Festival Nuits de l’Aligator 2020 #3 – The Mystery Lights, King Biscuit, Rod Hamdallah

Cette quinzième édition des Nuits de l'Alligator se terminait donc à La Maroquinerie ce 16 février. Avec notamment une formation garage psyche new-yorkaise très attendue. Et pour cause, en octobre dernier, The Mystery lights avaient déjà mis le feu à la salle de Ménimuche. Y allait y avoir du sport entre les excités garageux et les bluesmen… Leur terrain d'entente fut Rod Hamdallah, le jeune géorgien from Atlanta - et non de l'ex république soviétique - grâce à son blues garage sudiste, soulful et nerveux à souhait. Les rouennais de King Biscuit, qui redoublaient leur mise après un passage en 2017, ont moins convaincu malgré une originalité certaine. Rendez-vous en 2021 de ce festival unique en son genre et qui célèbrent le blues, le père de toutes les musiques qui "bougent" !

Par deux fois, un larsen bien au dessus l'échelle de Richter en dommage de grincements de dents, retentit dans la salle. Un escogriffe à casquette de matelot vient couper un bouton d'ampli en s'excusant platement. Et lorsqu'il réapparait avec ses deux complices, Rod Hamdallah trouve le son "amazing" dès le premier morceau. Casquette donc, un grand gabarit, la chevelure noire et fournie, une bouille sympathique, qui joue de la gratte en mode garage… Ne serait-ce pas le sosie ricain du parisien Samy TheKay, ci-devant guitariste des Glendas et bassiste des Wave Chargers ? On mate la foule pour voir si le dit Samy s'y cache. Que nenni, et d'autant que le natif d'Atlanta vient pour la première fois en France, comment aurait-il pu se prêter à un canular… Cela ne ressemble nullement à ce garçon qui joue ses soli les yeux clos et que l’on sent fervent croyant de la religion blues and garage !

Rod Hamdallah - © J. Travers
Photo © Jerôme Travers

Ses deux acolytes - un batteur tatoué et concentré et un bassiste souple et élégant - sont moins expansifs, mais tout autant efficaces. Le climax du set est atteint lorsque sur un blues endiablé, Fred Rollercoaster et son sax baryton les rejoint. Fred aka Weird Omens et King Khan and the Shirnes, excusez du peu… Il fait jeu égale avec la guitare de Rod, instillant comme un parfum de Morphine. Parmi ses compos, les unes anciennes les autres nouvelles, Rod Hamdallah glisse en guise de tribu au deep blues, une cover de Junior Kimbrough, le bien nommé “All night long”. Il renverra la balle à Fred Rollercoaster en jouant avec Weird Omens le 20 février à Lyon. Si vous passez par là, ne les ratez pas !

Rod Hamdallah - © J. Travers
Photo © Jerôme Travers

On s'imaginait en pays musical de connaissance avec King Biscuit, car nous avions découvert et apprécié son dirty blues lors de l'édition 2017 des Nuits du Gator. C'était sans compter sans la curiosité dont semble faire le rouennais Sylvain Choinier, autour duquel s'article ce groupe. Son line-up a beau être à géométrie variable - Johan Guidou aux drums demeure indéboulonnable – nous sommes intrigués de voir s'installer une claviériste. Annie Langlois a hérité de trois ampoules vintage qui trônent sur son instrument, rappelant les autres lampes sur pied qui égayent la scène. Tandis que Johan Guidou s'est emparé de sa batterie qui se déploie côté jardin et que Sylvain Choinier se place guitare en main derrière son micro, c'est elle qui lance le set. Une phrase lancinante, vite rejoint par les riffs grasseyantes émanant du tout-mini mini ampli vox AC4 blue de Sylvain. Johan rajoute sa frappe plombée, let's go on the hypnotic road !

King biscuit - © J. TraversPhoto © Jerôme Travers  

Leur premier album de King Biscuit Well, Well, Well faisait déjà une belle place à un blues fait de transe et de riffs fuzzés. Leur nouvel opus Hammer it !, que Sylvain et les siens sont allés enregistrer à Bristol chez le magicien John Parrish, fait la part belle aux claviers. Au grand désarroi des puristes du premier rang… Qui ne détestent pas forcément. "Ça ressemble aux Talkings Heads…" nous glisse à l'oreille big Sergio, à l'écoute de "Rooftop". Mais la plupart ont visiblement du mal avec ce virage stylistique, pourtant méritoire. Ready to go et son tempo dub leadé par le clavier, a comme de faux airs de new wave. "All night long" sonne presque pop et les "you dont Know you just say" de Sylvain sur "Nothing but a rope" sont carrément envoutants. Un virage certes risqué, mais plutôt intéressant. Sylvain se fendra d'un coup de chapeau aux Nuits de l'Alligator et s'auto-déclarera avec force dérision la "tranche du milieu dans ce sandwich". Plutôt un hors-d'œuvre avant le plat de résistance ricain ?

King biscuit -  © J. Travers
Photo © Jerôme Travers

Parmi les photographes qui trustent le premier rang de la fosse, le nez sur les retours, on sent poindre comme une certaine inquiétude. Robert Gil, l'un des piliers de la familia des shooteux de Paname, plaisante avec un de ses collègues. "Prêt à te faire rentrer dans le dos ?" plaisante-t-il, pince sans rire… On se retourne. Une masse compacte de trentenaires – des gamins selon les vieux bluesmen rigolards – ont investi nos arrières et piaffent déjà d'impatience. L'un d'eux a déjà tombé la chemise et exhibe son torse glabre, exempt de pectoraux. Il sera le slammeur de compet' de la soirée, se jetant sans relâche de la scène et est parmi ceux qui virent hystéro lorsque Michael Brandon, chanteur et guitariste vient installer son pédalier. Le natif de Salinas, Californie - bien que son groupe soit devenu le fer de lance du rock garage new-yorkais, il n'est pas originaire de Big Apple - leur adresse un sourire ravageur, ravi manifestement de leur enthousiasme. Une bande son de guitares grasseyantes contribue à faire monter pression et température, les fans commencent à brailler leur frustration.

The Mystery Lights - La Maroquinerie © Jerome Travers
Photo © Jerôme Travers

The Mystery Lights semble décidé à satisfaire leurs pulsions en démarrant pied au plancher avec deux brûlots garage bien sentis. Mike Brandon, guitare sous le bras, presque verticale, chante avec une voix haut perchée, presque criarde et saute également à la verticale (a contrario de son confrère Pat Beers des Schizophonics qui saute lui de façon transversale…). Les morceaux qui suivent tirent plus vers le rock psyché, genre dans lequel les Mystery Lights excellent. Même pendant ces légères accalmies, Mike persiste à sauter comme un cabri. Il se calmera uniquement que lors d'une love song slow sixties, pour laquelle il fait monter sur scène sa girl friend. Un moment trop chou… Dans la fosse, le pogo bat son plein. Le groupe, à fond depuis le début du set, a une petite baisse de régime. Un court moment n’importe nawak, qui ne dure pas. Ça repart garage carré pour virer frénétique lors de l'arrivée d’un mec en capuche qui distribue cognac à tout le monde, tape sur les fûts et finit le fond de scène sur le dos, tandis que le chanteur part slammer avec sa gratte. Un final rock n’roll dans tous les sens du terme !

The Mystery Lights  - La Maroquinerie © Jerome Travers
Photo © Jerôme Travers

Et comme de coutume, les excellentes captations de Franck Rapido

 



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