir. Autant qu’à Lorient ou à Montreuil, où il s’est produit hors du Gator Tour. « Montreuil je t’aime ! » braille-t-il.

Bernard adamus  © J. Travers
Photo © Jérôme Travers

L’animal navigue entre chant folk à la Dylan et bluesy, même si des coups de gueule se glissent au sein de mélodies pas si nonchalantes qu’elles en ont l’air. Il est porté par son jeu de guitare sobre et efficace et par la virtuosité discrète de son complice-en-casquette (Simon, si tu nous lis, DJ Cul sur ta gapette, est-ce ben raisonnab’ mon cheum…). Les cousins de l’aut’ rive présents dans la salle, kiffent à l’écoute de titres tel que « Fuck you mon amour » et son « t’es aussi conne qu’ta Pauv mère…« . Ou pour « Donne-moi z’en », une chanson qui « parle de sexe, d’alcool et d’hiver, mes thèmes favoris » admet en toute candeur le Sieur Adamus. Après l’intro à la Carmen à la contrebasse de Simon, il débitera sa litanie via une mixture de rap, folk et blues, en claquant des doigts pour s’accompagner. Si on l’a comparé à Plume Latraverse, Bernard Adamus cite volontiers, Brassens, Gainsbourg et Prévert, chantonne Gréco. Il a beau chanté « Hola les lolos », l’homme est un vrai poète… qui ne se la pète pas ! Trouvant beaucoup plus drôle de se marrer comme un bossu, de l’homonymie de sa chanson « Hidalgo » avec la maire de Paris…

Bernard Adamus © Jerome Travers
Photo © Jérôme Travers

Changement de plateau, changement de style. Duo de bar faussement foutraque contre grosse formation bien huilée. Le batteur s’installe derrière ses fûts qui trône au centre de la scène. Une brochette de trois mastars-guitare, dont l’inévitable bassiste, se glisse elle côté jardin, suivie de deux magnifiques choristes. Saxophone et trompette prennent place côté cour. The Atonements auront eu à peine le temps de se brancher ou de chauffer leurs instruments, que déjà le maître de cérémonie pénètre sur le ring et se glisse derrière son Wurlizter. Sapé comme un Milord, classe jusqu’au bout des shoes, Kelly Finnigan. Des yeux bleus perçants qui ne vous lâchent pas lorsque ils vous ont capté. La coupe sage et la barbe bien taillée, il va garder attaché le bouton de son col de chemise tout le long du set, tout comme sa veste. L’homme soigne son image autant que son son. Précis, millimétré et pourtant nullement dénué d’âme. Il se lèvera peu de son tabouret et ses soudaines embardées n’en seront que plus spectaculaires. Mais il ne cessera de bouger comme un beau diable sur son tabouret – à tel point de devoir plusieurs fois le remonter – d’agiter sa main droite tel un prêcheur. Une fois sur le coeur, une autre en direction des cieux Sans jamais cessé de transpirer, sinon sang, du moins eau… comme tout bon soulman qui se respecte. L’expression “mouiller sa chemise” a dû être créée pour ces chanteurs qui donnent tout sur scène.

Kelly Finnigan © J. Travers
Photo © Jérôme Travers

Il prête certes attention à son apparence, mais Kelly Finnigan se lâche en fait dès le premier morceau avec une ferveur qu’il gardera intacte jusqu’à la fin. Une intensité toute à la fois concentrée et débridée illumine son visage. Les plus chauds des couples présents ne s’y tromperont pas et prennent de l’avance sur leur Saint Valentin. Il dira à plusieurs reprises son plaisir de revenir à Paris, les Monophonics ayant leurs habitudes dans la capitale avec ou sans Ben l’oncle soul… Pas moins d’une quinzaine de morceaux vont se succéder, alternant soul groovy sixties et love song, les deux styles mettant le public dans tous ses états. Une belle cover “Dream” des Brothers of soul, se glisse sans dépareiller parmi les compos de Kelly Finnigan, tirées de son album “The tales people tell”. Ses musiciens et lui vont revenir pour deux rappels. “Impression of you” durant lequel il se fend d’un magnifique a capella. Et “Open the door to your heart”, dernier titre ovationné par la Maroquinerie.  

Kelly Finnigan © J. Travers
Photo © Jérôme Travers

Et évidemment, notre vidéaste Franck Rapido était encore une fois de la fête !


 



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