Blackbird Hill – Razzle Dazzle

« Moi, je me déguise en homme, pour n’être rien » déclarait Francis Picabia dans son Jésus-Christ Rastaquouère en 1920. Cent ans plus tard, et quel rapport avec le dadaïsme nous demanderez-vous, mais nous y venons… Cent ans plus tard, donc, avec Razzle Dazzle, les Bordelais de Blackbird Hill se camouflent pour mieux disparaître et pourtant être bien présents. Deux musiciens absents mais bien ici (trouvez-les donc sur la pochette de l’album…) avec nous pour dix titres et quarante minutes. 

La nouvelle formule de Blackbird Hill est arrivée fin 2018. Le duo blues rock reste un duo mais Maxime qui officiait auparavant à la batterie est passé aux guitares/voix et Théo l’a rejoint à la batterie après le départ d’Alexis. Le duo sort donc un an et demi après cette modification de line up un premier album pour marquer leur nouvelle identité. Et une visible envie d’en découdre avec la foule des rockeurs américains officiant dans le heavy blues made in Nashville, et il y en a une palanquée. Parmi les plus récents, nous viennent en tête rapidement les Delta Saints dont ce Razzle Dazzle n’a rien à envier à leur chef-d’oeuvre Bones (2015), le bruit et la fureur, les larmes et la passion, mais aussi Tyler Bryant and the Shakedown et leur album de 2017, un sacré jeu de guitares, du fuzz, de l’énergie, du feu et du sang sur le pickguard. Blackbird Hill est de cette trempe de musiciens avec une immense palette de styles, une gamme sans fin et un amour immodéré pour les riffs prenants. On nous aurait dit que les deux gars étaient américains, que nous l’aurions cru aisément. Point de fausses notes, que ce soit dans le choix de l’ordre des pistes ou dans la passion qui les anime. Nous ne saurons pas ce qui a poussé Maxime à quitter ses fûts pour la guitare, mais grand bien lui a pris. Si nous apprécions déjà le duo sous son ancienne formule, la modification est de taille, et nous nous prenons à rêver de les voir s’envoler si ce n’est déjà outre-Atlantique mais au moins vers des festivals de grande envergure en France. 

Pour l’instant, une quinzaine de dates est programmée, et pas de dates de prestige mais au moins de quoi se roder devant un public à aller séduire et chercher en force jusqu’en Espagne au printemps, ou encore en le prenant par les sentiments en lui jouant la ballade minimaliste « Breezing Away ». Ce dernier titre de l’album, joué tout en retenue à la guitare et à la voix mais en laissant parler ses sentiments et aussi quelque peu leur langue natale, « c’est mon âme, ce vent froid qui te caresse« . Pas de relation charnelle, mais un souffle, les musiciens délibérément dans l’absence, camouflés en une brise seulement perceptible par l’âme et surtout par le cœur. Car avec ce Razzle Dazzle, Blackbird Hill nous touche vite et bien, comme des flèches, dès le démarrage en fanfare dans un fuzz tout « Jack Whitien », « On The Rocks » où l’on pourra nous prendre tout ce qui nous importe, tout ce qu’on aura c’est un coeur brisé. Le ton est donné. Nous sommes en plein dans le sentiment, et les moins anglophones d’entre nous pourrons comprendre par les pleurs de guitare (« Watery Eyes ») que Maxime a dû en chier récemment ou alors que c’est un très bon conteur musical. On pourra s’apaiser un instant sur un « Wrekage » (débris), en acoustique et sans batterie, assis au pied d’un arbre au coin d’un champs en observant l’horizon qui s’éloigne toujours. Puis se retrouver perdu, à patauger dans l’eau noire. Un « Wade in the Black Water » duquel on ne peut ressortir serein tant les variations de la musique peuvent nous faire chavirer, pris dans une marée (« The Tide ») dont les flux et reflux nous submergent et nous relâchent de leur emprise dans un jeu de couplets / refrains destinés à nous faire perdre pieds. 


crédit photo : Vincent Hébet

Après nous avoir pris dans un torrent émotionnel, on se laisse à penser que le talent du duo a de quoi se permettre quelques tubes potentiels (si tant est que le classic rock puisse voir certains de ses titres passer les frontières hostiles du style en ce moment pour accèder à la grande notoriété) comme le virevoltant « Smoke And Mirrors » d’une grande richesse, le rebelle « To & Fros » ou encore le saignant « Two Wolves » et bien évidemment le titre qui ouvre l’album, « On The Rocks » qui porte si bien son nom. L’album aussi d’ailleurs, le porte bien car si « Blackbird Hill » a voulu se camoufler ce n’était pas pour n’être rien.

Sortie le 21 février chez Lagon noir / Pschent Music

En tournée : 

07.03 . RELEASE PARTY . Mérignac . Le Krakatoa
18.03 . Nantes . La Scène Michelet
19.03 . Guéret . Bar De La Poste
21.03 . La Réole . La Petite Populaire
27.03 . Tulle . Des Lendemains Qui Chantent
28.03 . Toulouse . La Semaine Du Rock
03.04 . RELEASE PARTY . Paris . Le Supersonic
04.04 . Limoges . El Doggo
23.04 . Off Printemps De Bourges . Les Jacobins
08.05 . Mont De Marsan . Librairie Caractère
09.05 . Saint Emilion . Le Club Ephémère
14.05 . (ES) La Triangu – Sopelana
15.05 . (ES) Llimac Electric – Lleida
16.05 . (ES) Musicall – Montblanc – Tarragona
17.05 (ES) La Traviesa – Torredambarra – Tarragona
30.05 . Montage . Appellation Musique Contrôlée

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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